Comment les choses persistent-elles ?

« La persistance fait partie de notre vision du monde et se présente avec l’individuation comme l’une des caractéristiques, les plus fondamentales des choses elles-mêmes. » écrit Stéphane FERRET dans « Le Bateau de Thésée » édition de minuit, Paris 1996, page 121. Le monde dans lequel nous vivons est rempli d’objet qui persistent à travers le temps, c’est – à – dire qui possèdent une existence dont la durée comprend au moins deux instants.  Le principe d’individuation n’est que l’invariabilité et la persistance de tout objet au cours d’une variation supposée dans le temps. Le problème se déplace lorsqu’il nous faudra nous demander ce qui nous fait attribuer aux objets, aux choses l’unité synchroniques ou diachroniques de leurs déterminations et une existence continuée dans le temps autrement dit comment restent-elles les mêmes- et en quel sens. Le problème ici posé sur la persistance des choses, s’appuie sur le comment. Autrement dit qu’est-ce qui fait que des choses restent les mêmes ou pas au travers du temps et du changement. Que ces choses soient des espèces naturelles ou bien des artéfacts ? Comment existent –elles ? Ou mieux comment continuent–elles à exister ? La question est plus métaphysique qu’épistémique. En effet, la réponse est double, soit elle persiste dans le sens de l’endurantisme soit dans le sens du perdurantisme. Encore que certains auteurs ajoutent l’exdurantisme à cette alternative[1]. Si les choses persistent dans leur mêmeté, leur identité est assimilable à leur existence même. Qu’est-ce qui fait qu’une sorte de chose « x » à t soit égale à x à t’ et soit la même ? La « mêmeté » et/ou la relation d’identité d’une chose dans le temps est problématique si l’on ne distingue pas les différents concepts de l’identité : numérique, qualitative et spécifique. D’autant que le problème se complique si à t, x possède une propriété F et une propriété G à t’
 
« L’identité est une source traditionnelle de perplexité. Etant donnés les changements que j’endure. Comment peut-on dire que je continue à être moi-même ? Etant donné que ma substance matérielle est entièrement remplacée en quelques années seulement comment peut-on dire que je continue à être moi-même pour plus longtemps qu’au mieux cette durée ? »[2]  Tant qu’une chose existe, elle est identique à elle-même et par là  persiste, (change), dans le temps et l’espace. Comment la perdurance des choses dés lors peut –elle se concevoir sans contradiction ? Comment les choses persistent-elles dans le changement et /ou a travers le temps? Encore que ces choses soient elles-mêmes de deux natures différentes : naturelles ou bien artéfactuelles ? Qu’en est-il dés lors de leur persistance dans le temps ? Peut-on dire qu’elles existent après un changement ? La question de l’existence d’une entité passerait-elle par son identité dans le temps ? Le changement que subit une chose au travers du temps atteint-il son existence même ? Ce dernier peut être réduit à deux type l’un touchant son état l’autre son existence propre.
 
En effet, comment les choses étant d’une telle sorte ou d’une autre peuvent-elle perdurer dans le temps. Sel'on Quine pas « d’entité sans identité », les choses dés lors se subsument sous la relation d’identité. L’identité numérique souligne le fait que tout ce qui est ipso facto identique à lui-même, l’identité qualitative ou indiscernabilité désigne le degré maximal de ressemblance qui existe nécessairement entre une chose et elle –même et qui pourrait en principe exister entre plusieurs choses numériquement différentes et enfin l’identité spécifique qui réunit sous un prédicat sortal des individus appartenant à la même sorte ou espèce. Ces trois acceptions de l’identité font néanmoins problème quand on veut comprendre le changement. En effet « tout la question est de savoir si le problème est d’ordre réaliste ou conceptuel. En d’autres termes, notre attribution de l’identité dépend-t-elle des choses elles-mêmes ou de notre vision du monde. »[3]
 
Le problème du changement est dû à l’inconsistance des cinq affirmations suivantes :
1)   Les conditions de persistance : les objets persistent à travers le changement.
2)  Les conditions d’incompatibilité : les propriétés impliquées dans un changement sont incompatibles
3)   Loi de non contradiction : rien ne peut exemplifier des propriétés incompatibles
4)  Condition d’identité : si un objet persiste à travers un changement, alors l’objet avant le changement est identique à l’objet après le changement.
5)  Condition du sujet du changement : l’objet qui subit le changement est celui qui a les propriétés impliquées dans le changement.
 
