une reconception de l'action

Intervention sociale à vocation culturelle : une « reconception »  de l’action ?

Une approche pragmatique de l’action collective dans le cadre de l’animation socioculturelle ou le problème de l’évaluation des effets sociaux. Quelle théorie de l’action ? Pour quelle normes ? Quelles valeurs ?- Entre l’intercession et la coopération.


Méthodologie

L’animation socioculturelle : action sociale, action culturelle, développement social local, la politique de la ville, le Travail Social, etc., sont pas des domaines où aujourd’hui les nouveaux métiers du développement, de la médiation se confrontent dans l’action au « travail social », c’est le secteur de « l’animation ». L’irruption dans les modalités d’intervention du travail social, de notions telles que celles de territoire, de la participation des habitants, etc., par le biais des politiques publiques -notamment, de la décentralisation- ont, semble -t–il, modifié non seulement les pratiques mais également les conceptions quant à l’action sociale : cela tant du point de vue des normes, des valeurs que de l’action elle-même. On peut rétorquer que c’est l’inverse, ou encore que ces concepts opérationnels sont empruntés aux secteurs économiques. La revendication rhétorique de pratiquer ou d’appartenir au champ de l’économie sociale et/ou solidaire ou alternative n’en est qu’une des manifestations. Fuir le contexte et l’historicité pour aujourd’hui défendre l’idée que les projets ou pratiques de professionnels du champ social constitue de l’innovation sociale, voire participe du changement, de l‘utopie en pratique, c’est comme passer d’un fourièrisme écrit à des fourièrismes pratiqués.   J.B. GODIN indiquait que son phalanstère n’était qu’une entreprise, le familistère un palais. C’est l’unité d’une philosophie pratique qu’il faut identifier. Charles GIDES avait une sentence appropriée pour la décrire : « l’intérêt du projet, d’une telle entreprise d’économie sociale n’est pas de durer, de perdurer, mais de renaître ».  C’est en ce sens, que j’entends également le terme de « reconception » culturelle du travail social. C’est la démarche de l’interrogation entre la théorie et la pratique. « L’action » concept énigmatique révèle bien la difficulté de rationaliser la pratique, de la théoriser. A la différence de la démarche scientifique des sciences de la nature, la théorie ne doit pas prendre le pas sur les expériences, la guider. L’objet ici considéré et l’homme, ses actes, ses interactions, sans cesse en mouvement, en perpétuel changement. Aussi ce qui caractérise ce champ du social, c’est la possibilité de l’expérimentation sociale : essai, erreur et recommencement. Idéal-typique, fondé sur un projet éducatif, ou la citoyenneté et l’homme doivent se confondre et ne faire qu’un. Cette identité ne vise qu’une chose, qu’il est bon de rappeler non pas comme une évidence mais comme projet de la révolution française : la concitoyenneté. Ce concept permet la validité du fronton de la république : liberté, égalité, fraternité.   Mais plus cruciale encore, c’est la question de la pédagogie, plus précisément de l’andragogie qui est en perspective. Car derrière ces champs, ce sont bel et bien leurs projets éducatifs respectifs qui sont pour nous à l’origine de leurs modalités d’intervention. Si le changement est la finalité de l’économie sociale fondé sur une pédagogie du risque accepté inscrit dans l’économique par le biais du mouvement coopératif, mutualiste ; cette pédagogie du risque est gérée, réglementée dans l’animation et le DSL ; elle est inacceptable dans le Travail Social. Ceci s’explique en partie parce que l’histoire montre qu’il oscille entre d’un côté l’assistance « publique et de l’autre la responsabilité solidaire. De ce point ce vue on comprend aisément en quoi leurs conceptions respectives de l’action, de l‘éducation, de l’organisation et finalement de l’accompagnement sont parfois convergentes et souvent divergentes quant à la forme et au fond.      

Aussi méthodologiquement nous verrons dans une première partie la conception du changement social, qui définit à son tour une pré – compréhension de l’utilisation du levier culturel et plus généralement de la culture. Nous verrons en quoi le changement social prime sur le « progrès social ». Ce dernier concept chargé historiquement a bien souvent servi de prétexte et de leitmotiv de l’action sociale, tel les penseurs sociaux de la fin du dix-neuvième siècle qui ont été porteur des valeurs de la troisième république.( qui porte en elle le paradoxe d’avoir voulu universaliser  et civiliser tant la population paupérisée de la nation que celle du mouvement colonialiste émergeant (Afrique, Asie,etc.)

Secondement, nous aborderons au travers d’une analyse des modalités d’intervention du travail social, de l’animation et du développement social à extirper des critères propres à chacun nous permettant d‘affirmer que l’on passe d’un modèle fondé sur le symbole de « l’intercession » à celui de la coopération.
Mais également de montrer que ce passage s’appuie de manière concomitante au renouveau de l’économie sociale et solidaire. La difficulté résidera dans la résolution ou plus modestement mettre en exergue un paradoxe de fond : comment défendre l’idéal de liberté de la personne aidée au nom de la démocratie, et intervenir dans un contexte d’organisation hiérarchique (donc de type non démocratique) : entreprise privée, institution publique ou associative lesquelles lient leurs un intervenant par un contrat de travail (salariat). Et a contrario, dans une structure organisationnel de type démocratique, les effets perceptibles  ne concerne que l’ensemble des coopérateurs et sociétaires.


I/ De l’action à l’action sociale ? Quelles théories pour quelles pratiques ?

La question de l’origine de l’expression de l’action sociale et de son rapport au Travail Social nous amène à nous interroger sur ce qui fonde l’action elle–même ou tout au moins sur les conceptions qui en sont à l’origine. Cette interrogation primordiale notamment quand on songe que les politiques publiques déterminent en partie les orientations de l’action. Ce concept pré-existe, en quelque sorte, à toute réflexion humaine qu’elle porte sur la métaphysique, l’éthique, l’esthétique, l’épistémologie, la politique, etc.  Elle est concomitante de la notion de changement, d’agir et d’interagir sur la réalité de surcroît sociale.

En effet, ne peut-on pas supposer que « dans ses différents aspects, de la science à l’économie, la pratique sociale s’inspire, dans une mesure bien plus considérable que ne sont prêts à l’admettre la plupart des gens, d’idées philosophiques qui, en tout cas de temps en temps , se donnent les dehors de l’évidence et passent ainsi facilement inaperçues. » (…) « il n’est pas inutile d’étudier les conséquences sur la vie sociale de ces conceptions philosophiques. »  Autrement dit, le modèle de rationalité critique tel qu’il est développé par les sciences peut, dans une certaine mesure, être mis au service d’autres domaines de la société et, ainsi être exploité au profit de la politique, notamment en ce qui concerne l’ action sociale.

Toutefois, dans ce champ d’intervention spécifique qu’est « l’action sociale », les interrogations relatives à la nature de l’action, des acteurs, des agents, des méthodes d’évaluations subsistent. En effet, l’action sociale prend en considération et insiste de plus en plus sur le recourt au levier culturel, voire à la culture. La politique de la ville y a de plus en plus recourt. Par exemple certaines Caisses d’Allocation Familiales (CAF), de par leur Schéma Directeur de l’Action Sociale (SDAS) articulent les services (dont les prestations et le suivant social individualisé) et développement social.

