Extrait-3- de "Balade dans ma mémoire"

                                     Voyage en Mobylette...

J'ai beaucoup de souvenirs, de nos voyages en Espagne et jusqu'au-delà de ma majorité.
Nous partions comme je l'ai déjà dit, mon Père et moi pour deux ou trois jours, dans le Val d’Aran pour voir la famille. L'un des meilleurs souvenirs, est une fois où nous avons fait le voyage en mobylette.
Oui ! ...En mobylette. Mon Père avait une mobylette bleue, de marque motoconfort. A cette époque, ce deux-roues motorisé était assez classique et suffisait pour les déplacements quotidiens. Il avait même une petite remorque, qu'il pouvait atteler en l'accrochant sous la selle. Il l'utilisait pour aller à la chasse ou à la campagne, chercher des légumes, du grain pour ses poules, du matériel pour bricoler...Etc. Cette remorque, coule maintenant une retraite sereine, bien méritée pour effectuer de menus travaux.

Donc je reviens à notre voyage, qui est le premier dont je me souvienne. Mon Père avait décidé d'aller à Fronsac dans les Pyrénées, sur la tombe de son Père et cela avec moi. Mais, faire le trajet intégralement en mobylette, depuis Agen, était un peu long, surtout avec un enfant derrière. Alors la chose fut simple, il a mis son engin dans un wagon de marchandise, nous, dans un train de voyageur et nous sommes allés jusqu'à Montréjeau. Arrivés là, nous avons enfourché la monture...

Puis...L'évasion a commencé par une douce complicité, qui nous rendait heureux tous les deux. Moi j'avais le privilège d'être seul avec mon Père et lui le plaisir de me faire partager son amour de la montagne.
J'ai le souvenir très marqué, de lui avoir demandé de s'arrêter pour toucher le roc. Dans le dos de mon Père, en roulant je ne quittais pas des yeux, la roche parfois brune ou de granit blanc éclaboussée de noir, qui défilait.
Des petits filets d'eau de source, suintaient le long des parois abruptes. Je me souviens d'avoir trouvé extraordinaire, le fait de boire cette eau qui venait des entrailles de la terre. Elle semblait se dépêcher, d'aller où elle seule savait. Je me sentais fragile et minuscule, à côté de cette montagne toute puissante, que je ne cessais pas d'admirer. Inexplicablement, je la trouvais belle et délicate, malgré sa masse, jusqu'à lui trouver de la noblesse. La cime couronnée de neige éternelle, du haut de sa grandeur n'avions-nous pas l'air prosterné à ses pieds ? Comme si elle fut sur un trône...

C'est le plus lointain souvenir que j'ai conservé, en prenant conscience, de ce qu'était la montagne.
A quoi pensait mon Père le soir avant de se coucher, lorsqu'il allait « prendre son bol d'air » ?...
Comme par hasard, sur la terrasse de la maison sur les coteaux Agenais, il regardait vers les Pyrénées...
Lorsqu'il allait pleuvoir, elles nous accordaient la faveur de les apercevoir malgré la distance, trois jours après, c'est certain, la pluie était là.    
               
A propos de source, le plus étonnant est de voir la Garonne à Agen. Le fleuve chez nous est très large, l'eau de couleur boueuse et très douteuse, polluée de produits agricoles et industriels, on voit flotter des contenus de poubelles, quand ce n'est pas des cadavres d'animaux ... Je pense que je dois en oublier... En un mot, surtout : « non potable ».
Nous avons rendu visite en Espagne, à la Garonne où elle prend sa source. Elle jaillit modestement de la montagne, pure, claire et limpide... Filtrée naturellement dans la roche souterraine, de température agréable l'été, que l'on peut qualifier « d'eau de vie » ... Beau témoignage de ce que la nature met gracieusement à la disposition de l'homme. La pauvre ignore ce qui l’attend !...
Elle coule courageusement vers une autre nature : « celle de l'homme, le destructeur ».

« Quelle tristesse de constater ce qu’elle devient !... Combien l'homme est capable égoïstement de tout saccager, salir, s'approprier, anéantir !... Etc.
Nous avons oublié le plus important : tout ce que nous voyons et pouvons toucher, qui était là bien avant nous, nous a été seulement accordé à titre de prêt ! »  

Mais en ce temps-là, j’ignorais l’existence de la pollution …
Ne nous étonnons pas si en rendant l'âme, il y avait la caution à payer !...

Polluée ou non, l'eau de la Garonne est passée sous bien des ponts depuis le voyage en mobylette. On ne soupçonne pas combien certains instants de la vie, même brefs, peuvent rester gravés. C'est sûrement grâce à cela, que je peux écrire « Balade dans ma Mémoire ».

Noel Turo dans Inclassable.
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