Puisqu’il y a du changement (1), des objets persistent (4) et les propriétés qu’ils ont (5) sont incompatibles (2) ce qui est impossible (3). L’exdurantiste nie (1), l’endurantiste nie (2) et le perdudrantiste nie (4) ou (5). « Le changement est une source notoire de problèmes philosophiques et de nombreuses théories ont été avancées pour tenter de les résoudre »[4] ici dans notre cas, la persistance des choses relève de la question de savoir si la propriété de posséder des parties temporelles propres est également compatible avec celle de ne pas être temporellement étendu. Les notions de partie temporelle et d’extension temporelle sont d’une importance cruciale sur la persistance. En effet, parmi les positions principales qui sont impliquées dans le débat que soulève cette question comment les choses persistent. On retrouve  l’endurantisme (position traditionnelle), le perdurantisme. Au vu de l’importance de ces deux positions, il est nécessaire de se demander quelles relations ils entretiennent. Le sens commun nous incline à penser que certains objets temporellement étendus possèdent des parties temporelles propres : les rencontres de football qui se divisent en mi-temps par exemple. Nous allons suivre le sens commun en admettant pour acquis  que les propriétés de posséder des parties temporelles propres et d’être temporellement étendu sont compatibles. Mais est –ce compatible ? Dans le débat actuel sur la persistance il semble être généralement acquis  que la réponse soit négative. Nous allons défendre la thèse opposée : il est possible que des objets possèdent des parties temporelles propres sans être temporellement étendus.
 
L’expression « x persiste » telle qu’elle est utilisée dans le débat sur la persistance est une expression technique, on est d’accord sur la signification de cette expression mais en désaccord sur la question de savoir comment les objets persistent. Cependant on peut trouver deux manières de définir « persistance » soit : « x persiste » comme synonyme de « x persiste à plus d’un instant soit « x persiste » comme synonyme de «  x occupe plus d’un instants ». Il se peut que l’on considère ces deux définitions comme équivalentes. En effet, c’est en répondant à l’énigme de la compatibilité de l’identité et du changement qu’on pourra résoudre les cas les plus paradoxaux. J’entendrais « x persiste » au sens de « x présent à plusieurs instants » où « x est présent à l’instant t signifie « x existe à t, ou occupe t ». Si l’on comprend «être temporellement étendu » au sens « d’être présent à plus d’un instant » alors étant donné qu’avoir des partie temporelles propres implique être présent à plus d’un instant, PE (posséder des parties temporelles implique nécessairement être temporellement étendu) est vraie. Je nie PE et donc j’entends « être temporellement étendu d’une autre manière.
 
 
Pour expliquer ce qu’on entend par extension temporelle  faisons l’analogie par le cas spatial. Qu’est-ce qui caractérise des objets étendus spatialement ? Une des réponses est la suivante : le fait qu’ils sont présents à plus d’un endroits (tout court ou à des instants) et qu’ils possèdent certains propriétés (tout court ou à des instant) comme être spatialement ponctuel, être spatialement continu, être spatialement discontinu ou être sphérique. Une manière d’isoler ces propriétés invoque des régions de l’espace Appelons S propriété  toute propriété topologique ou géométrique qu’une région de l’espace peut avoir. La proposition est qu’un objet est spatialement étendu si et seulement si il est présent à plusieurs endroits et possède quelques S- propriété (tout court ou à des instants).
 
Soit PE : « Appelons T –propriété toute propriété topologique ou géométrique du temps peut avoir  - comme par exemple être temporellement ponctuel, continu discontinu ».
 
On entend  « être temporellement « étendu » de telle sorte que la proposition « un objet est temporellement étendu si et seulement si, il persiste et possède quelque T – propriété » soit nécessairement vraie. C’est une vérité conceptuelle que persister implique posséder des T-propriété  et donc PE est trivialement vraie.
 
On affirme cependant que le sens commun semble –t-il dirait que les personnes persistent mais n’ont pas de longueur temporelle. Il dirait par exemple j’ai 37 ans mais que contrairement à ma vie jusqu’au moment présent je ne suis pas long de 37 ans. En tenant ce genre de propos le sens commun se tromperait peut-être mais il ne serait pas comme quelqu’un qui croirait que ses pantalons sont rouges mais n’ont pas de couleurs à savoirs victime d’aveuglement conceptuel. Le cas spatial est similaire au cas temporel sel'on une conception des odeurs assez plausible au demeurant. Ces dernières sont présentes à des endroits mais n’ont pas de S – propriétés : aucune odeur ne peut être sphérique ou spatialement continu bien qu’il soit possible que la région occupée par une odeur à un moment donné soit sphérique ou spatialement continu.
 