Le recourt au levier culturel quand il est stipulé, peut prendre le nom d’intervention sociale à vocation culturelle, et/ou inversement, d’intervention culturelle à vocation sociale. Cette indétermination sur la dénomination est pour nous le symptôme d’une reconception de l’action ou plus précisément des effets sociaux attendus, inattendus et /ou sérendipes du travail social.  Par ailleurs, les opérateurs culturels eux-mêmes s’engagent vers cette démarche d’action sociale qui peut également porter le nom d’intervention sociale à vocation culturelle. On peut par exemple regarder de près le travail des scènes nationales, (théâtres, conservatoires de musiques, de MJC, de SMAC).  Ces deux types d’institutions sociales  et/ou culturelles convergent vers une orientation commune, visant la démocratisation de la culture  et supposant, que l’accès à la culture permettra celui à la citoyenneté. Tout au plus elle a des effets bénéfiques sur les individus qui s’inscrivent dans ces dispositifs, et nous essaierons de montrer lesquels. Tout au moins, il s’agit d’une mission publique, inscrite dans les agendas des politiques publiques qui viseraient à ce que le droit à la culture pour tous soit appliqué. J’appellerais alors cette particularité : un effet d’hystérésis.  Une sorte d’effet à rebours, de politiques sociales et culturelles antérieures manifestant un changement notable dans la conception du rapport entre le social et la Culture qui jusqu’alors étaient inscrits dans une sorte de bipolarité. Cette corrélation entre le social et la Culture, indiquerait que l’éthique et/ou l’esthétique recourrait l’une à l’autre dans leur praxis ? Voire leur praxéologie ? Mais également elle manifesterait une confrontation plus symbolique entre démocratisation de la culture et démocratie culturelle ?

Cet objectif de rendre plus lisible le projet politique, ne peut-il pas également être obtenu sous l’angle de la démocratie culturelle ?  Par ailleurs, ne peut-il rester modeste, et conduire à l’évaluation des effets du contact de l’individu à la culture sur ses pratiques sociales. N’est-il pas sous–tendu que l’on vise une modification comportementale, qui fasse évoluer la personne ? Dès lors, le modèle mis en exergue n’est-il pas celui du « changement », du développement personnel en vertu d’une conception particulière de l’action sel'on laquelle on assigne à la rationalité une spécificité particulière - reste à savoir la ou lesquelles - ayant en cela des répercussions sur les normes et valeurs qui lui sont concomitantes, voire congruentes. « La culture ne se limite pas aux seuls loisirs et usages artistiques - conceptions trop souvent colportées par les politiques publiques – mais relève de la construction humaine des réalités. Au delà d’une pâle réplique de la culture « officielle » portée par l’Etat, elle atout à gagner, en s’appuyant sur cette dernière, à se penser et à agir comme un « laboratoire permanent d’inventions » valorisant les compétences culturelles de la société civile. »  On peut résumer cette position de la façon suivante : la culture n’est autre que l’immense défi politique de structurer du lien social, de poursuivre une œuvre de civilisation globale et d’éducation populaire,d ‘aider à ce qu’émerge et se dénouent les conflits et à donner aux dominés l’envie et les outils d’un développement personnel et collectif. Aussi il faut dénouer le vieux débat entre « social » et « culturel »

Aussi l’objet final de notre étude s’appuiera sur l’emploi de cette terminologie, instituant par là une nouvelle modalité d’intervention de l’action sociale. Cependant, il nous reste à clarifier le paralogisme qui à notre avis existe dans l’emploi qu’il est fait de cette expression : l’ intervention sociale à vocation culturelle et/ ou l’intervention culturelle à vocation sociale. Il en ressortira un paradoxe de type logico-pratique.

Nous émettons l’hypothèse qu’une analyse pragmatique partant de la conception de l’action sociale  jusqu’à sa mise œuvre opérationnelle, nous informera sur la nature de la conception de « l’action » et des modalités d’interprétations sous tendues.

En effet, ces interrogations sont corrélativement liées à ce qu’en sociologie, R. BOUDON nomme le problème de la « Théorie du choix rationnel ou l’individualisme méthodologique ».   Quelles sont les thèses de cette posture théorique ? L’individualisme méthodologique désigne, sel'on R. BOUDON, un paradigme, déterminant une conception d’ensemble de science sociales. Il repose sur trois postulats : celui de l’individualisme, de la compréhension et de la rationalité.

Le premier suppose que tout phénomène social résulte de la combinaison d’actions, de croyances ou d’attitudes individuelles, responsables du phénomène que l’on cherche à expliquer.  

Le second suppute que la compréhension des actions, des croyances et attitudes de l’acteur individuel, est une reconstruction par autrui du sens qu’elles ont pour lui, ce qui en principe est toujours possible.

Le troisième, enfin, fait la conjecture que l’acteur adhère à une croyance, ou entreprend une action parce qu’elle fait sens pour lui, en d’autres termes que la cause principale des actions des croyances, etc.  

Dés lors, l’individualisme méthodologique se pose comme un modèle où l’acteur est considéré, en principe, comme ayant des raisons fortes de faire ce qu’il fait et de croire ce qu’il croit. Mais dans certains cas, si et seulement si, ces raisons concernent les conséquences de l’action. Alors, L’acteur considère particulièrement celles qui le concerne dans ses intérêts ; il peut tenter de soumettre ces conséquences à un calcul coût – bénéfice.  

On peut rapprocher ce modèle avec la définition philosophique classique de la rationalité.  Celle- ci peut s’entendre en au moins trois acceptions : rationalité instrumentale, axiologique et évaluative. Il reste que de par sa nature la rationalité est téléologique et orientée vers des fins, la rationalité cognitive cherche à atteindre des croyances vraies, et la rationalité évaluative des évaluations correcte.
   
Les analyses de R. BOUDON prennent plus de sens que si nous la rapprochons de celles élaborées par la théorie de l’action -et celles qui sont en corrélation avec l’esthétique.  La théorie de l’action est issue d’un mouvement qui a émergé dans les années soixante qui constitue un nouveau champ de recherche. Celui –ci dérive notamment de la problématique particulière et relative au type d’explication causal (et/ou intentionnel) adéquat de l’action. Que vise une théorie de l’action ? quels sont ses objectifs ?

Sel'on Marc NEUBERG,    ils sont au nombre de trois. Le premier est l’élaboration d’un système conceptuel permettant de décrire de façon adéquate la ou les structures des motivations de l’action. Cela nécessite d’identifier les différents types d’action, normales, déviantes, les attitudes intentionnelles, les normes,  les règles. Mais, également d’analyser en détail l’action elle –même, par exemple, la structure de l’intention , des désirs et des préférences, le processus de décisions, etc.    

Le second, a pour objectif la mise en évidence de la structure, des présupposés et de la portée respective des explications de l’action (l’explication commune et les différents types d’explications scientifiques).

