L'inconnue du cinéma Star

L’inconnue du cinéma Star

L’automne qui arrive me rappelle une curieuse rencontre.  Un de ces rendez-vous que l’on n’attend pas, mais que l’on pressent confusément parce que l’ambiance et le temps se prêtent aux rêves et à la nostalgie. C’était au début du mois de novembre par une journée gris-soleil, à Cannes. J’avais décidé d’aller voir un film policier dont j’ai oublié le nom, un film américain en noir et blanc avec des acteurs à la mode de cette année 1949. Par la même occasion je cherchais une rencontre possible, mon tempérament et cette ambiance festive de Cannes me poussaient à trouver une âme sœur pour satisfaire en moi ce besoin si pressant  qui m’envahissait parfois très fort. Arrivé au cinéma Star, j’allais prendre mon billet  lorsque mon attention fut attirée par le manège d’une jeune fille dans le petit hall d’entrée. Une gamine  de quinze ou seize ans ou plus, petite brune, les cheveux courts. Elle semblait mal habillée d’un manteau, un peu étroit laissant voir ses jambes nues. C’est le regard qu’elle me porta qui fit que me rapprochant d’elle, je la regardai écrire sur un épais carnet, des informations qu’elle devait lire sur l’affichage et les photos du film. Elle me regarda une seconde fois en me demandant si je n’avais pas un crayon à lui prêter. Devant mon refus, elle se remit à mâchonner son bout de crayon, s’efforçant d’en dégager la mine. Je lui fis remarquer que son crayon ressemblait plus à un bout de bois qu’à un outil pour écrire et qu’il y avait à cent mètres de là une librairie. Elle sembla réfléchir un instant et en haussant les épaules me dit :
- Je suis fauchée, je voulais voir ce film…pas possible…
- Venez lui-dis-je je vous offre le crayon et le cinéma.
Elle planta ses yeux dans les miens et après un instant d’hésitation elle me suivit. Il se dégageait d’elle un charme discret et son regard lançait des éclairs rapides, mais attendrissants.    
Ainsi fut fait, la librairie atteinte, le crayon acheté, elle me remercia chaudement et se mit à me parler du film, de son metteur en scène, d’un acteur promis à un grand avenir et de l’héroïne qui d’après elle n’était pas à la hauteur de son rôle. Ce petit bout de femme m’amusait, car je ne m’étais jamais posé ce genre de questions en regardant un film. Un moment j’imaginai qu’elle devait être une étudiante chargée d’un compte-rendu. Elle avait dans ces propos et dans son regard à la fois la naïveté d’une adolescente et la profondeur troublante d’une femme, mais ce n’est que plus tard que je fis cette constatation.
Nous voilà arrivés presque à l’heure pour la séance. Je pris soin de la faire asseoir à ma gauche. Elle avait ôté son manteau et moi ma gabardine, et à mon grand étonnement, elle se remit par moment, à prendre des notes  dans le noir. Je tentais une timide approche en passant mon bras autour de son cou, sans trop insister ; et elle ne se refusa pas les yeux toujours rivés sur l’écran. Je me sentais peu à peu envouté par son charme de brune et séduit par un parfum étrange un peu envoutant. Insidieusement et avec précaution, je penchais mon visage vers le sien cherchant sa joue à l’aide de ma bouche et mes lèvres atteignant le lobe de son oreille. Elle se prêta légèrement à une morsure qui je pensais, devait lui être agréable. En multipliant les précautions et tout en l’attirant un peu plus contre moi, ma main droite s’aventura vers l’exploration prudente de sa poitrine plutôt menue, et là oh surprise, elle ne portait pas de soutien-gorge. Cette carapace que représentait le soutien-gorge à cette époque et son absence facilita mes palpations digitales. Toujours de la façon la plus discrète, après m’être assuré de sa réceptivité aux caresses de ses seins, je m’apprêtais à explorer un endroit plus sensible, lorsqu’elle me murmura à l’oreille :
- Le jeu scénique de cette Rowenta (prénom d’une interprète du film) est très  mauvais et l’histoire me semble un peu naïve, mal ficelée, mais patientons …