Définissons une chose comme étant u objet présent à au moins un instant et qui n’a aucune T- propriété, et un événement comme objet qui est présent à au moins un instant et qui possède quelque T- propriété. Le sens commun considère que le monde actuel est peuplé d’objet appartenant aux deux catégories,  il croit que les personnes les tables et les fleurs sont des choses et que les guerres les explosions sont des événements. Pour notre part nous tiendrons seulement pour acquis qu’il peut y avoir des choses et qu’il peut y avoir des événements que le concept d’événement n’a pas nécessairement une extension vide, et qu’il en va de même pour le concept de chose.   
 
Aussi en quoi consiste le fait pour un objet x, d’être une partie temporelle d’un objet y ? Il n’y a pas de consensus sur la question si l’on suit SIDER[5] on peut vouloir caractériser la notion de partie temporelle comme suit :
 
(S1) x est une partie temporelle de y pendant la région temporelle T ssi (i) x est présent à chaque instant de T et seulement à ces instants, et (ii) à chaque instant de T, x et y coïncident, tout ce qui partage une partie avec x partage une partie avec y et vice versa
 
(S2) x est une partie temporelle de y ssi est une  partie temporelle de y pendant quelque région temporelle
 
(S3) x est une partie temporelle propre de y ssi x est une  partie temporelle de y et l’existence de x est strictement courte que celle de y.
 
Une autre suggestion adaptée de Van INWAGEN[6] est la suivante
 
(I3) x est une partie temporelle de y pendant la région temporelle T ssi (i) x est présent à chaque instant de T et seulement à ces instants, et (ii) à chaque instant de T, x et y partagent toutes leurs propriétés intrinsèques temporaires.
 
I2 = S2
 
 
I3 = S3
 
Une propriété est temporaire si et seulement si, il se peut qu’un objet l’ait à un instant mais pas un autre instant (où il existe), et une propriété est intrinsèque à un objet à un moment donné si et seulement si l’objet possède la propriété à ce moment et ce fait ne dépend de rien d ‘autre que de lui-même. Etre rouge est temporaire, être matériel ne l’est pas. Etre sphérique est intrinsèque. En utilisant l’hypothèse sel'on laquelle posséder un objet donné comme partie est une propriété intrinsèque, on peut montrer qu’une partie temporelle pendant une région T au sens (I1) est une partie temporelle pendant T au sens de (S1). Etant donné le travail que les perdurantistes veulent que les parties temporelles effectuent, ils devraient sans doute accepter l’équivalence exprimée par (I1). Définissons perdurance et endurance comme suit :
Un objet perdure si et seulement si, il possède des parties temporelles propres et un objet endure si et seulement si, il persiste et ne possède pas de telles parties. Ces définitions ne sont pas standard. « Perdurer » est habituellement compris comme exprimant une notion plus forte et est souvent défini comme « persister et posséder une partie temporelle distincte à chaque moment de son existence ». « Endurer » d’autre part est souvent défini comme « persister et être complètement présent à chaque moment de son existence ».
Puis admettons la définition la suivante :
Un objet x est une TT- fusion  d’une collection d’objet C (« TT » est là pour suggérer »trans- temporelle ») si et seulement si pour tout instant et pour toute propriété temporaire intrinsèque, x possède cette propriété à cet instant si et seulement si quelque membre de C possède cette propriété à cet instant.
 
David LEWIS écrit « Disons que quelque chose persiste si et seulement si, d’une manière ou d’une autre, elle existe à divers moments du temps ; c’est un terme neutre. Une chose perdure si et seulement si elle persiste en ayant différentes parties temporelles, ou stades, à différents moments du temps, bien qu’aucune de ses parties ne soit pas entièrement présente à plus d’un seul moment du temps ; tandis qu’elle endure si et seulement si elle persiste en étant entièrement présente à plus d’un moment du temps. La perdurance correspond à la manière dont une route persiste dans l’espace, l’une de ses parties est ici et l’autre de ses parties est là, et aucune n’est entièrement présente à deux endroits différents. L’endurance correspond à la manière dont un universel, si une telle chose existe, serait entièrement présent là où et au moment où il est instancié. L’endurance implique le recouvrement : le contenu de deux moments différents d’un temps a pour partie commune la chose qui endure. Tel n’est pas le cas pour la perdurance.»[7]
 