Enfin, le troisième vise à clarifier la signification des notions normatives qui se rapportent à l’action telles que celles de responsabilité, de liberté d’action de la personne, de la volonté, etc. Il faut ajouter que l’analyse de l’action dans ce cadre théorique exclu toute dépendance morale

Notre analyse s’articule entre l’action sociale et le travail social. L’intervention sociale à vocation culturelle, ou inversement font appel à des procédures et des pratiques spécifiques. Il nous semble intéressant d’observer ces « process » par le bais des deux théories évoquée ci- dessus.

En effet, le champs de l’action sociale a des modalités d’interventions qui répondent de surcroît à des critères de normativité et suppose en l’individu une rationalité propre. En outre, l’action sociale, vise à contrecarrer les effets sérendipes (ou inattendus) que les mécanismes de la  société peuvent produire sur des individus appréhendés sel'on les critères de la disqualification et/ ou de la désafiliation. Il n’est pas aussi aisé de ne la réduire qu’à cette stricte acception.  Une perspective historique nous permettra sans doute de savoir à quand remonte l’ expression « d’action sociale » ? Que signifie-t-elle aujourd’hui tant dans l’usage linguistique, technique, philosophique, sociologique, etc. ? Qu’en font les acteurs de la politique publique ?
   
En effet, on peut penser que l’action sociale vise par les différents modes d’intervention qu’elle a sa disposition, à conduire à des conséquences de diverse nature - économique, sociaux, culturels, cognitifs, etc. -   en vertu de causes -elles-mêmes de nature différentes - repérées et /ou désignées comme telles. Elle vise des changements « d’état » ou de situations des individus et /ou de groupes d’individus ciblés par l’intervention.  Dès lors, nous nous inscrivons dans une conception de l’action comme causalité. Cette dernière nous l’appellerons la « causation » , car elle définit clairement l’action comme « relation ». Nous porterons notre attention à la définition ontologique et sémantique de l’action car elle intervient en profondeur sur la ou les conceptions de l’action sociale et les modalités d’interventions qui en dérivent.

Cela est d’autant plus important, que l’action sociale par le biais des modalités d’interventions dont elle dispose vise des effets qui répondent : économiquement au modèle de la compensation, politiquement à l’idéaltype de la protection, et sociologiquement à celui de l’émancipation.

Dés lors l’hypothèse que nous formulons est que la « causation » de tel ou tel « état » et/ ou situation d’une personne et /ou d’un groupe d’individus, à un instant t, est interprétée, évaluée sel'on une considération contextuelle sociale historique, cognitive. On suppose une part de responsabilité individuelle en se fondant sur une conception de l’action d’une part, puis de la rationalité de l’autre. On suppute également une responsabilité directe ou indirecte, consciente et/ ou non consciente de la part de l’acteur, car il appartient ou adhère à des normes et des valeurs qui le déterminent.  

Dés lors, nous nous attacherons à développer un modèle d’analyse, fondé sur une interprétation de la théorie de l’action articulée à la méthodologie d’analyse sociologique de l’individualisme méthodologique. Par ailleurs, nous interrogerons le modèle « praxéologique »  proposé par J.C. GILLEt  quant à la situation d’animation.  

La seconde hypothèse que nous formulons est que les modalités d’intervention sociale à vocation culturelle, et/ou inversement, opèrent différemment, en fonction de  la « dénotation » de la culture.  

II / Une recherche d’un nouveau modèle de l’action?

Nous souhaiterions reposer la question sous une forme différente : L’animation socioculturelle aujourd’hui : intervention sociale à vocation culturelle et/ou intervention culturelle à vocation sociale ? Une « reconception » de l’action sociale par la culture ? Cette inversion aura le mérite de mettre en exergue la ou les conceptions théoriques qui impliquent ce que j’entend par « reconception de l’action sociale » tant sur les modalités d’intervention sociale, de l’animation socioculturelle et par voie de conséquence de la  relation du professionnel avec l’individu : de l’intercession à la coopération  ?

Nous pensons en effet que ce qui traduit le Travail Social, tout au moins la modalité de la relation du professionnel à l’usager c’est l’intercession. j’y reviendrai plus avant. L’animation dans la tradition de l’éducation populaire, comme la culture, sont dans leur modalité d’intervention comme un intermédiaire, un « médium » entre l’intercession et la coopération. Oscillant de l’un à  l’autre dans leur relation à autrui, dans le cadre de l’action collective, leur objectif premier est éducatif. La coopération est, dans un contexte précis, une modalité de l’action collective qu’emprunte et qui est d’emblée pratiquée par l’économie sociale. Cette dernière a développé une modalité propre d’intervention qui inspire et influe certainement le travail social et l’animation actuellement.  Elle ne vise pas la participation, (qui est un degré pour atteindre la coopération), elle est coopérative. La gouvernance et le rapport au sociétaire ( ou usagers  dans le modèle de l’intervention sociale) est déjà consommé dans la coopération comme il en est de même avec les salariées coopérateurs. La gouvernance et l’action  est déjà pensée mais mise en pratique, opérationnelle.

Aussi s’interroger sur la nature de l’intervention sociale, avec le levier culturel, c’est l’indice d’une reconception de l’action sociale.  Sous cette forme, cet énoncé paraît bien sentencieux, mais cela a pour but de mettre en perspective, je le souhaite une réalité masquée, peut être encore vouée à l’imagerie et aux représentations qui sont de l’ordre de l’utopie. Presque quinze années à côtoyer divers mondes professionnels, et univers sociaux, m’ont permis d’appréhender une unité logique : l’aspect « culturel » des choses humaines : sa praxis. Cette dimension cachée, E.T HALL, qui en réalité n’a peut-être pas d’efficience et est évanescente par nature et dans sa substance. Elle n’en est pas moins le reflet d’une position de type « ek-statique ». La thèse que je défendrais ici est la suivante : l’intervention sociale et/ou le travail social contemporain – le conflit sémantique est révélateur d’une transmutation d’un changement institutionnel par voie de régulation dans l’organisation du travail – s’appuie sur le levier culturel et la culture – déclinée sel'on sa triple acception – car elle a une vertu conceptuelle unique : elle est économique, politique, épistémique, sociologique, éducative, etc. Son utilisation, en tant qu’instrument explicatif, compréhensif, émancipatoire, créatif, etc. permet tout à la fois à chacun d’y être spectateur, acteur, et/ou organisateur.

Une autre de ses vertus est sa capacité à créer des mondes qui reflètent par un effet loupe, et miroir, des réalités sociétales non visibles des mondes que nous occupons et dans lesquels nous vivons. La dimension culturelle peut revêtir diverses formes tel que celui du microcosme (d’un livre, d’une pièce musicale, d’un spectacle, d’un livre y compris savant, etc.). L’effet cathartique repéré, sur les individus, ne permet-il pas « le passage » à la lumière d’un autre monde : celui des autres. Etre soi – même comme un autre . Accepter l’intrusion en nous-même des autres et accepter que nous sommes Autre par les autres. Les effets de socialisation de la culture peut-il alors prendre le nom de social et revêtir le nom de « co-opération » ‘ » (co : ensemble, opération : calcul (intelligence), ratio raison logos )

Dés lors le travail social, l’animation, le développement social ont des limites

• Absence de la dimension coopérante dans l’intervention, principe démocratique non applicable ?
• Non adéquation entre des principes démocratiques liberté, égalité, fraternité et une organisation non démocratique de type institutionnelle.