Un instant déconcerté par cette attention soutenue sur le film, j’acquiesçai et abandonnant sa poitrine, ma main se posa entre ses genoux, puis sans réaction de sa part, ma main se fit plus osée, plus insistante ; je me demandais jusqu’au je pourrais aller. Lentement, de mon bras gauche, je l’attirais vers moi ; elle se prêta si bien à ce rapprochement que nos deux visages maintenant se touchaient. Plusieurs fois je l’entendis protester contre le jeu des acteurs et subitement elle me donna sa bouche un court moment, puis reprenant son attention sur le film, je profitai de l’instant en avançant résolument ma main plus haut, entre la chaude douceur de ses cuisses, jusqu’à ce que je sente sous mes doigts la barrière de sa culotte. Ici, je dois dire que lorsqu’ une main se trouve si voisine de l’endroit sensible, il est assez rare que la personne objet de cette approche se refuse à aller plus loin dans son abandon. Tout dépend alors de la taille de la culotte et de la qualité de ses fibres ! Une culotte trop serrée et en coton présente une certaine difficulté pour atteindre le fruit convoité ; difficulté aussi si la demoiselle serre ses cuisses ou n’ose pas trop les ouvrir. Cette après-midi-là, avec ma cinéphiliste dont j’ignorais encore le prénom, je réussis pendant un moment à enrober de ma main au travers de sa culotte, toute la tendresse moussue d’un abricot bien développé. Il me fallait maintenant, par une légère friction au bon endroit faire murir le fruit afin de le rendre humide par une caresse plus directe. Hélas cela ne dura pas, le film se terminait  et mon petit bout de femme se dégagea de ma main et reprit son carnet et crayon pour noter ses dernières impressions.
Nous sortîmes à l’air libre. Il faisait nuit et froid.  Elle boutonna son manteau trop étroit et me prit le bras en me demandant mon prénom ; le sien se résumait à celui de Léa. Je lui proposais de l’accompagner ; et tout en marchant, elle ne cessait de m’entretenir du film. J’estimais son bavardage surprenant, par la qualité de son vocabulaire et je ne savais pas que répondre lorsqu’elle demandait mon avis. Je me pris à son jeu pour ne pas paraitre trop ignorant  des choses du cinéma, j’improvisais en essayant de placer au cours de son soliloque  mes modestes connaissances en la matière. Sans m’en rendre compte, elle me menait vers un quartier avoisinant le boulevard de la République. Les rues se faisaient désertes. Plusieurs fois dans l’encoignure d’une porte, elle consentit à me laisser l’embrasser, la serrer contre moi, et consentir à quelques privautés rapides avec ma main. Elle ne cessait de me répéter que l’on pouvait nous voir. C’est alors que je l’invitais pour le lendemain, en début d’après-midi pour voir le film « Le troisième  homme » qui venait d’obtenir la palme d’or au dernier Festival du film. Et là, je me trouvais en terrain de connaissance, j’avais eu le privilège d’assister à la présentation du film au Festival. Il était maintenant projeté à l’Olympia.  Je lui cachais que j’avais déjà vu le film et mon invitation la fit frémir de satisfaction.  Elle stoppa proche d’une impasse et me déclara :
-On doit se quitter ici… surtout ne me suis pas…tu pars le premier…à demain !
Le lendemain en début d’après-midi, impatient et déjà amoureux je la vis arriver toujours habillée de son manteau trop étroit. Avec ses jambes nues, elle m’inspirait l’envie de la réchauffer, car le temps était encore à la pluie ; seule une grosse écharpe en laine s’ajoutait à son habillement. Cette fois, je lui fournis pendant l’entracte tous les renseignements qu’elle nota soigneusement sur son carnet : Carol Reed le metteur en scène, Orson Wells et Alida Valli, Joseph  Cotten et Trevor Howard, je lui parlais de Vienne, de la guerre et surtout de la musique d’Anton Karas et de sa cithare ; j’en rajoutais beaucoup et j’inventais le reste. Elle semblait conquise. Comme je le souhaitais, je la fis asseoir à ma gauche. Nous étions en semaine et la salle n’était pas trop pleine. Assis tous les deux, les genoux recouverts par ma gabardine, son écharpe et son manteau, la séance pouvait commencer.  Dans le noir, elle se pencha vers moi et tout en ne quittant pas l’écran des yeux, elle m’enchanta de sa langue et de son souffle chaud ; je me laissais prendre par son parfum à la mode. Le jeu de sa bouche et ses lèvres me firent alors penser que ce n’était pas là une débutante. Et maintenant, isolés tous les deux au sein d’une foule qui comme nous, devait se plonger dans l’envoutement des images en noir et blanc d’une époque qui appartenait alors à ma génération, nous nous trouvâmes comme par magie transportés vers un autre monde, bercés par la mélodie de la cithare.  