Extrait -2- de "Balade dans ma mémoire" ...

                                                    Clin d’œil du Passé…

Mon cœur et mes souvenirs, se partagent dans mes racines. Mère  Corse et Père  originaire du pays Catalan, sur le versant espagnol des Pyrénées, dans le Val d’Aran plus exactement, j’ai le choix de ma « Balade dans ma mémoire » …

Nous partions régulièrement tous les deux, mon Père et moi en Espagne, ou tous ensemble. Nous aimions y aller en été, pour voir toute la famille, et faire de belle promenade dans la montagne. Il nous arrivait même de pique-niquer, lorsque nous étions tous les quatre, avec ma sœur.
Mon Père était métamorphosé, en arrivant dans « son village », et bien souvent j'ai vu ses yeux humides, trahir son émotion.    
Le jour de la Toussaint, nous allions à Fronsac déposer des chrysanthèmes, sur la tombe de mon grand-père paternel. C'était l'occasion de passer la frontière et continuer la route jusqu'à Sénet, le village de mes grands-parents, qui n'est qu’à soixante kilomètres de là.

Pour moi enfant, c'était une véritable aventure, pour plusieurs raisons :
- Tout d'abord nous allions hors de France, j'avais entendu parlé d'un certain « Franco », qui menait son pays avec une poigne de fer. Il fallait passer devant les carabiniers, dont j'associais le nom en français au mot « carabine ». Ils commandaient une barrière pour rentrer dans leur pays, le regard inquisiteur qu'ils nous lançaient, m'impressionnait beaucoup.
Imaginez, lorsqu'en plus, ils nous demandaient d'inspecter la malle de la voiture.
A chaque fois, des prisons glaciales en haut des montagnes espagnoles, se promenaient dans ma tête, ainsi que des menottes... Une fois que cette étape était franchie, nous les avions vaincus et plongions dans la liberté....
La première grande ville était : « Viella », aux pieds des Pyrénées, où les maisons semblent escalader les montagnes et l'hiver se contentent de laisser émerger leurs toits d'ardoises enneigés.  
Là, commençait la tournée de la « Famille », chez une cousine. L'hiver en repartant, avant de continuer notre route, nous savions quelle météo, nous attendait pour aller à Senet.

- La raison suivante, était le « tunnel » de Viella. Cinq kilomètres, pour aller vers un autre monde, avec des milliers de tonnes de rochers sur la tête... Et si nous tombons en panne ? ... Mon Père, conduisait en se concentrant pour regarder le plus loin possible, car il était fréquent de trouver des trous ou des pierres sur la route.

En sortant du tunnel, c'était le choc... Le régal des yeux. Nous étions alors passés sous les Pyrénées, d'un versant à l'autre. Où la météo en automne et hiver pouvait passer d'une extrême à l'autre.  
Venant d'une zone sombre, la neige étincelante nous éblouissait et les blocs de granit paraissaient de gros nougats, posés là pour le décor. Quelques fois notre deuxième visite, était à « l'Hospital », une grande bâtisse, toute en longueur, qui se trouvait sur la gauche à la sortie du tunnel. Mon Père m'expliquait qu'il s'agissait, d'un lieu où l'on pouvait se réchauffer, manger, et éventuellement se faire soigner en cas de problèmes. Je revois une imposante cheminée, qui tenait tout le côté d'une pièce très spacieuse, qui sentait bon le café chaud, les gens pouvaient s'asseoir pratiquement dans l'âtre. Il servait également de refuge, lors de fortes intempéries.
L'endroit était particulièrement glacial l'hiver. Alors que sur le versant français des Pyrénées il faisait un soleil agréable, tout en respectant la température hivernale ; Sur le versant espagnol, où nous nous trouvions, le ciel était souvent blanc, la montagne se cachait dans la brume, et j'imaginais me trouver en Sibérie. Malgré cela, le site qui me paraissait insolite, me plaisait beaucoup.
L'été par contre, nous pouvions avoir l'impression d'être dans une fournaise. Je pense que les blocs de granit, accumulaient de la chaleur, qu'ils renvoyaient par la suite. Car dès que nous arrivions en montagne où la végétation était plus importante, la température devenait agréable, même fraîche selon les endroits.  

Maintenant encore lorsque je passe le tunnel de Viella, je ressens la même sensation... Mais en plus, je revois mon Père, sur le bord de route, à côté de sa Dauphine Renault, respirant à plein poumons, son premier bol d'air des hautes montagnes. Comme s'il avait été en apnée, jusqu'à sa prochaine escapade dans les Pyrénées.  
- « Respire Noël !... Respire ! ... ! Tu sens l'air pur dans tes poumons ? » Disait-il, comme pour profiter pleinement du moment... Il restait un instant silencieux, scrutant la cime des montagnes, qui semblaient s'abriter sous leur manteau immaculé. Peut-être qu'il faisait une prière, ou un vœu... Et nous savions lequel... Celui de retrouver un jour « sa montagne ». Je me devais de respecter cet instant de grâce, qui semblait vital pour lui … Nous restions alors, quelques minutes côte à côte...
Je me suis toujours demandé, lorsque nous souffrons du mal du pays, et j'ai eu des exemples dans la famille, qui font parties de mon héritage :  
- « Est-ce le déraciné qui pleure son pays ? Ou la terre perdue qui l’appelle ? »

- L'aventure était aussi, dans la différence de langue. J'étais étonné et j'enviais mon Père qui maîtrisait parfaitement le catalan. Les intonations étaient différentes et je tentais de deviner plutôt que de comprendre ce que j'entendais. D'ailleurs, pas mal de mots que je croyais oubliés, sont ressurgis de ma mémoire, en retournant là-bas plus de vingt ans après... Et à ma grande surprise, je comprenais, pas mal de mots et parvenait à sortir quelques phrases, dans la langue paternelle.

-Le changement de monnaie, venait s'ajouter au fait d'être hors de France. En ce temps-là, la « Pesetas » avait comme le « Franc », quelques belles années devant elle. L'argent français étant plus fort que celui de l'Espagne, il était intéressant pour nous de faire des achats à cette occasion.

Nous ramenions quelques gâteries, de l’huile d’olive, du muscat ou du porto et parfois de la viande d’agneau. Mon Père avait alors l’impression, d’emporter un peu des Pyrénées chez nous à la maison.
Sur la route du retour l’enthousiasme paternel, était réduit en peau de chagrin …

Noel Turo dans Inclassable.
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