L’intervention sociale recherche-t-elle un nouveau modèle d’action ? Un nouveau paradigme  « Du progrès social » au « changement social » ?


La question mérite-t-elle d’être posée. Et dans ces termes et pourquoi ? Aujourd’hui depuis plus d’une décennie, le travail social s’est emparé d’un secteur, le tiers secteur : l’économie solidaire. Parallèlement à cela, comme le montre notamment le rapport de la MIRE (2000), le travail subi des transformations pour ne pas dire des métamorphoses. On passe à ce que certains chercheurs appellent « l’intervention sociale ». « Il y a un vieil antagonisme entre le travail social individuel et travail social avec les « groupes ou travail communautaire. D’un côté il y a un univers rationnel – légal, procédural, héritée d’une logique d’intervention verticale, (…), de l’autre une intervention globalisée, peu prescrite, fondée sur un idéal de démocratie participative, et donc construite sur une logique de coproduction avec l’usager » .

Est-ce que cette nouvelle appellation ne désigne pas finalement une facette de la problématique sociale ? On observe et on souligne que ce champ social, est parallèlement suivi d’un usage syntaxique qui n’est pas sans rappeler celui de la tactique militaire : l’intervention n’en est que l’aspect le plus neutre. Ne peut-on pas supposer que l’objet du travail social qui a été et est toujours, l’handicap, la vieillesse, la famille, l’enfance, l’insertion, etc., subirait une transformation non pas dans ses pratiques et les métiers du noyau dur, mais dans son organisation du travail ? La réalité n’est-elle pas un changement des perspectives des institutions concernées ? Ce changement  d’ailleurs n’est peut-être qu’un renversement d’attitudes, qui se traduirait par la prise en charge de problème sociaux sel'on un autre point de vue ? Quel est-il dans ce cas ? Ce point de vue dans la continuité de notre image guerrière se traduit par la mise en ordre des compétences techniques acquises sur le terrain depuis au moins cinquante ans. Cette perception des populations, des politique publiques des territoires, etc., en font, malgré les aléas des alternances politiques et les évolutions qui les accompagnent, une capacité d’adaptabilité, de résistance, de propositions et d’innovations. On passe d’une situation de guerre de position, de tranchées, qui dans l’histoire s’est traduite par le syndrome de la ligne Maginot (l’Etat social) à une velléité de conquête du territoire, et la participation des populations. Mais ce (Blitz krieg), qui dans le caractère notoire est une guerre éclaire, n’a pas et ne permet pas de déceler les transformations et les mouvements de « troupes », les recrutements (la politique de la ville, le développement social des quartiers ou « la pax romana ») perceptibles. La notion d’implication et de participations des habitants, etc., ne sont que le reflet sémantique d’une volonté d’occupation du territoire.

Par ailleurs, M. AUTES, insiste sur le fait que « le passage du travail social à l’intervention sociale, doit être resituer dans le cadre d’analyse dans lequel ce passage peut être problématisé. Car l’intervention n’est ni la génération spontanée, ni la transposition à l’identique des problématiques du travail social, tout comme elle n’est pas non plus un changement d’époque et de logique radical pour des pratiques professionnelles constituées depuis de longue date, et dont on n’a jamais analysé profondément  les modes d’efficacité et les fonctions qu’elles remplissent réellement dans les sociétés laïques et démocratiques »

Autant dire alors que la première des démarches est de s’interroger et de clarifier le concept de « travail social » cela au sens générique . « Le travail social » est décalqué du terme anglo-saxon « social worker », qui a donné dans les années 1920, le nom de « travailleuses sociales » à un groupe d’assistantes sociales en voie de professionnalisation. L’expression « travail social » se répand dans l’administration française et parmi les professionnels au milieu des années 1960. C’est également le cas pour l’animation, le développement social, et cela s’inscrit dans le renouveau l’économie sociale. Cette période charnière de l’histoire contemporaine, montre qu’il y a là, des enjeux forts qui peuvent déterminer ce qu’on entend par changement sociaux.

Le changement social, nouvelle finalité, qui se substitue au « désenchantement » du paradadigme du progrès social

L’objet de cette présente partie vise à expliciter l’intérêt épistémique et épistémologique de la notion de « changement social ». Cette notion aussi moderne soit - elle  a pour but d’intégrer et d’éclairer notre travail de recherche sur la problématique suivante : « l’animation socioculturelle aujourd’hui : intervention sociale à vocation culturelle et/ou intervention culturelle à vocation sociale ? Une reconception de l’action sociale par la culture ? »

Pourquoi s’attacher à la notion de « changement social » ? En raison du fait qu’elle reflète nos sociétés contemporaines : leurs parts relatives de complexité dynamique et de volonté de stabilité : le rapport au progrès entre confiance, méfiance et défiance ; cela autant dans leur constitution historique que de leur conception politico – juridique et philosophique.

Nous pensons que le changement social, n’est pas autre chose qu’une des figures par lesquelles on peut entrevoir une meilleure compréhension d’une conception de l’action : collective et individuelle, intentionnelle, Robert NISBET écrivait quant au progrès qu’ « aucune autre idée n’a été plus importante dans la civilisation occidentale, en ce que cette idée (…) a donné plus de force à l’espoir humain (…) qu’aucune autre idée de l’histoire.  » Entre nécessité et utopie, le progrès est une construction à la fois idéologique – Saint Simon en fut le flambeau – et une fatalité nomologique, telle que le définissent les sciences et les économistes chantre du libéralisme.

Toutefois, un phénomène « d’entropie », de décadence, d’usure de cette idée force se constate depuis la deuxième moitié du vingtième siècle : la bombe H, la désespérance sociale (décolonisation, tiers mondes, chômage de masse, etc.) Il en ressort dans l’action sociale des paradoxes que relève Michel MESSU , où par exemple il fait remarquer que l’exclusion émerge vers les années quatre-vingt alors même que l’Etat social n’a jamais autant développé l’inclusion de ses membres. De la foi à l’espérance, on passe d’emblée à de l’insatisfaction désespérée et désespérante, qui prend la forme de morale du ressentiment, voire d’un nihilisme contemporain.telle que définit dans la pensée nietzschéenne et reprise M ONFRAY.

Le changement est ce troisième terme par lequel on interprète ou vise les actions envisagées ou réalisées. Et, à travers lui, les facteurs et/ou processus de changement ne sont que des outils épistémiques qui permettraient d’appréhender, au mieux nos difficultés devant l’aspect praxéologoque des activités humaines, notamment dans le travail social. En effet, la place et le rôle de ce qu’on appelle le travail social – ou intervention sociale – est ré-interrogé en fonction de son efficience réelle ou non (« l’évaluation » en est un maître mot) de son organisation, de ces actions, etc.

