Les simultanés

Je t’aime pourquoi cette question ?
 
Premier Simultané, 
 
Session sans sécession, cessons–nous d’être ce que nous sommes parce que nous avons des scissions, qui résonnent comme des scansions, qui nous poussent comme champignons, à bougeons étiolés, de teinture iode ? Ecoutes je l’espère, cette ode à l’irisation.....
 
Là maintenant comme un instantané, je suis bien. Je touille avec ma cuillère mon petit café. Enfin nous sommes bien, tels des amants affranchis de toutes questions : aussi simples et angoissantes que celles-ci : « M’aimes-tu ? Peux-tu rester ? Combien de temps ? » ....Ces interrogations sont autant de preuve d’authenticité qu’elle manifestent nos certitudes que nos incertitudes car elles respirent et on les expirent comme des affirmations nous avertissant d’intuitions partagées que l’on cherche à expier.
 
-         Sommes–nous amants ? Combien de temps cela peut-il durer ? dit-elle.
-         Non . Lui répondis – je. Je suis ton homme ta moitié salée, sucrée, ton *%?@$!#* extérieur. Ta viande , ton objet….  Je t‘aimes, tu m’aimes, on mange, on fait comme si …. Et ça peut durer, si « tenté » que l’on puisse concevoir une durée ensemble ? On ne ressent que l’oppression de la fin. Et de notre faim. Notre satiété de réciprocité. Tout est alors pure sensualité, et tout se décline dans une simultanéïté où le temps n’a pas sa place. Je voudrais l’éternité rien que pour nous et le sommes. 
 
 
Cet analogon ressemble tant au temps…. Etre… je suis. Jouissance de dire : « nous sommes……. » murmure-je.
 
-         Pourquoi ne réponds–tu jamais aux questions que l‘on te pose simplement, sans digression qui ne se laisse pas digérer, en tout cas moi je ne les digères plus. 
-         C’est ma lâcheté qui est digressive. Et mon amour est régressif. Tu l’as bien compris, « l’enfant – homme » que je suis ne gère pas, il est catalyseur de ce couple infernal qui subsiste en moi. Mon sang coule dans mes veines. Mon enfance coule dans mes peines et ma bêtise s’exprime à travers elle….J’ai envie de t’écrire :
 
« Où mettons-nous nos peines, nos douleurs ?
Quelques part ailleurs, comme nos peurs... 
Soit dans un sac, dans une encre à vapeurs ;
un miroir aux horreurs, un papier de couleur,
dans un téléviseur ou dans un réfrigérateur,
au fond de notre coeur
dans l’espoir d’y trouver le choeur
à l’unisson, unissons–nous et munissons-nous
de munitions qui nous prémuniraient de nous »....
 
-         Embrasses –moi. Cesses de te torturer inutilement, tu n’es rien qu’un incompris que tu cherches à comprendre. Le miroir n’est qu’un miroir, le reflet qu’il te renvoie n’est qu’un reflet, une illusion de l‘optique. Une mathématique propre à une physique qui nous échappe dans le quotidien. Pense que tu n’es que le produit d’une homothétie. Un rapport au monde qui sans les autres n’a aucun sens. Alors tu m ‘aimeras comme il conviendra de le faire ; comme un sentir pur, une orgie sensible, que traduisent nos caresses et nos paresseuses siestes…. Sommes –nous amants ?
 
Amour…. Construction culturelle d’un simple rapport de notre naturalité exprimant la sexualité visant la reproduction de l’espèce. Amour procréation. En définitive, être amants, n’est que la volonté intime et angoissante de revivre le mythe d’Adam et Eve, le paradis perdu, de l’éternité dans l’instant de la jouissance d’aimer. De cet acte encore pur où ne se posait pas la question de la réciprocité.  Il n’est que l’amour…….   
 
-Oui, je t’aime. C’est bien cela cette particularité exceptionnelle. Je t’aime.. ton esprit ce que tu me semble être. Ce que tu m’apparais être. De toute manière je t’aime traduit cette totalité que es. Que je ne te connaisse ou pas. Ce sentiment passion que je traduit par « le je –t ‘aime » signifie que j’embrasse dans ta totalité de ton être. Parfois et bien souvent maladroitement, comme un enfant apprend à marcher car je crois que l’on apprend toujours à aimer, et à s’aimer. L’amour c’est entreprendre d’aimer. C’est érotiser nos sensations que l’on écoute et que l’on appréhende comme on nage dans l’océan ; la peur de l’abîme...
 
je m’abîme en toi et c’est fun'estement que je l’accepte. Oui nous sommes amants, comme jamais e n’aurais pu l’entrevoir, ni le concevoir. Avec toi j’accouche au monde. Et je découvre le monde. Je te découvre comme un monde,  fuirais-je le mien ? je pénètre un monde intérieur, où je te devine, le fossé entre une création démiurgique et la tentation morganatique n’a nul égard quant à ton regard, perçant, et profondément apaisant. Mais tout à la fois nuancé d’une nonchalance, d’une suavité extrême....
 
Je repars sur un monologue sans intérêt, qui ne concerne et n’inspire que mon genre, mon gène, et mon sexe qui se regarde.
 
Oui je t’aime.... comment le dire autrement, aussi bizarre qu’il y paraisse, je ne pense pas qu’il y ait des maux aussi acceptables et irrépressibles que d’éprouver cette liaison accueillante, dans une situation qui acculent à naître amant et amante. Ces termes sonnent comme l’amande. Celle-ci n’a à travers le siècle pris tout son charme que par ses qualités de goût et d’esthétisme et d’érotisme que traduise son ovalité. Cette forme ovoïde, ou l’ovalité me rappelle le mythe de l’androgynie. L’arché, principe premier de la différence. Tu es mon principe actif, et j’ai la frayeur de ma vie à croire que sommes réunis en un, en une. Ce mélange des corps, de nos chairs, se confondent en un enlacement d’ovalité qui me transporte.
 
Oui je t’aime, et je te l’écris. Plus qu’une homérique chimère, une pensée, une idylle, une inspiration, tu es ma respiration. Ton souffle m’insuffle la vie, l’amour. « Ce je-ne-sais-quoi »d’intransitif, me rempli, me complète comme objet. Je ne suis plus ? « je ... » tout court. Je est un verbe d’action, sans quoi je tombe d’inanition, c’est ce que comporte ton initiation, et ton invitation à te rejoindre. Même avec toute la volition du monde, je ne peux résister à ton attraction.
 
Subrepticement, je me glisse sur ton doigt, mon doigt sur ton dos, comme un escargot je cherche le chemin, lasser des traces, je m’efface sur toi.
 
Je voudrais être ton esquisse, ton exquise sensation de vie celle qui nous accompagne au quotidien au fond de nous même ; je serais ton inatteignable sensation d’exister. Je ne le peux.
 
Je m’enfuis, comme un souffle d’air. Pour toujours être un courant d’air. Mais celui-ci affleurerai sur ta poitrine, sur tes reins pour te provoquer ce petit frisson coquin....du matin... je t’aime comme un souffle d’air......un air marin, marrant mais parfois navrant. J’en suis navré. Je ‘taime....
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Etat gère
Les états j’errent
J’erre en l’état
 
Le tas gère son néant

Fabien Rogier dans Inclassable.
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