Supposons que Socrate et Frege soient des choses persistantes. Supposons également qu’il y ait un objet Albert qui est TT fusion de Socrate et Frege. Alors puisque Socrate et Frege n’ont jamais été contemporains  la classe constituée des ces deux philosophes est dispersée, et il suit qu’Albert possède au moins deux parties temporelles propres à savoir Socrate et Frege. Donc Albert perdure. Maintenant étant donné que Socrate et Frege ne sont pas temporellement étendus, il semble clair qu’Albert ne l’est pas non plus. En effet il est difficile de voir comment une TT fusion d’objets qui n’ont aucune T -propriété pourrait avoir une T propriété. Albert est donc une chose. Nos hypothèses nous fournissent donc un exemple de chose qui perdure. Il n’est pas impossible nous semblent –il  que la conjonction de ces hypothèses soit vraie.
 
Sont-ce des choses perdurantes non intermittentes ? Albert s’il existe un tel objet est une chose qui perdure mais il s’agit d’une chose très singulière, très différente des objets ordinaires tels que les personnes, les tables et les fleurs. Une des différences les plus importantes est que les objets perdurent de manière continue, alors qu’Albert existe seulement par intermittence. Maintenant il se peut que certains admettent l’existence d’Albert ou du moins refusent néanmoins d’accepter qu’il puisse exister des choses perdurantes possédant une existence continue.  
 
Il est cependant difficile de voir quelle raison quelqu’un qui admet la possibilité qu’il existe des objets tels qu’Albert pourrait donner contre la possibilité qu’il existe des choses perdurantes dotées d’existence continue. Soit T l’ensemble de tous les instants auxquels Frege a existé et pour chaque instant t dans T soit Ft l’ensemble de toues les propriétés temporaires intrinsèques que Frege avait à l’instant t. Etant donné n’importe instant t dans T disons qu’un objet est un Frege-à-t si et seulement si cet objet est une  chose qui n’existe qu’à t et dont les propriétés intrinsèques temporaires sont celles qui appartiennent à Ft. Finalement appelons F-monde tout monde où il y a un Frege –à-t pour tout instant t dans T, et FF-monde tout F- monde  où les divers Frege -à-t possèdent une TT- fusion. Dans n’importe quel FF- monde il y a une chose perdurante qui possède une existence continue. Maintenant il nous semble qu’il y a des F –monde qui sont posssibles. Si cela est tenu pour vrai, et s’il est tenu pour acquis qu’il peut exister des choses telles qu’Albert, alors il est difficile de voir comment on pourrait nier qu’il y ait des FF-mondes possibles.
 
Comme nous avons accepté qu’il existe des événements qui perdurent tel les matchs de foot. Notre opinion est donc que la propriété de perdurer est compatible à la fois avec la propriété d’être un événement et avec celle d’être une chose. L’événement perdurant sont des événements qui se subdivisent en événement temporellement plus courts. Les choses perdurantes sont des choses qui se subdivisent en choses dont l’existence est plus courte. Mais dans les principales oppositions impliquées dans le débat sur la persistance se trouvent le perdurantisme, l’endurantisme, le quadri-dimensionnalisme et le tri-didimensionnalisme. Il n’existe pas d’usage uniforme de ces termes. Une ontologie est nécessaire. Etant donné une classe C nous proposons les définitions suivantes.
Le perdurantisme  tout objet persistant de C perdure c’est-à-dire possède quelques partie temporelle propre.
L’endurantisme tout objet persistant de C endure c’est-à-dire ne possède aucune partie temporelle propre.
Le quadridimensionnalisme tout objet persistant de C est un événement c’est-à-dire temporellement étendu.
Le tridimensionnalisme tout objet persistant de C est une chose qui n’est pas temporellement étendu.
 