Le travail social sel'on son idéal typique , ne rechercherait-il pas des effets sociaux secrets concrets, et à travers une perspective de changement pour lui-même et ses acteurs ? Nous sommes en présence d’une confrontation paradigmatique où les représentations, quant aux valeurs relatives à l’ordre et au désordre, forment un nœud gordien  où : « la propreté générale du désordre est qu’il peut se révéler paradoxalement une forme subtile d’ordre » . On peut à contrario, percevoir le changement comme l’analyse du « mal-développement », quand on aborde le problème sous l’angle du tiers monde et du quart monde : pourquoi certains groupes sont-ils si pauvres et dans quelle mesure et démesure cela est-il advenu ?

Guy BAJOIT, écrit : « en quelques décennies les sociétés occidentales ont connu des mutations si diverses et considérables qu’il y a tout lieu de se demander s’il ne faudrait pas les définir, en toute priorité, comme des sociétés de changement » . Par opposition à celle de progrès par laquelle elles se définissent, et pour laquelle elles ont agit sous l’égide d’une représentativité démocratique depuis deux siècles avec tous les excès que l’histoire récente nous montre.

Dès lors, le « changement social » est tout à la fois fait social et notion épistémique au titre que le temps et l’espace . Il est un fait social, car observable sous la forme de tendance, constatées a posteriori. Celles-ci nous indiquent une transformation de rapports sociaux, d’attitudes etc. Elles implique nécessairement une attitude épistémologique pour s’interroger notamment sur les nouvelles formes de contraintes sociales, de contrôle culturel, à la pratique des relations sociales, à la gestion relationnelle de soi, aux logiques d’actions sociales, au changement socioculturel, etc. En effet, « le changement social » est le reflet contradictoire de ce qui advient d’une société et de ce qui est visé.

Le changement est également un outil épistémique, au sens où il n’est pas connoté comme l’idée de progrès, qui d’une part est vu comme croissance et développement et de l’autre comme égalité des conditions. Le changement social, plus particulièrement, indique les orientations que l’idée de progrès ; porteuse d’espérance ou de désespoir, de dévolution, de sécurité ou de risque ; derrière les perceptions et représentations qu’il peut se dégager du chargement social, se décline des positions différentes : nostalgiques, une vision prométhéenne du progrès, etc. « L’effacement de l’avenir », pour reprendre le titre d’un livre de P.A. TAGUIEFF, annonce le changement social peut, en effet, se gérer (management), être visé (politique, utopie), être alternatif, être individuel, etc. Les processus qui le ou les décrivent peuvent être brusques, lents, violents, conflictuels, cycliques, inexpliqués, etc. De ceux-ci dérivent des attitudes : progressistes, pragmatiques, utopistes, conformistes, résistantes, alternatives, réparatrices, novatrices etc.

La compréhension et l’explication de « changements sociaux » dépend du point de vue de l’analyse qu’il en est fait. Les théories du changement social vont tout à la fois montrer que le changement social, contradictoirement, a produit ou « est produit par » les sociétés modernes. Que celles-ci tout en le visant, cherchaient à l’éviter, ou tout au moins à le rationaliser. Rationaliser les productions humaines, ses actions, ses réalisations, etc., cela ne traduit-il pas une ambivalence, qui revient à « vouloir » maîtriser le facteur humain qui est tout à la fois objet, sujet et acteur « de » changements sociaux. Celle-ci prend par exemple la forme d’objectifs – notamment, dans le travail social – tels que : maintenir la cohésion sociale, favoriser l’expression des habitants, renforcer le lien social, développer la formation, favoriser l’accès à la citoyenneté et à la culture, etc.

Le discours institutionnel quant au « changement social » se décline par l’assistance pour ceux qui en subissent les conséquences négatives, de soutien et de développement pour ceux qui veulent s’y intégrer, et de novation pour ceux et celles qui veulent améliorer ou d’innovation pour y résister ou proposer une alternative. Le paradoxe français dans notre cas est que cela doit être « institué » et instituant dans un « cadre » . Ce terme dénotant le rôle prépondérant des processus de socialisation primaire et secondaire qui sont visés et/ou qui guident les actions et les interventions sociales des professionnels, mais cela met en exergue, également les aspects manageriaux et programmatiques des institutions . Tout les aspects de cette notion descriptive et prescriptive qu’est celle de changement social, permettent d’aborder les « valeurs » qui persistent, émergent ou conditionnent les facteurs de changements : internes, externes, mixtes etc.

En effet, l’agent et l’acteur et l’institution sont entremêlés dans et par une construction « paradigmatique » dynamique soutenue par l’idée que le changement social, doit être au mieux géré, anticipé, projeté. A ce questionnement proprement philosophique nous nous attacheront à en brosser un trop bref aperçu qui étaiera notre réflexion ultérieure. Doit-on – peut-on – conduire le changement social, voire le provoquer, l’inciter ? Sommes-nous conduits – voire é-conduits – « au » ou « par » le changement social ?


I/ Du changement social dans l’histoire à l’histoire du changement social

I-1/ Une Etymologie

L’étymologie grecque « ubris » (démesure », ne nous fait qu’entrevoir le caractère hybride de ce que représente le changement social soit en tant qu’idée, soit en tant que fait, soit un peu des deux. La métaphore biologique n’a pas son pareil pour illustrer cette « abstracta  concreta » que nous figure le changement –mouvement (ullé) : le changement social, comme le biologique, est un processus qui échappe à la volonté. Du point de vue historique, c’est chercher à résoudre l’aporie de savoir comment l’Histoire se construit indépendamment de la volonté des hommes.  L’histoire sémantique du changement social est toujours à la frontière entre un champ lexical de type « biologique » ou évolutionniste (mutations, développement, endogènes, exogènes, etc.), et un champ lexical politique et économique (processus, diffusion, innovation, conflit, violence, révolution, mouvement sociaux, émancipation, etc.)

Ces deux champs se confondent souvent. Il est à se demander si la métaphore « biologique » montre finalement comme il est mal aisé de dépasser le paradoxe qu’est finalement celui du progrès. P.A. TAGUIEFF, montre que le sens qu’on lui accorde n’est pas aussi sensé et rationnel qu’on le prétend. L’Ubris est ce « monstre » sociologique, figure de la métamorphose, de la mutation, qui transparaît…

2-1/ Une définition

définir le changement social est une tâche ardue. Toutefois, pour des raisons d’efficacité, nous ferons nôtre celle-ci : le changement social « c’est l’ensemble des transformations qui touchent une collectivité, et non une personne seule ; des changements d’ordres divers qui peuvent être aussi bien économiques que culturels ou politiques ; et surtout des changements qui ont un caractère irréversible et affectent le fonctionnement de la société dans son ensemble » .

Cette définition, de type holiste, conçoit la société comme le lieu d’interactions sociales, elle même dérivant de « l’Action Sociale », c’est-à-dire d’actions humaines effectuées dans les différents milieux sociaux . Alors, le changement social – indépendamment du fait qu’il résulte d’une compréhension an-historique des bouleversements de la société – est entendu comme un processus : un contrainte s’exerçant de manière extérieure sur les actions et « intentions d’agir ou non » des acteurs.

Une approche historique, ne suffit pas pour comprendre «  le changement social » et sa nature « quasi anthropologique ». Cette notion – à la fois concept, objet et enjeu de conceptions théoriques – est déterminée et détermine des périodes repérables dans les temps et l’espace : des sociétés analysées, mais également des conceptions liées aux schèmes mentaux des cultures, des hommes, qui les ont élaborées ; autrement dit cela nous indique la voie à suivre.