Subjuguée par sa passion Léa se laissa envahir par ma main ; le plus discrètement possible  sous gabardine et manteau, sans aucune difficulté mes doigts en d’habiles reptations atteignirent d’abord le tissu d’une culotte en coton très accessible,  puis prirent enfin possession de l’endroit le plus secret de son corps.  J’appliquais avec attention les leçons que j’avais reçues au mois de mai de l’année précédente. Et l’enchantement pour nous deux commença.  Deux de mes doigts bien positionnés entreprirent alors une lente masturbation que j’espérais bien mener à son terme. Son humidité trahissait son excitation. Je restais  attentif  à ses moindres frémissements, guettant par instant les modifications de son visage dont les yeux toujours fixés sur l’écran brillaient dans les fluctuations lumineuses des images. Sa main droite se fixa sur mon vêtement en haut de ma cuisse. Et ses pressions intermittentes semblaient m’indiquer l’avancée de son ravissement. Cela dura ; et puis un timide, mais ferme changement de position de ses fesses confirma la progression du plaisir qui devait enchanter son corps. Elle avança son ventre en écartant ses cuisses. Mon regard quittant un instant l’écran, j’entrevis son visage reflétant son émoi ; sa main se crispa fortement sur ma cuisse. Le tressaillement de son bas-ventre me signala sa jouissance. Elle s’abandonna encore un peu plus vers moi, sans quitter du regard les scrupules de Holly Marins face à son ami Harry Limes. Je restai sur ma faim. Discrètement, sous nos vêtements, je guidai sa main droite vers mon érection et je positionnai un mouchoir ; je l’aidai un peu, mais elle me sembla informée des mouvements à effectuer ; ce fut moins long que chez elle, et c’est la cithare d’Anton Karas qui enchanta mon bien-être.
Il y avait deux séances par matinée ; Léa voulut revoir le film une seconde fois. Entracte avec des esquimaux, des bonbons et des barres de chocolat. Elle me semblait bien apprivoisée, tendre ; elle avait ressorti son carnet et se mit à écrire en me demandant le nom d’acteurs secondaires. En lui murmurant à l’oreille je lui demandais si elle avait aimé et elle me répondit que le film valait bien la Palme d’Or et qu’elle allait en faire une analyse poussée très détaillée et qu’il lui fallait la liste de tous les acteurs et que…
- Je voulais savoir si tu as aimé le plaisir que je t’ai donné ?
- Tu sais bien que oui ! On aime toujours ça. C’est la première fois dans un cinéma. Et toi tu as été content… je crois bien que ton pantalon est taché…
-Tu veux qu’on recommence…après, dans le noir ?
-Tu crois qu’on nous a vus ?
- Mais non…Léa tu me plais et tu m’excites, j’ai encore envie ; on va recommencer  et toi tu veux encore ?
-Oui je veux aussi… ne m’appelle pas Léa…
- Ce n’est pas ton prénom ?
- Non ! Je préfère que tu m’appelles… heu disons Monique ! Embrasse-moi.
Sa lèvre gardait le goût d’un bonbon à la menthe, et sa langue se fit agile dans ma bouche…enchantement de notre isolement malgré des spectateurs autour qui s’agitaient un peu, parlaient bas, attendant eux aussi l’évènement à venir qui était le leur. Et nous recommençâmes, superbement isolés ; elle concentrée sur son film, et moi sur la jouissance que je lui donnais, ce fut plus long. Cette fois, nos échanges se firent en même temps ; nous étions déjà en train  prendre une habitude. Sa culotte presque trempée m’étonnait. Elle eut une longue contraction de ses cuisses, et j’entendis sa respiration se faire plus forte. Son plaisir déclencha le mien.
Nous sortîmes de la salle ; elle s’accrochait à moi et plusieurs fois, tout en marchant, nos regards se fondirent l’un dans l’autre : je me sentis subitement profondément heureux, détendu, sûr de moi. Nous avancions fendant la foule de la rue d’Antibes, enluminée par les devantures criardes de couleurs électriques. Elle m’entraîna vers un bar en me déclarant je t’offre un café… j’ai des notes à prendre, pas mal de choses à noter… ce soir j’ai un peu de temps. Presque isolés sur une banquette, elle alluma une cigarette et se mit à écrire en m’entretenant du film, m’assurant que la mélodie et la cithare faisaient l’originalité de l’œuvre. Je la regardais écrire sur son carnet. C’est alors que je lui fis part mes deux invitations au festival du film. Elle ouvrit la bouche et me dit :
-Non ce n’est pas vrai…
- Mais oui… j’ai vu  deux films : Le troisième homme et Au-delà des grilles.