Relativiser les quatre positions à des classes d’objets n’est pas standard mais cela est motivé par le fait que l’on peut soutenir différentes position par rapport à différentes catégories d’objet par exemple on peut penser que les guerres perdurent pas les personnes. Relativement à n’importe quelle classe d’objet non –persisitants les quatre positions sont trivialement correcte relativement à une classe substantielle c’est-à-dire une classe dont certains membres persistent ce n’est pas le cas. Si être une chose n’est pas compatible avec perdurer alors relativement à n’importe quelle classe substantielle le perdurantisme et le tri-dimensionnalisme sont incompatibles. Mais si comme nous le croyons PE (possséder des parties temporelle propres implique nécessairement être temporellement étendu) est fausse,  alors il y a un espace pour des positions qui combinent perdurantisme et le tri-dimensionnalisme relativement à la même classe substantielle. D’autre part si comme nous l’avons supposé être un événement est compatible avec perdurer il y a également de l’espace pour des positions qui combinent le perdurantisme et le quadridimensionalisme relativement à la même classe substantielle. Si nous avons raison  il existe deux versions du perdurantisme relativement à une classe substantielle donnée : la version 3D sel'on laquelle tout membre persistant de cette classe est elles-mêmes des choses et la version 4D sel'on laquelle tout membres persistant de cette classe est un événement perdurant, composé de partie temporelles qui sont elles-mêmes des événements.
 
Définissons le perdurantisme (tout court) comme étant la position perdurantiste relativisée à la classe d’objet qui changent et faisons de même pour l’endurantisme le quadri-  dimensionnalisme et tri-dimensionnalisme. Le débat actuel sur la persistance oppose principalement ces quatre positions. Sel'on les considérations qui précèdent le perdurantisme tout court se présente sous deux versions le 3D perdurantisme et le 4D perdurantisme. Le 3D perdurantisme semble être la cible de certaines objections au perdurantisme. Mais le perdurantisme semble être clairement du côté du 4D perdurantisme.
 
Les arguments classiques en faveur du perdurantisme repose sur la notion de partie temporelle, la méréologie, pour résoudre les problèmes philosophiques liés au changement, en particulier le problème de la coïncidence et le problème des propriétés intrinsèques temporaires. Examinons le problème de coïncidence, la situation problématique est la suivante :
Tibbles est un chat normal doté d’une queue. Appelons « Tib » la partie Tibbles consistant en Tibbles sans sa queue. Puisque Tibbles et Tib ne partagent pas toutes leurs propriétés (par exemple Tibbles possède une queue et Tib non, ils sont distincts. Supposons maintenant qu’à un certain moment Tibbles perde sa queue et survive à l’accident alors sans doute Tib survit également. Juste après l’accident donc Tibbles et Tib coïncident spatialement et possèdent exactement les mêmes parties spatiales. Mais comment cela est-il possible ? Comment ces deux objets matériels peuvent-ils à un moment donné occuper le même espace, posséder les mêmes parties spatiales, et cependant être distincts ?
 
Sel'on le perdurantisme le problème de la coïncidence s’analyse de la sorte : « Tibbles est un objet perdurant, un ver spatio-temporel composé de multiples parties temporelles, et il en va de même pour Tib. Avant l’accident TIb est plus mince que Tibbles, et après l’accident Tib et Tibbles ont la même épaisseur spatiale, ils partagent toutes leurs parties temporelles. Le cas de TIB et Tibbles n’est pas plus mystérieux que celui de deux routes distinctes qui partages certaines parties transversales ». Dans cette histoire on ne nous dit pas si les objets concernés sont des choses ou des événements voire des processus. Le point important avancé par les perdurantiste qui est supposé dissoudre ce qui paraissait un mystère c’est que Tibbles et Tib possèdent chacun une structure temporelle reliée d’une certaine manière. Et cela est évidemment compatible  avec la thèse sel'on laquelle Tibbles et Tib sont tous deux des choses de même qu’avec la thèse sel'on laquelle ils sont touts deux des événements. Ce qui fait donc le travail des solutions perdurantiste aux problèmes liés au changement est la thèse sel'on laquelle les objets qui changent se subdivisent de manière appropriée en diverses parties temporelles et de ce point de vue le 3D perdurantisme est aussi adéquat que le 4D perdurantisme. Les deux versions ne sont cependant pas sur le même point d’égalité. Chaque version est la combinaison  d’une thèse catégorielle et d’une thèse méréologique. Cette dernière est la même dans les deux cas : il s’agit du perdurantisme une position concernant la persistance et les parties temporelles. Mais la thèse catégorielle est différente dans chaque cas : pour le 3D perdurantisme tous les objet persistant (changeants) sont des choses alors que pour le 4D perdurantisme ce sont des événements. Comment résoudre ce désaccord ?
 Le 3D perdurantisme est plus proche du sens commun que le 4D perdurantisme. Le sens commun accepte certaines thèses à propos des choses et des événements. Admettons les suivantes :
 