1-3/ Approche diachronique et synchronique

Depuis près de deux siècles, l’analyse du changement social est un objet central des recherches en sociologie ; des vastes synthèses encore proches des philosophies de l’Histoire aux travaux sur le changement local, la palette est grande, indique T.ROGEL . la sociologie est née sinon totalement d’une interrogation sur le changement social ; jusqu’alors, les philosophes tels que HOBBES, LOCKE, ROUSSEAU, etc., posaient le problème de l’institution de la société, et par voie de conséquence de la possibilité du changement social, comme le résultant d’un acte volontaire de soumission au souverain (HOBBES) ou d’un contrat social passé entre égaux (LOCKE et ROUSSEAU) ;

Ainsi dans ces conditions, le changement est le résultat d’un acte de volonté mené par le seule raison. Toutefois les conséquences de la révolution française ainsi que celle de l’industrialisation ont montré que la société n’était pas aussi transparente et malléable. Les mécanismes qui procèdent au changement social apparaissent comme obscurs, indépendants de la volonté des individus et la raison semble ne pas être une condition suffisante pour l’instaurer.

Les travaux des premiers sociologues vont donc constituer une réponse aux théories rationalistes issues de la philosophie des lumières en intégrant à la fois les réflexions conservatrices sur l’ordre et les appels au progrès de l’humanité . Il est impossible de recenser les travaux sur ce sujet, mais on se contentera d’exposer à grands traits les grandes théories.

1-31/ La tradition française : le « primum mobile »

A. COMTE est considéré comme le précurseur de la sociologie. « Le changement dans les sociétés est un fait aussi banal et aussi peu contestable que leur relative stabilité » . Dans l’histoire des sociétés humaines et notamment au travers de la philosophie le changement revêt l’apparat d’une position métaphysique prenant la forme « du primum mobile » , le premier moteur, autrement dit l’explication d’un phénomène par une cause unique. Le positionnement théorique quant au changement social se scinde en deux traditions marquées par quelques auteurs. La tradition française se retrouvera de la naissance de la sociologie du dix neuvième siècle qui notamment avec Auguste COMTE ouvrait son cours de  philosophie positive par sa loi des trois états : le théologique, le métaphysique – où les hommes sont plus libres – et le positif – phase d’émancipation par la science qui amène le progrès économique et l’évolution des esprits. Le changement social est compris, chez lui, à partir de lois, il est structuré au travers d’étapes que les sociétés doivent franchir.
Autrement dit, la théorie Comtienne s’appuie sur une vision évolutionniste et constructiviste du changement social qui s’appuie essentiellement sur le mode de pensée. L’auteur récuse les perspectives individualistes, aussi sel'on lui le changement apparaît comme un phénomène global touchant les sociétés dans leur ensemble. Cette position bien de ces attitudes épistémologiques à l’heure actuelle.

Cette position hérite de l’idée sel'on laquelle l’humanité passe par des étapes obligées qui vont dans le sens du progrès et toutes les sociétés sont soumises au même cheminement. C’est enfin une approche déterministe, voire absolue, où chaque étape est conditionnée par les conditions existant dans les étapes précédentes. Ces caractéristiques de la perception du changement vu comme changement global, déterminisme, monisme causal, évolutionnisme, irréversibilité, etc ;, seront nuancées dans les sociologues du vingtième siècle.

1-32/ la question du déterminisme

les sociologues du dix-neuvième siècle vont caractériser le mouvement de modernisation de la société occidentale par une tendance centrale (chez A. DE TOQUEVILLE l’égalité des conditions, l’industrialisation chez MAX, la rationalisation chez WEBER, l’objectivation chez SIMMEL). Le « primum mobile » reste un des axes essentiels des analyses du changement social social : la densité physique et morale de la population chez E.DURKHEIM, l’infrastructure économique et la lutte des classes chez MARX, etc. Cependant, des auteurs commencent à rejeter le paradigme de la cause unique au changementsocial : sel'on la position werberienne c’est à partir de la conjonction de causes multiples, qu’il faut essayer de dégager des structures d’interaction entre causes. Chez SIMMEL, la multiplicité des facteurs du changement social. Le problème qui se dégage de ces positions c’est la remise en cause du déterminisme absolu. Comment, si on ne peut dégager une tendance générale ou l’existence d’un « primum mobile », prévoir les caractéristiques essentielles d’une étapes de l’Histoire à partir des conditions prévalentes de l’étapes précédente. C’est le passage d’un déterminisme probabiliste. Max WEBER, dans l’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme, défend la thèse que l’éthique protestante, calviniste plus précisément, ait pu constituer une condition non nécessaire concourant à l’essor du capitalisme, mais elle n’en était pas une cause unique voire une condition nécessaire  

1-33/ La place des acteurs

le changement social est généralement présenté comme un phénomène irréversible , altérant les structures et l’Histoire de la société . Pourtant ce caractère irréversible, est discutable. L’évolution ressemble parfois à un retour en arrière que l’on retrouve dans des expressions telles  que celles de la ruralisation, du renforcement de la tradition . Cette complexité du changement social a entraîné des positions sociologiques à reconsidérer la question sous l’angle des acteurs. Ainsi R.BOUDON, analyse le changement social en terme d’agrégation, M.CROZIER quant à lui s’intéresse aux stratégies des individus et à la possibilité d’opérer un changement dans les ensembles organisés (entreprises, ateliers, etc.) dans « la société bloquée », ou dans « on ne gouverne pas par décret » il y montre les fonctionnement paradoxaux des organisations de type bureaucratique. A.TOURAINE, dans « Sociologie de l’action » est concerné par les acteurs collectifs que constituent les mouvements sociaux. Suite, à ce bref tableau récapitulant à grands traits les théories du changement social, une question se pose : une théorie du changement social est-elle encore possible ?  

1-34/ La position du groupement LOUIS DIRN

En effet, le problème crucial est celui du degré de réalité des théories relatives au changement social. Il y aurait deux postures épistémologiques : l’une envisagerait les théories comme visant à expliquer la réalité telle qu’elle est, l’autre serait d’adopter une attitude épistémique dans laquelle les théories ne sont que formelles et n’ont pour ambition que de fournir une grille d’analyse permettant de comprendre une réalité qui est inaccessible en elle-même. Deux courants extrêmes en résultent en sociologie. Soit on reste sur une vision classique, adopté par F.FUKUYAMA, qui dans, « la fin de l’histoire », défend la thèse sel'on laquelle on a trouvé le sens de l’évolution des sociétés, du changement social et que cela est inéluctable. Soit, on conclut à l’incompréhension du changement social, de l’action des individus, parce qu’étant trop prégnants, pour que l’analyse des structures de la société puisse être d’un quelconque secours. Face à ces deux positions antagonistes, des chercheurs tels robert K.MERTON sont intéressantes car il se situe entre une perspective macrosociologique et l’individualisme méthodologique . Le groupe de recherche « Louis DIRN » , s’est inspiré de sa méthodologie pour élaborer « leur matrice » qui permet de faire apparaître certains déterminismes « locaux » présents dans la société mais en rejetant tout déterminisme absolu.

