" Ambiguïté" de Marie D.

En cette journée mondiale pour lutter contre l'homophobie, voici un petit texte cadeau pour un public averti (interdit au moins de 18 ans). Bonne lecture...

-Ambiguïté - 

Le 1er juillet 2015, je commençais mon nouveau job saisonnier dans cette boulangerie très fréquentée de cette station balnéaire à la mode, par chance, le seul endroit où j'avais envoyé ma candidature. Ce même jour, je la rencontrais... enfin, pas exactement, ce n'était pas une vraie rencontre, non, un échange cordial de commerce...

"Bonjour, que désirez-vous ?
-Un pain au chocolat et un café noir long sans sucre s'il vous plaît. "

Elle prenait toujours la même chose, chaque matin, sauf le lundi où elle ne venait pas. Je suppose qu'elle devait travailler dans une boutique à proximité. Je l'imaginais bien vendeuse dans un magasin de plage proposant des bijoux en
coquillages.

Elle était svelte, son teint était halé, sa chevelure blonde tombait sur ses épaules dénudées , ses yeux étaient verts comme une amande ... J'imaginais ses courbes délicieuses sous son débardeur et son jean délavé... il ne suffisait pas d'avoir beaucoup d'imagination, ils étaient suffisamment moulés. Le soir, je la rêvais dans mes draps, la caressant de mes dix doigts, passer mes mains dans ses cheveux baignés de soleil, caresser son visage, sa bouche, poser un baiser sur
ses yeux, laisser courir mon étreinte dans son cou,  prolonger mon dessin sur ses seins fermes,ses tétons que je mordille et lèche, laisser courir ma langue dans son désert ventral jusqu'à la source, l'oasis... La suite de mon songe me fait frémir et
agir... c'est donc en solitaire que je satisfais mon fantasme, en resserrant les cuisses quand l'orgasme est repu, je prie pour que mon coloc' ne m'ait pas entendu.

Et chaque matin, c'est la même attente. Elle sera là bientôt, toujours entre 9 et 10 heures. Vais-je oser cette fois-ci l'aborder ? J'ai hésité un temps à prendre de l'avance, lui préparer son jus et envelopper soigneusement la viennoiserie qu'elle convoite. Elle pourrait ainsi voir que je l'ai remarquée... Mais en y réfléchissant, ça écourterait le plaisir de notre entrevue matinale, prendre le temps de la servir prolonge mon plaisir, quitte à me faire engueuler par le boss. On est mardi, je ne l'ai pas vue hier et putain quel manque !  Je déteste le lundi  et je commence à détester les autres jours qui passent trop vite. Dans un mois, je reprendrai mes études d'archéologie... et c'est son corps que je rêve d' explorer.

J'entends le ding de la porte, raté. C'est une vieille, une habituée... une baguette tradition  et un cannelé pour son quatre heures... sa petite gourmandise comme elle dit mais elle ne le dit pas à moi qui le lui sers, elle s'adresse au patron... Je vois bien que je l'effraie avec mes tatouages et mon piercing au nez.  Le suivant est un hebdomadaire... moins réfractaire celui-ci, poli, sociable, un commercial qui s'arrête ici quand il tente de vendre ses produits d'esthétisme dans les boutiques avoisinantes.  Et enfin là voilà... Elle porte un débardeur saumon aujourd'hui. Elle a toujours cette même façon de dire bonjour, sourire timide, dents à peine visibles mais le regard franc.

"Un café et un pain au chocolat ?
-Oui merci. " Répond t'elle poliment. "Je vois que vous avez suivi..." Poursuit-elle presque audacieusement.

Serait-ce un embryon de conversation ? Je me sens bête tout à coup, je n'avais pas prévu de scénario... Que répondre ? Oui, j'ai suivi parce que je vous suis... de mon regard animal qui vous guette gazelle. Vous comblez chaque soir ou presque mes
heures de solitude, je vous prends,  je vous sens, je renifle chaque recoin de votre sculpture corporelle, je me délecte de la moiteur de vos aisselles et de l'antre de vos cuisses... Je vous vois là et j'ai envie de vous torturer, laisser vagabonder ma langue sur votre pubis, vous pousser à l'extrême, cesser pour ne pas clore ce moment trop vite, vous embrasser alors que vous n'en pouvez plus de retenue.  Alors je redescends une ultime fois pour  la divine sentence, n'en pouvant plus de vous voir souffrir de plaisir.  Vous explosez enfin et je vous admire dans la jouissance. J'aime que vous soyez clitoridienne, je ne suis pas pro du vagin.

