Insouciance d’antan.

    Mômes, pieds nus et en short (retenez le short parce qu’il aura son importance plus loin dans le récit), nous avions un petit penchant pour la vitesse. Le football ne suffisant pas, nous courions dans tous les sens, à pieds le plus souvent sur les abords des grandes routes ou des petites ruelles. Le reste du temps, pour ceux d’entre nous qui avaient la chance de posséder un vélo — un énorme luxe pour l’époque, je ne vous le cache pas —, nous nous lancions des défis pour savoir lequel de nos engins seraient le plus véloce. Pour les autres, dès lors qu’ils avaient fait le tour de la course à pied, il fallait trouver un moyen de combler ce besoin constant d’adrénaline au travers de distractions peu communes. 

    Agripper, seul ou à plusieurs, la petite échelle à l’arrière des bus devenait dans ce cas-ci un défi à la mesure de cette nécessité… À nos risques et périls : cela va de soi ! 

    Quand ce n’était pas le boy(1) du bus qui nous filait des mandales en jaillissant de la fenêtre attenante à l’échelle pour nous faire lâcher prise, c’était la peur que le bus ne stoppe plus ou qu’il ne s’en aille encore plus vite qui faisait que nous sautions ; mais aussi parce que, très souvent, vos « amis » criaient derrière vous « briiguaa ! briiguaa ! » (2) enjoignant ainsi au chauffeur de freiner afin que tout ce beau monde se tape la tête contre la tôle ou tout simplement se fracasse la bouille sur le macadam : les gosses, il n’y a pas plus méchants, plus teigneux ! Une félonie à la hauteur de nos amitiés !
    Tel un obus nous nous « larguions » donc, si je puis dire, car oui, il fallait être d’une stupidité sans commune mesure pour se jeter d’un bus qui déboule à toute vitesse. Alors là, on rigolait moins ! N’importe quel vêtement fut-il long aurait au moins eu le mérite d’atténuer la chute. Rappelez-vous que la plupart d’entre eux sont en short ! Qui veut bien dire ce que ça veut dire : écorchures assurées sur tout le corps et particulièrement sur les genoux. Égratignures level dix ! 
    Le rire et la douleur se confondaient, car même si vous aviez les genoux en sang, cela ne vous empêchait nullement de vous fendre la poire, surtout si l’autre souffrait plus le martyr que vous. Étonnamment, aussi loin que je m'en souvienne, je n'avais jamais vu de blessures graves qui nécessitaient un passage chez le médecin. Au mieux quelques hématomes, au pire des blessures superficielles. Néanmoins des cas de blessures graves ou de morts existaient. 

    On attendait que nos entailles disparaissent et on remettait ça le jour suivant. Question de principe ! 

    Depuis, on a grandi du moins physiquement pour certains alors que d’autres sont restés d’éternel mioche, et, maintenant, on fait énormément gaffe quand on sort de la douche, les pieds légèrement mouillés, pour éviter une éventuelle chute...
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1 : homme chargé de faire la collecte de la petite monnaie dans certains bus.
2 : en langue somalie cela veut dire "freinez ! freinez". 

Mahad dans Inclassable.
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