Je suis bipolaire

JE SUIS BIPOLAIRE

Je suis bipolaire. Il a suffit que je le dise et l’écrive pour affermir mon moi caché, violent qui m’a mené à l’exercice d’autobiographie raisonnée. Méthode que j’ai exercé, plutôt pratiqué, et pratique encore ; c’est l’écriture de la notice de parcours qui le suit qui a été un véritable calvaire quant à sa réalisation. Il m’a fallu écarter certains aspects psychologiques dans un premier temps, ceux de mon histoire très mouvementée et symptomatique à la fois de la classe sociale d’où je proviens : un sous-prolétariat issu d’un mixte de la classe ouvrière et agricole dans le monde rural normand et provençal. Mais c’est aussi à travers mon roman familial le reflet de l’histoire de ces 30 dernières années de faits sociaux, de la politique en France qui toucha ma famille : le chômage, les lois sur le surendettement, le divorce, les dispositifs de placements à la DDASS pour jeunes majeurs, l’éducation que j’ai suivi auprès de mes parents qui m’a pourvu de « pré - notions » et / ou de préjugés. Cela  nourrit, peut - être mon discours et lui donne une teinte de virulence, une  "violence symbolique".  

Mais cette violence n'a pas été pour autant que symbolique le viol et les coups la droguer l'alcool, la mort, etc. Aussi, ai-je toujours pensé en mon for intérieur être le produit d’un « heureux hasard » -Heisenberg et son fameux principe d’incertitude applicable en physique nucléaire- c‘est ce qui m’a permis d'avoir un tant soit peu de culture et peut - être par là même de pouvoir représenter une classe de gens à qui on ne donne pas souvent la parole et qui reste souvent dans l’ombre de la classe moyenne. Cette émancipation procurée par les livres et l’éveil à la conscience réflexive qui s’accompagne, n’a pas de prix pour moi. La position sociale d’où je proviens est un « capital » inaliénable. C’est le reflet de ce qui transparaît dans ce recueil de réflexions et d’enquête dirigées par Pierre BOURDIEU, « LA MISERE DU MONDE ». C’est un état de fait inacceptable, mais accepté dans la rage silencieuse des pauvres.  Mais c’est aussi les prémisses imperceptibles de ma maladie insidieuse : la bipolarité. D'où vient-elle ? Où sont les symptômes ? Quelles en sont les causes ?
DE l' ACCUEILLANCE EN URGENCE

Sept années plus tard : De l'accueil à l"accueillance en urgence ! Que de patience vous faut-il? Que d'impatience nous faut-il ! Tout est fait pour nous faire apparaître le temps comme la seule donnée immédiate capable de combler la douleur qui nous accable et pour laquelle on est là ; Certes pour finalement crever, le passage administratif nous oblige à une conscience sélective ?

Acharnement thérapeutique ? Pas encore ; mais c'est la première étape la sélection des urgences: des malades les plus gravement atteints, ce qu'on peut encore soigner et faire vite dégager, il faut de la place, non par manque d'humanité mais manque d'unités, de lits et de personnel disponibles. Harnachement éthique pour tout faire pour sauvegarder la vie d'un autre. Et de quels égards faites vous et  des erreurs de pelotages et d'étiquetage. Là, le fantasme et la peur d'être victime d'une malencontreuse erreur se mêlent en moi.

Vous faites preuves d'un sourire toujours au bon moment.  Infirmières aides-soignants ou aide -soignantes je n'ai pas de genres attitrés. Sous la chemise, la blouse,
Il y a toujours une belle poitrine plate ou rebondie aux tétons durs;

Services ou étages à l'hôpital, c'est comme en grande surface le rayon des grabataires côtoie le rayon des dépressifs. Ces derniers sont moins nombreux, ils ont tendance à vouloir se tuer; les vieux : on fait tout pour les garder y doivent être moins chiants - enfin c'est faux, on ne les entend jamais-
Ont-ils tous toutes leurs têtes, ce que j'espère ? On sait à quoi s'attendre : un arrêt cardiaque sur un lit hospitalisé, maladie infectieuse, nosocomiale, juxtaposition le laboratoire du sommeil (le lethé), deux lits j'y ai  réservé deux lits enfin deux nuits pour janvier cela fait des années que je ne dors pas.
Le bipolaire  il se meut comme il se peut : peut se barrer, péter dans l'ascenseur, fumer dans les toilettes, avaler n'importe quoi, écrire, peindre, tricoter, pédaler sur le vélo d'appartement en plein couloir; ne rien manger, dormir, crier, chanter, pleurer, parler, réunion soignants / soignés, réunions patients /psychiatres, réunions entres soi niés, repas du midi, dîners, chambres non mixtes et chacun chez soi;  nettoyer de fond en comble la chambre deux à trois fois par jour, fumer son pétard en plus du traitement neurochimique. Et cela ne fait rien : les angoisses elles sont toujours là. Comme les triolets et les sextolets qui trottent dans mes "têtes". Les voix elles- mêmes me parlent,  toujours, j'ai plusieurs phases, moult cases qui se mettent en fonction en même temps ou pas, parfois quand je ne le "souhaitent" pas; etc. « Je et tu » s'accordent en une troisième personne au pluriel, etc.

Fabien Rogier dans Inclassable.
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