"Heu oui... enfin, je vous vois tous les jours, à force je sais. Tenez.
-Merci.  À demain."

Son sourire se veut plus ouvert et il me reste un mois pour conclure l'affaire. Je n'y crois pas vraiment.  Je ne suis passon type... Non, elle, je la vois bien bouger ses reins et  jouir entre les cuisses d'un mâle ténébreux, se lover ensuite dans ses grands bras musclés d'abus altérophilique... Pas comme moi, je suis rachitique.

Elle est passée et le reste de ma journée est fade... Je veux enlever mon immonde tablier maculé de taches de pistache , chocolat et autres sucres gras dont j'ai une sainte horreur, libérer mes mains de ses gants plastifiés, enlever ce
bonnet ridicule, jeter dans la tronche d'un client antipathique son thé brûlant qu'il a demandé d'un ton condescendant... Je veux courir derrière elle, la prendre par la taille, lui souffler des mots enclins de toute la bienveillance du monde, lui dire qu'elle est sublime, que je n'ai d'yeux que pour elle  et que je l'aime. Elle est déjà loin et je ne dois pas risquer ma place, même pas pour l'université mais pour la perte que je subirais de ne plus la croiser. Alors, je vois les heures défiler. À 16 heures, je laisse mon binôme qui commence plus tard le matin pour faire le fermeture. Je ne suis plus que serpillière bonne à essorer, les réveils à 5 heures du mat' m'achèvent. Je flâne un peu sur la route de la plage mais pas pour admirer la vue, non, je regarde discrètement dans les magasins en  bordure de mer, je la cherche et ne la trouve jamais. Alors, je rentre au bercail que je partage avec un bellâtre qui, lui, ramène chaque soir une fille différente... Je pourrais implorer le partage si elles étaient ouvertes d'esprit, je n'en ai que faire, il n'y a que ma cliente au café long et au pain au chocolat qui court dans mes pensées les plus douces, les plus intimes et les plus amères.

Demain,je ferai une tentative... Elle a pointé la perche, tenter de l'attraper,  jouer le poisson vorace et me prendre dans ses filets. Je dois préparer mon texte, assurer. Pas question de me ridiculiser, de rougir d'émotion et d'embarras, tenter une approche intelligente... Un peu d'aplomb mais pas de véhémence, lui montrer que je suis sage et que je ne souhaite que son bien... et le mien au passage.

Mercredi, je suis à l'heure. J'ai fait un effort supplémentaire de coiffure. 10 heures, elle n'est toujours pas là... 11 heures, nada. Midi, elle ne viendra plus. Et merde ! Déception. Ma phrase matinale à son égard avait nécessité de la préparation,
un entraînement de sportif professionnel avant la course finale, un truc du genre...

"Ça vous dirait un jour qu'on prenne ce café ensemble en terrasse avec vue sur la plage ? "

Ok, je la remballe pour demain, sans aucune certitude qu'elle fasse son petit effet, en fait, plus le temps passait, plus je trouvais ça niais.

Le jeudi, jour de pluie, la proposition de terrasse pouvait bien aller se faire voir, comme moi, puisque pour la deuxième fois cette semaine, elle ne se montra guère... Que dis-je ? La troisième !  Ily avait eu lundi. Mais le lundi, c'était volontaire. Ses absences de ces deux derniers jours me faisaient imaginer le pire film noir... une mauvaise rencontre avec des gros pecs roublards, sifflant sur son passage, assainissant des insanités sur son fessier, oser une main baladeuse à laquelle elle aurait riposté mais frêle brebis, prise au piège d'un loup, se serait fait serrer le cou entre des mâchoires immenses et salivantes jusqu'à son dernier souffle. J'imaginais la scène... ma femme, allongée sur l'herbe à l'orée d'une forêt, son
jean retiré, le débardeur relevé, sa fine culotte de dentelle posée à son côté... Le dormeur du Val travesti.

Bien évidemment, je chassais ces images de ma tête en arrivant le soir à l'appartement, l'espoir renaissant de la retrouver demain... Dans  cette attente, je m'isole dans ma chambre, pose mon corps fatigué sur le divan, ferme les yeux, la dessine en me masturbant.