(1)   il y a des choses et des événements : certains objets comme les personnes les tables et les fleurs persistent mais ne possèdent pas de longueur temporelle, ni aucune T- propriété alors que certains objets comme les guerres, les explosions et le mariages possèdent des longueurs temporelles et d’autre T- propriétés ;
(2)   les objets changeant (ou du moins beaucoup d’entre eux comme par exemple les personnes, les tables, les fleurs) sont des choses endurantes, des choses qui changent mais ne possèdent pas de partie temporelle propre ;
(3)   les événements persistants possèdent des parties temporelles propre. Par exemple un match de football possède de multiples parties temporelles telles que ses deux mi-temps, etc.
 
Le perdurantisme semble contredire les sens commun notamment (2). Le 3D perdurantisme est d’accord avec le sens commun à propos de la catégorie ontologique de la plupart des objets changeants, mais en désaccord à propos de leur structure méréologique. D’un autre côté le 4D-perdurantisme est en désaccord avec le sens commun sur les deux plans. Il ne faudrait pas directement en conclure que le 4D-perdurantisme s’éloigne plus que le 3D-perdurantisme du sens commun. Car le perdurantisme suit immédiatement du quadri-dimensionnalisme et de la thèse (3) ci-dessus, de sorte que le désaccord entre le 4D- perdurantisme et le sens commun se réduit à un désaccord concernant la catégorie ontologique de la plupart des objets changeants. Il suit que la question de savoir laquelle des deux versions du perdurantisme s’éloigne le plus du sens commun dépend de la réponse à la question suivante : est-ce que la thèse sel'on laquelle des objets changeants tels que des personnes, les tables et les fleurs sont des événements transgresse plus le sens commun que la thèse sel'on laquelle ces objets sont des choses dotées de parties temporelles propres.
 
Si la réponse est positive alors le 3D-perdurantisme l’emporte. En revanche si la réponse est négative alors c’est le 4D-perdurantisme qui l’emporte. Notre opinion est que la réponse est « oui » parce qu’un désaccord concernant la structure ontologique à laquelle un objet appartient est plus profond qu’un désaccord à propos de la structure méréologique de cet objet. On pourrait répondre que le sens commun trouverait absurde l’idée qu’une chose puisse avoir une structure méréologique du type en question. Il nous semble par exemple que le sens commun serait parfaitement prêt à admettre que le papill'on et la chenille dont il est issu sont deux parties temporelles d’un même organisme. D’autre part on est tenté de dire que le sens commun n’a aucune opinion à propos d’objet comme par exemple les personnes, les tables et les fleurs. Quoi qu’il en soit nous pensons qu’il est facile de le convaincre que l’idée d’une chose perdurante en particulier l’idée d’une personne perdurante n’est pas absurde.
[hr]
[1] David LEWIS pense que l’endurantiste ne peut pas expliquer le changement intrinsèque étant donné que l’endurantiste doit nier que la même propriété est exemplifiée par a à t1 et n’est plus exemplifiée par a à t2. Sider a ajouté l’exdurantisme aux théories de la persistance :
1)       x endure ssi x persiste en vertu d’être entièrement présent à différent instant
2)       x perdure ssi x persiste en vertu d’avoir des parties temporelles présentes à différents instants
3)       x exdure ssi x est un stade instantané et x persiste en vertu de ses relations de contrepartie à des stages existants à différents instants.
[2] Willard Van Orman QUINE in « Du point de vue logique » article « Identité, ostension et hypostase » p 105. [3] S. FERRET, l’identité, GF Flammarion, introduction p 26. [4] Fabrice CORREIA actes du colloques de la SOPHA, volume 2 article « deux manière de perdurer » Montréal 2003. [5] SIDER p 60 « four dimensionalism, oxford university pres, New York & oxford [6] PETER VAN INWAGEN, paragraphe 2, 2000, « temporal parts and identity across time » dans the monist volume 83 pp 437-459 [7] David LEWIS, in « De la pluralité des mondes » p 309, traduction  Marjorie CAVERIBERE et jean pierre COMETTI, édition de l’Eclat, Paris 2007. 

Fabien Rogier dans Inclassable.
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