Ces travaux, par ailleurs, mettent en exergue des facteurs causants qui ne sont pas posés à priori au début de la recherche mais découverts cours de l’élaboration. Les objectifs sont de comprendre les mécanismes du changement social non pas à partir de grands paradigmes  mais à partir d’une analyse empirique des tendances de la société étudiée. Cela nécessite le mise en œuvre d’une comptabilité sociale, la recherche d’indicateurs sociaux, la prospective sociale, dont la revue « Futuribles »en est l’illustration. Leur démarche est originale pour la souligner : le problème étant celui du changement social en France, ils ont établi une période suffisamment longue où les changements sont aisément repérables. Ils ont fait le choix de l’année 1965 comme date charnière, car elle regroupe suffisamment d’évènements qui apparaissent en rupture avec l’ordre ancien : baisse de la rentabilité du capital, baisse de la fécondité, le taux d’activité féminin augmente, les grandes surfaces ouvrent leurs portes, le livre de poche apparaît, l’élection du président de la république au suffrage universel, le concile Vatican II, évolution des mœurs (minijupe, nu), les contestations étudiantes se développent … jusqu’à 1985.

Tous ces changements de divers ordres ont manifestement marqué la structure de la société française et ont eu des effets irréversibles, ils entrent en adéquation avec la définition du changement social qu’en a donné Guy ROCHER .

H. MENDRAS, conclut que cette longue période de révolution (1965-1985° a été caractérisée par l’écroulement de structures sociales de base : les quatre grandes classes s’émiettent en une multitudes de groupes, les institutions majeures (Eglises, Armée, Ecole, parti communiste, syndicats,…) sont soumises à une forte défection, les régulations intermédiaires s’organisent et se développent. Pour analyser des changements sur vingt ans il a fallu à « LOIUS DIRN » dégager les tendances essentielles. Celles qui ont été retenues sont des changements suffisamment longs et massifs pour qu’il ne puisse pas y avoir de retournement de tendance. La classification des tendances retenues se décline en seize grandes tendances divisées chacune en quatre sous tendances . Cette méthodologie de type analytique n’écarte pas pour autant le problème des corrélations et de la causalité – celle-ci étant une construction de l’esprit qui établit des relations entre des tendances avant d’être un élément de la réalité. Observer une corrélation entre un phénomène A et un phénomène B est une chose, savoir si A et b ou inversement et un autre problème ; en épistémologie, la notion d’instrumentalisme, montre que la causalité est une propriété du modèle adopté. Seule la difficulté de savoir si la cause doit être considérée soit comme une condition nécessaire à l’existence d’un phénomène  ; soit comme une condition suffisante, soit une condition favorable . L’approche du groupe de recherche LOUIS DIRN vise à déceler la structure causale sous-jacente, qui permettra de comprendre les conditions de possibilité de la cause mais n’établira pas de nécessité. Aussi n’y-a-t-il que deux types de liaisons causales retenues : logiques et historiques. Cependant, cette méthode bien qu’exhaustive, n’en demeure pas moins problématique par certains aspects, elle ne met en perspective que les tendances et les relations entre elles. L’intérêt de cette approche est qu’elle dégage un ensemble de facteurs « moteurs » du changement social, qui ne seront pas posé à priori, mais qui se dégageront de la matrice. Certes, ce pragmatisme, ne réduit pas le fait que la construction des tendances suppose un apriorisme qui reste problématique en épistémologie, inhérente à toute démarche scientifique. D’autant, que le groupe de recherche, a exclus de son système de tendances : les valeurs, les croyances, les décisions politiques et la conjoncture économique. Toutefois en obérant une partie de la réalité sociale, cela ne permet-il pas d’en apercevoir des relations plus intrinsèques ?

Le changement n’est pas perçu, voire incarné de la même façon en Asie qu’en occident : la naissance même de cette notion est « covariante » , pour le second cas de lentes transformations culturelles – constatées à posteriori – tels l’avènement du christianisme et son expansion en Europe, la fin de l’empire romain, jusqu’à la révolution française et l’affirmation des droits de l’homme et l’avènement de la liberté de l’individu, etc. la parabole de la TOUR DE BABEL, celle du DELUGE, ne font qu’illustrer une certaine représentation du changement, qui, plus que jamais, est lié à une vision anthropologique, dans la laquelle la culture y prend toute sa mesure – les racines, les valeurs, etc. , en sont des symptômes – et la nature (biologique, la génétique, l’effet de serre, l’énergie, etc.) reste la figure imprévisible, au travers de la figure du déluge (de feu, d’eau, de chaleur, de glace). Il n’y a qu’un pas entre l’évolution et la dévolution. Ce rapport quasi métaphysique que l’on a avec le changement se décline et ce de manière intrinsèque dans le rapport social. Le travail social est un des indicateurs par lequel, on constate et on observe la lente transformation, avec ses avatars historiques, de nos sociétés occidentales  : l’Etat providence et postindustriel, n’a plus pour seule préoccupation la sécurité et la solidarité de ses concitoyens, qui aujourd’hui se conçoivent dans l’immédiateté et la projection individuelle et la responsabilité, le temps d’une vie, où la coalescence n’est plus le ressort du changement, Robert CASTEL, l’évoque lorsqu’il parle de l ‘avènement de la « propriété de soi ». le travail social essaie une course où il n’y a pas de ligne d’arrivée. La finalité n’a plus de socle sur laquelle elle pourrait poser les jalons d’un changement qui repose essentiellement sur la permanence de l’existence, soumis aux occurrences et récurrences de l’existence humaine.

Si le changement « est », le travail social, comme son nom l’indique vise une production d’être à partir de l’avoir ou du non avoir, que les individus, citoyens, personnes, ont acquis ou non au cours des différentes étapes de socialisations et de leurs trajets de vie. Que l’on soit mû par le principe de l’égalité des conditions, défini par A. DE TOCQUEVILLE, ou tout autre principe, il n’en reste pas moins que chacun d’entre nous est soumis à une dynamique constante dans laquelle interagissent notre être, l’intime et sa présence sociale , l’environnement humain, matériel, naturel, etc. On se trouve, en raison de cette représentation paradoxale du changement social à concevoir par exemple, le travail social comme pris dans une articulation – désarticulation entre le « développement » (démarche processuelle) et « l’intervention » démarche procédurale : entre l’institutionnel et le non institutionnel : dans l’entre-deux ?

II/ Le changement social une histoire d’historicité : quels usages peut-on en faire en travail social ?

Sel'on Guy BAJOIT, « les théories du changement social dont dispose les sociologues correspondent aux idéologies de l’industrialisation et nous présentent du développement des sociétés une vision normative, linéaire et ethnocentriste » . Cela n’induit-il pas que le travail social devienne acteur de développement que le nom ?  Toutefois, la rencontre du travail social avec le développement social n’a du développement social répond à un schéma de rupture et de recomposition dans lequel le changement est un conflit entre minorité active et majorité conformiste. La question dès lors porte, sur la réalité et ses représentations et le rythme des changements : la temporalité.

