Moustique du jour

Je ne sais pas pourquoi, j’ai une peau à moustiques. Je les attire. Dés que l’heure approche où le jour s’effrite et que le soleil prend congé dans ce flamboiement spectaculaire, et un peu cabotin, qui le caractérise (que de chichis pour dire que c’est le début de soirée !!!) ; si je mets un pied  dehors le buffet est servi.
Mes proches sont ravis et tranquilles, ils économisent la citronnelle. Je crains même que les fabricants d’insecticide ne m’intentent un procès pour concurrence déloyale. Du coup je me suis intéressé aux mœurs de ces insectes diptères. Leur façon de piquer, leur technique de vol et leur stratégie d’attaque en piqué (c’est le cas de le dire). Diable je veux bien servir de fastfood mais au moins que cela me serve à quelque chose.
Tout d’abord rendons à Cléopâtre ce qui est à Cléopâtre,  les femelles sont les seules à être des  sanguinaires. Elles nous enfoncent leurs trompes avec délectation, et injectent leur salive venimeuse (un tiers anticoagulant, un tiers hémolytique, un tiers toxique) avant de s’abreuver de notre sang. Puis elles reprennent leur envol, le fuselage alourdi par le précieux liquide, tels des canadairs sanguinolents, et s’en vont digérer dans un coin de mur.
Les mâles, placides et débonnaires, s’alimentent exclusivement de sucs végétaux qu’ils aspirent. Des moustiques végétaliens, ça c’est un scoop !!
Leur manière de repérer une proie (nous en l’occurrence) est redoutable d’efficacité. Elles ont le pouvoir de capter les infrarouges, se guident à la chaleur et peuvent même percevoir la pulsation sanguine. Aucune chance de leur échapper.
Nous nous rebellons pourtant, une pantoufle à la main debout sur le lit ,tournant la tête en tous sens, pendant que nôtre chère moitié nous pousse au meurtre insecticide. Mais malheureusement elles possèdent un art du camouflage consommé ; l’arrière d’un cadre, le dessous du sommier, derrière l’oreiller, lovées elles attendent avec patience notre  épuisement. Enfin nous nous endormons, de nouveau offerts à cet insecte transfuge des Carpates et digne successeur d’un fameux comte. La nuit risque d’être longue !
Maintenant que vous connaissez un peu mieux ces sympathiques et attachantes petites bêtes, à qui nous donnons bien plus volontiers nôtre sang qu’à une collecte nationale du Centre de Transfusion Sanguine, vous serez peut-être plus indulgent envers leur voracité. Mais si malgré tout vous n’arrivez pas à les  supporter et que votre dîner vespéral se transforme en une chorégraphie de serviettes rageusement agitées, et en une auto flagellation de mains  qui claquent au hasard sur vos peaux diaphanes ou tannées par le soleil, au choix ; invitez moi !!
Par ma seule présence vous vous assurerez une soirée sans démangeaison. Mais cela a un prix. Ma couleur préférée est le rouge, le bon rouge vineux d’origine bourguignonne.
 Parbleu, il faut bien que je refasse mes stocks pour que nôtre amie ailée se repaisse avec gratitude de ce liquide de vie qu’est mon sang.
                
 
   


 

Diderot de Poche dans Inclassable.
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