Pourquoi tu nous quittes, Liberté ?

Nous avons assisté à une scène charmante il y a un peu plus d’un an, entre trois belles dames, qu’on aurait pu prendre pour les trois Grâces tant elles étaient effectivement gracieuses, mais qui en réalité se trouvaient rassemblées fugitivement à la seule fin, semble-t-il, de nous priver plus tard des bienfaits de leur association.

La première, grande et altière, le teint mat et les traits fins, les cheveux d’un noir de jais parfois recouverts d’un fin foulard de soie, s’appelait Égypte, et elles semblait prendre à la compagnie de ses deux nouvelles amies un plaisir infini. La seconde, élancée et audacieuse, rousse et pétillante comme le feu, vêtue de tous les magnifiques haillons des peuples anciennement oppressés, se nommait Liberté. Elle resplendissait alors de son triomphe et sa joie ne semblait pas pouvoir se tarir un jour. Enfin, la troisième, blonde et pâle avec un doux visage, d’une constitution un peu plus fragile que les autres, semblait se remettre assez rapidement d’une longue maladie, et présentait alors à ses amies un visage radieux et tranquille. Son nom était Espérance. C’était en 2011, c’était le printemps, le « Printemps Arabe« .

Ces  femmes enchanteresses ne se lassaient pas de parcourir ensemble les belles terres d’Égypte, qui les leur faisait visiter avec une complaisance ingénue. Mais ce charmant tableau ne paraissait pas pouvoir durer indéfiniment, et en effet, tout bascula ce 22 novembre 2012.

A l’annonce de la fun'este nouvelle, leurs trois visages ont soudain perdu leur sourire. Égypte a tendu les mains vers ses deux compagnes comme pour les retenir. Liberté, furieuse et outragée, navrée pour son amie, lui a serré les mains, impuissante, avant de la quitter. Égypte s’est alors tournée vers Espérance, le regard plein d’angoisse. Mais Espérance est restée. Malgré une évidente rechute de cette étrange maladie dont elle ne peut se défaire, malgré sa maigreur soudaine et ses traits pâlis, elle est restée. Elles se sont assises toutes deux, l’air grave et triste, sur les bords du Nil.

Et elles attendent. Elles attendent la fin des combats entre égyptiens et égyptiens, elles attendent les prochaines décisions de M. Morsi, elles attendent le retour de leur amie Liberté.

Comme ce serait absurde, de les garder plus longtemps séparées.

Absurdités de la Vie dans Inclassable.
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