II-1/ Le changement et :ou le développement social comme nouveau déterminant des identité professionnelle ou outil de rhétorique au service du management ?

Le temps à court terme, le temps à moyen et long terme. Voilà l’a- perception du changement, qui parasite l’action. Si le développement social local se généralise, les pratiques traditionnelles sont encore présentes et doivent le rester. Le DSL, est l’outil juridico-politique qui permet de croiser les différentes professions entres elles et de se confronter autour de la table et dans l’action. Le rapport de LA MIRE, en 2000 est significatif à ce propos.

On peut également, envisager le changement, du point des professions du social et de leurs employeurs comme étant le moyen managérial idéal : face aux résistances des générations militantes qui sont à l’orée de leur fin d’activité salariale, et les nombreux départs à la retraite en prévision. Les institutions et leur dirigeant entrevoient par le biais du « développement » l’outil idéal pour apporter le changement dans l’organisation et la structuration de l’intervention sociale à venir.
II-2/ Le changement et/ou le développement comme outil méthodologique et pédagogique du travail social ?

La sociologie contemporaine, des laboratoires de recherches spécialisés – tel en France le laboratoire du changement social - s’attachent également à l’étude de parcours individuels, de trajets de vie. Pourquoi ? cette perspective souligne l’aspect indéniable du changement social, qui a des répercutions
Sur l’individu mais le changement est également individuel. L’action collective n’est pas sans ce qui la constitue : la somme des individus qui la compose.

Guy BAJOIT, de l’Université Catholique de LOUVAIN, par exemple, caractérise le changement social tant dans les pays en voie de développement et les sociétés industrielles et postindustrielles par la problématique du changement socioculturel et de l’action collective ; cette conception empruntée aux théories développementalistes du tiers monde n’est pas anodine. Le développement de la formation adulte à partir des années soixante-dix en est un des exemples les plus significatif. La sociologie moderne « tend en même temps à reconnaître la pluralité des types de changement. Certains processus de changement sont endogènes (…) d’autres exogènes, ou encore mixtes à un système social. Certains processus sont linéaires, oscillatoires, prévisibles, imprévisibles » . Le changement social, est l’objet contradictoire et paradoxal qui symbolise le mieux la nature épistémologique et épistémique du champs pratique et théorique que recouvre «  le travail social » . Lequel peut être défini comme suit : « l’intervention sociale ou le travail social, est avant tout une relation individualisée, ou mieux, personnalisée fût-elle collective avec des personnes en difficultés, dans une situation de besoin ». Cependant, « la relation personnalisée n’est pas un critère nécessaire et suffisant » . Précisons que l’animation entre également dans le cadre de cette définition, même s’il faut nuancer sur certains aspects. Par ailleurs, les travaux de F.DUBET, dans son ouvrage, « le déclin de l’institution », développent une analyse de la fonctionnalité du « travail sur autrui », notion dans laquelle il inscrit le travail social. Pour lui, le changement social se détermine par le recul de l’institution. Autrement dit, le recul de ce qui permettait la mise en œuvre de la socialisation de type secondaire .

Les modèles de développement se décline sel'on les conceptions de la modernité, de la révolution, de la compétition, du conflit ou des mouvements sociaux, identitaires . Par exemple, le développement des Universités Coopératives internationales (UCI)  et l’émergence de la question de la formation des adultes à l’UNESCO vers la fin des années soixante-dix font ressortir la dimension individuelle et /ou locale qui repose sur le parcours et la culture des hommes qui vont changer et provoquer du changement.

Cela n’est pas sans rappeler que la controverse entre économie sociale et/ou solidaire en est une ramification. Héritage d’une tradition de la coopérative, longue de 150 ans, qui par ses fondateurs et théoriciens : R. OWEN, FOURRIER, l’expérimentation des colonies agricoles, du familistère de J.B GODIN, etc., manifeste d’un courant utopiste qui visait un changement de société, de mentalité. Mais qui parfois s’est transmué d’un « fourièrisme »écrit et à un fourièrisme pratiqué. Autrement dit entre l’éthique protestante de Max Weber et l’éthique judéo-chrétienne de la communauté de travail, le monde d’aujourd’hui essaie de trouver non pas des idéologies ou des religions séculières mais une religiosité où il n’y a pas de distinction entre le laïque et le confessionnel. L’analyse critique de Guy BAJOIT sur les cinq modèles généraux des théories du changement est pertinente, car elle nous permet d’éclairer la problématique initiale quant au travail social et son rapport paradoxal au développement social  : il se situe non pas dans le passage d’une utopie universelle mais universalisable à une réalité concrète, multiforme, localisée , en vertu d’un idéal démocratique appliqué (égalité, volontariat – liberté, fraternité – sociétaire), mais dans un passage d’une utopie universelle mais universalisante à une réalité uniforme, institutionnelle, modélisateur , d’une homologie entre l’agent – intervenant, l’acteur et le patient – l’usager . L’image du filet de sécurité, entre le tutélaire et la tutelle est significative. Nous sommes ici à l’opposé de la méthodologie de H. DESROCHE, et de sa démarche de maïeutique . Le modèle de la modernité, considère que le développement est une question de culture : du passage de la culture traditionnelle à la culture moderne. Le sous-développement est censé être causé par des phénomènes de résistance (attitude active) et d’inadaptation (frein passif) des systèmes de valeurs des populations concernées au progrès sous tous ses aspects et conséquences. Ce type de sociologie véhicule l’idée que les valeurs de modernité sont co-variantes de l’idée d’universalité. Ainsi une société est d’autant plus moderne que les valeurs, qui orientent les conduites y sont plus universalistes, donc moins particularistes ; que les statuts y sont plus acquis, et donc moins prescrits, que les normes y sont plus neutres, donc moins chargées d’affectivités ; et que les rôles y sont plus spécifiques donc moins diffus. Les sociétés dites modernes comportent dès lors certaines caractéristiques qui découlent de ces quatre traits. La différenciation complexe des rôles et de statuts entraîne une forte stratification sociale, une valorisation de la mobilité individuelle ascensionnelle, donc de l’individualisme, de la compétition et de l’instruction ? la rationalité moderne valorise l’économie des ressources (le temps, l’argent, l’énergie, le travail, les matières etc.), ce qi implique une obsession de la productivité, une exploitation intensive du travail, une conception linéaire du temps, tendu vers le progrès. La maîtrise de l’environnement naturel par le travail la science et la technique suppose une sécularisation de la société, et une séparation du sacré et du profane. La politique de développement préconisée par ce s modèles est une politique de modernisation, économique politique, sociale et surtout culturelle. Autrement dit, c’est une politique qui s’attaque directement ou indirectement à la culture « traditionnelle » et qui se traduit souvent sous la forme de « programmes »  de « changement social » -développement culturel, planifié. C’est en quelques sortes vouloir créer des « élites locales », ou de l’institution.

III/ Conclusion

Le changement social est concomitant de l‘expression de la société – dans notre analyse – en ce sens que les champs sociétaux que, notamment, recouvre le travail social, (et/ou l’intervention sociale ) reflètent et dénotent des effets, des formes, des typolo

Fabien Rogier dans Inclassable.
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