Résignance

RESIGNANCE


Je suis ce que je ne suis pas : un bipolaire versant psychotique. Charabia ? Non  juste une réalité; plus précisément, un pli de moi, un mauvais pli : un injuste retour du passé que je n'ai pas vu arriver. Jusqu'ici on peut dire que j'ai eu une vie bien rangée ? Plus ou moins en apparence, du reste, il y avait un bordel extatique éclatant dans le cerveau qu'était le mien.  Le couple est maintenu à bout de bras par ma femme depuis 20 ans, et depuis plus ces années que nous vivons ensemble, que nous nous aimons bon gré mal gré et les deux enfants que ne nous avons. C'est une vie que je croyais détenir et posséder et contrôler dans mes choix, mes actes, le sommeil en moins mes colères en plus. Je choisis mes boulots en fonction des contraintes du moment le fric qui coule de mes mains ; des boulots desquels j'ai démissionné pour affirmer un sentiment de liberté exacerbé. A chaque fois pour des raisons où mon éthique personnelle venait en contradiction, en opposition avec celles où ceux avec qui je travaillais. Je ne collabore pas. Je ne le peux pas au vu du constat de la maladie dont je suis captif. Ou bine alors c’est la maladie ajoutée à mon tempérament qui provoque mes crises conjugales et sociales.

Mais reprenons le fil du discours : il faut que je m'escarbille, comme un escargot lentement j'ai choisi de mourir par des sottises des dépenses incontrôlées, des coups de sangs, des accidents de voitures tout cela l'ai-je fait sciemment ou non. Le versant psychotique vous apporte de surprises sur vous-mêmes. C'est un temps vif argent où la jubilation illusoire de croire (peut-on ne pas croire ?), où je me mentais à moi –même. "Self –deception" dit-on en anglais. Se décevoir littéralement. C'est cela se mentir à soi –même, s'absoudre d'un réel auquel je n'adhère pas car il n'existe plus, car je le veux plus comme un réel subjectif : mon monde à moi. Vive l'immatérialisme. Je ne suis pas encore fou pour affirmer que je vis dans l'égotisme, j'ai cependant le sentiment, l'émotion, l'envie d'espérer d’y croire. Cela serait plus simple.

Heureusement l'intersubjectif, les "autres", permettent de ne pas sombrer dans cette folie douce amère et de lui donner tout au moins, toute chose égale par ailleurs, de « l'importance"voire de la portance. A mon envol fugace j’ai eu   un père siffleur, une mère serpent ; un père perçant mon cœur et l'abcès de ces collisions ou collusions avec nos remords communs : la vie. C'est le roman familial, l'amour parental idéalisé, sa place de père ou de mère, d'homme, de femme, ce je ne sais quoi qui fait que l'enfant en soi cherche toujours à comprendre : qu’est-ce qui s'est passé ou c'était passé pour en arriver ici las ? Se trouver en résiliance ou en résignance, c’est une position de liberté assumée, je pense.
Ma mère :

Elle ; Un serpent de mère qui n'a pas à ses dix - huit ans, la maturité nécessaire pour avoir un enfant, se marier et elle déteste les enfants parce qu'elle s'en est occupé tout le temps. Elle est l'aînée d'une fratrie de huit frère et sœurs dans un milieu paysan bas normand. Le poupon que j'étais s'est hâté de venir au monde un peu trop rapidement. Je n'aurais pas du naître si tôt. Je n'aurais pas dû être au monde surtout en étant l'aîné. Etre le premier vous engage vis-à-vis des autres. Je ne suis tout bonnement pas bien né. Le père est absent, elle l'a tué dés avant qu'il existe que j'existe. Dés ma présence dans la matrice du ventre maternelle. La mère ; la marâtre est-elle méchante assurément non ; sciemment ou inconsciemment voire pathologique : oui. Il y a une part de vrai, mentalement parlant.

Le père

Lui, circonstances identiques à ma mère : c'est le produit d'une famille nombreuse orphelin de mère dans son enfance à ses dix ans je crois. Je ne connais rien du passé de mon père ou peu de choses. C'est là la seule différence ? Origine abandonnique dés l'enfance élevés dans l'espérance de l'ascension sociale par un père comptable qui une fois veuf, a tout laissé tombé pour élevé ses enfants et changer de métiers : épicier. Ou plus précisément cultiver des épices, des herbes, les fruits et légumes. Je pense même qu'on peut dire qu'il était herboriste. Beau métier ? Etrange et atypique ?

Fabien Rogier dans Inclassable.
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