Extrait 4 de "Balade dans ma Mémoire"

                                                                        Le coq est mort...  

J’étais militaire à Djibouti, en mille neuf cent soixante-treize et il me restait trois ou quatre mois avant de retrouver ma Mère et mon Père. Un de mes camarades doit rentrer en France avant moi. Il s'appelle « Jean-Paul Lecocq », est originaire du nord de la France, à quelques kilomètres de la frontière Belge. Durant le séjour, nous avons beaucoup sympathisé et il fait partie des amis sincères encore aujourd'hui.
Bénéficiant d'un congé de fin de campagne comme chacun de nous, je lui propose de rendre visite à mes parents, dans le sud-ouest. Chose qu'il fait, après quelques jours de vacances dans sa famille.
J'ai moi-même, averti chez moi de sa visite. Lui aussi à son tour, prévient mes parents de   son arrivée par le train, un matin de la semaine vers sept heures. L'horaire un peu de bonne heure ne les dérange pas, car ils travaillent, se lèvent tôt, pour partir à huit heures.
D'avance, ils savent qu'ils seront obligés de le laisser seul à la maison, en toute confiance, vu que je l'ai particulièrement recommandé. C'est pour eux un évènement, car je suis parti depuis bientôt deux ans et c'est un peu de moi, qui revient de si loin...  
Donc voici le fameux matin, « le copain de Noël » doit arriver... La gare est à dix minutes de la maison, mon Père voit l'heure passer et pas de « Jean-Paul » ... Ils commencent même à s'inquiéter un peu.
Petite parenthèse... La veille mon Père, avait décidé de tuer une volaille pour manger le lendemain avec « le copain » ... Papa procédait toujours de la même façon, « il trucidait » le matin avant de partir, le lapin ou la volaille, qui engraissait dans le couloir de la mort depuis quelques semaines... Il le déposait pour ma mère, devant la porte... Pauv’bête !... Mais il faut bien se nourrir... Une fois, un peu pressé mon père avait laissé pour mort un lapin, qui était parti en courant, lorsque Maman avait voulu lui faire la peau... Si je puis m'exprimer ainsi...

Le copain n'est toujours pas là, Papa se rend à l'évidence, il doit partir au travail... Ma Mère qui part un peu plus tard, fini de se peigner dans la salle de bain.
Mon père descend les escaliers menant au portail, sort son vélo... Et... surprise... « Le copain » arrive... Lui dit :
- « Bonjour monsieur ! Je suis « Jean-Paul Lecocq », le copain de Noël.
- Bonjour Jean -Paul, enchanté ! Nous sommes contents de te voir ! Comme nous partons travailler nous allons te laisser seul ici, mais tu peux aller promener en ville. Ne t'inquiète pas nous serons là pour manger ensemble à midi. »  
Plus tard Jean-Paul me confiera, d'avoir été ému et flatté de l'accueil convivial et de la confiance à son égard.
- « Viens je vais te présenter à mon épouse, qui ne va pas tarder à partir aussi... Tu nous parleras de Noël et de Djibouti à midi...
- D’accord ! Et merci d'avance. »
Ils montent tous deux vers la maison, une porte extérieure donne dans un petit hall, avant la salle de bain, Papa l'entrouvre, passe juste la tête dans l'entrebâillement et dit à ma Mère (Madeleine) :
- « Madeleine !... Lecocq est là devant la porte ! ... »  
Toujours en se coiffant, Maman répond :
- « Il est mort ? ... »
Mon père rit, Jean-Paul ne comprends pas et fait des yeux comme des billes, puis répond lui-même :
- « Non ! Non ! Je suis bien vivant ! Je suis en retard parce que j'ai bu un café à la gare en arrivant. »
Maman s'est excusée et expliquée les raisons de sa méprise.
Finalement, ils ont mangé un coq, « un gallinacé » du sud-ouest…

Cette anecdote est devenue un sketch, raconté maintes fois dans les repas de famille, pour rire un peu.

Noel Turo dans Inclassable.
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