La fin de semaine fut vaine, mon idylle imaginaire n'avait pas refait surface. Je commençai à désespérer et plus les jours passaient et plus son doux visage s'éloignait de mes souvenirs, elle était toujours présente dans mes pensées errantes mais elle se cachait petit à petit sous une cape d'invisibilité... Je ne percevais plus que ses cheveux au vent, je connaissais la couleur de ses yeux, la tenue de ses traits, son doux sourire mais elle m'échappait. Il suffisait de peu pour que je retrouve les détails de sa plastique parfaite, il suffisait qu'elle revienne.

Mon égarement pris fin le mardi suivant. Alors que je m'affairais à faire une présentation irréprochable d'un gâteau d'anniversaire pour un bambin qui fêtait ses six ans, elle entra dans la boutique. Elle accompagna son salut d'un sourire auquel je répondis.

"Bonjour.Que vous est-il donc arrivé ces derniers jours ? On ne vous a pas vu ?
-J'étais un peu grippée. Drôle de saison pour tomber malade. " Répondit-elle
"Et vous allez mieux ? "
"Beaucoup mieux merci. "

Ah! Si j'avais su ! Je l'aurais dorlotée la princesse. Je lui aurais imposé de garder la couche, lui aurais préparé un thé au citron sucré au miel, le tout avec des spéculos pour le réconfort. En cas de fièvre, j'aurais pansé son front, son cou, ses bras, ses cuisses d'un gant humide à la suite de quoi j'aurais prolongé mon geste guérisseur de caresses pas trop fermes pour ne pas qu'elle souffre plus. Mais j'aurais adoré amplifier l'effet de frissons qui se déployer déjà dans son corps, la faire frissonner et suffoquer de plaisir.

"S'il vous plaît ? Je peux avoir mon café ?
-Oh excusez-moi ! Je rêvais... "

De vous. Parce que vous n'avez pas conscience de l'effet que vous me faites... Vous vous immiscez dans mes songes chaque nuit, je rêve de vous enivrer, de palper le galbe de vos reins, de placer deux doigts dans votre nid que j'imagine soyeux, je rêve de votre bouche, de votre langue délicieuse dans le bas de mon ventre... Peut-être cela apaiserait-il les papillons qui s'y battent à l'intérieur ?

"À demain alors, ne rêvez pas trop... il y a du monde derrière... "

Les jours passaient, elle venait, je la servais, nos échanges étaient de plus en plus prononcés... Plus ou moins du même âge visiblement, nous en étions même venu au tutoiement. Et puis, il y eut ce jour où tout bascula... C'est elle qui fit le premier pas.

"Ça te dirait qu'on aille boire un verre ensemble un jour ?"

Elle m'avait volé mon approche mais je ne pus que m'en satisfaire, je la trouvais nulle mais venant d'elle, ces mots avaient une toute autre dimension.

"Oui bien sûr. Je termine  le travail à 4 heures, je me ferai un plaisir d'emmener le goûter...
-Super, je te retrouve ici alors et on verra après pour le point de chute... "

Ah ben le point de chute, je le voyais bien chez moi...  C'était propre et rangé, le frigidaire était plein, de quoi se ravitailler jusqu'au matin... si elle avait envie de rester bien sûr.

16 heures, elle était ponctuelle.

"Où va t'on demanda t'elle ?
-Je pensais la maison... On y sera tranquille.
-D'accord, je te suis. "

Je n'aurais pas pensé que c'était aussi facile. Avait-elle une idée de mes intentions ? Je n'allais pas la violer non plus, juste lui montrer qu'elle ne me laissait pas de marbre.  Elle entra la première, je lui dis de s'asseoir, lui sortis une canette de coca
qu'elle mis dans son cou avant de l'ouvrir.

" Quelle chaleur ! " Dit-elle. 
"Mets toi à l'aise je t'en prie..."

Ce qu'elle fit. Affalée sur le canapé, je l'observais. Je me rapprochais et j'allais oser. Je m'assis à côté d'elle et osa poser ma main sur son genou.  Elle bondit, furieuse.

"Non mais ça va pas ? Qu'est-ce qui te prends ? T'as cru quoi ? Que j'étais gouine ?! "

Elle s'enfuit sans appel et je ne la revis plus.

Gouine,lesbienne, broute gazon et autre jolis noms..... aveuglément absorbée par cette fée, j'en avais oublié que j'étais hors norme aux yeux des autres.
 
 
 
 

mariedchevalier dans Inclassable.
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