Elle me questionna alors longuement comment j’avais eu cette chance Je racontais tout, une amie à moi dont le père était photographe de presse ; devant son  enthousiasme,  j’échafaudais un plan pour l’année prochaine. Il nous fallut quitter la rue d’Antibes, regagner les ombres d’une fin de journée humide. Grisaille des rues perdues du boulevard de la République. Elle habitait un quartier qui me semblait perdu ; petites maisons rurales, immeubles isolés, rues presque désertes, lampadaires aux clartés zébrés d’une pluie fine. A chaque halte discrète, nous nous embrassions et je la sentais se blottir contre moi.
Je dus la quitter, abandonner son corps chaud et tremblant avec la promesse pour la semaine prochaine. Nous devions voir : Riz amer.
Je passais une semaine agitée en pensant à elle ; j’étais impatient et j’avais assez d’argent pour occuper  l’après-midi. Ce jour-là un beau soleil d’automne éclaboussait les devantures de la rue d’Antibes ; je la retrouvais  contre moi ; toute pleine de tendresse, elle me parla du cinéma italien et des acteurs connus de cette époque.
- Tu sais je suis d’origine italienne de par ma mère…
Et elle se mit à m’entretenir de la culture italienne, des acteurs transalpins, de Vittorio Gassman,  du metteur en scène et de  Silvana Mangano. J’essayais de me renseigner sur elle, son âge, son travail, mais elle semblait éluder mes questions et elle consentit à me révéler qu’elle était plus âgée que moi et qu’elle travaillait comme vendeuse dans un magasin trois fois par semaine.  Encore une fois nous nous retrouvâmes isolés au sein de la foule dans la tiédeur soporifique de la salle. J’avais pris le soin de prendre une loge; beaucoup de cinémas de cette époque offraient des loges avec deux fauteuils confortables, confort et relatif isolement restaient assortis au prix des places. Armée de son incontournable carnet, ma docile partenaire se prêta à mes investigations manuelles avec une grande complicité amoureuse. Elle ouvrit ses cuisses sans aucune gêne et avançant son ventre se mit à bouger imperceptiblement sous mes deux doigts patients et attentionnés. Les yeux rivés sur l’écran, son visage trahissait parfois les frissons de plaisir qui devaient traverser son corps. Après une copieuse jouissance dont j’essuyai l’humidité entre son vêtement intime, elle se montra reconnaissante à son tour et je me laissai envahir par un plaisir délicieux. Elle voulut que je la raccompagne en passant par le long boulevard Carnot. Nous fîmes une halte sur un banc dans les jardins jouxtant le Lycée Carnot. Elle se déchaina autant que moi. Il ne faisait pas assez nuit et elle avait froid. Nous avions convenu de la sortie cette fois pour le dimanche de la semaine prochaine. Encore un film italien, « Rome ville ouverte », et mon petit bout de femme se montra particulièrement passionnée par cette promesse pour cette sortie. Je la laissais se perdre dans les rues qui rejoignaient le boulevard de la République.

Triste dimanche, sombre dimanche comme une chanson d’un temps passé. Attente à la même heure, au même endroit sous un ciel encore brouillé par le mauvais temps. L’heure était passée depuis longtemps, elle n’était pas au rendez-vous ! Du hall du cinéma aux rues voisines ; des rues au boulevard de la République, quelle distance ai-je parcourue ce jour-là pour la retrouver ? Je fis le tour des impasses, j’épluchai les noms sur les boites aux lettres allant au hasard des rues et des petits immeubles. Je revins le lendemain matin  fouillant du regard des magasins de tissus, de mode, de chaussures. Je passais ainsi quelques jours à la chercher. Je m’épuisais dans l’espoir fou de la rencontrer. Rien, disparue, volatilisée. Je ne devais jamais plus la revoir. Le temps court…le temps nous dépasse, nous enchante, nous grise ; mais est-ce temps ou bien notre esprit qui en nous construit des cathédrales ? Ces quelques heures passées avec Léa-Monique se sont inscrites dans ma mémoire ; ne sont-elles qu’une illusion ou bien…une réalité intérieure à jamais imprimée quelque part… mais où ?

lalotarde dans Inclassable.
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