Partie 4 - À l'ombre de moi même

Ce texte est une réponse à Partie 3 - À l'ombre de moi même de Alexandre Clain.

John

- Vous devriez peut-être chercher une solution pour votre enfant.
- L’enfant va très bien.
- Mais pas vous.
- Nous devrions peut être arrêter notre discutions pour aujourd’hui madame Milord, je n’ai pas de conseil à recevoir de vous.
- Monsieur, vous êtes particulièrement vulnérable en ce moment, permettez-moi d’insister pour le bien être de Caroline, vos rêves prouvent bien... comment dire... une période trouble et je pense sérieusement qu’il serait bénéfique pour vous et pour votre enfant de prendre un peu de recul sur tout ce qu’il se passe.
- Bingo.
- Bingo ?
- J’attendais le moment où vous me diriez de prendre du recul.
- Monsieur..
- La séance est terminée madame, à la semaine prochaine.
Je ne regrette pas notre altercation. Comment une étrangère peut-elle se permettre de me dire quoi faire. Je sais très bien ce que je dois faire ou ne pas faire.
En rentrant dans la maison de ma mère, une bouffée de souvenirs me saute à la gueule. Ma mère est une belle et brave femme qui a toujours supporté les moqueries de mon père, le fameux Ryan Stargasm. Ou Fumeux Roi des Sarcasmes, sel'on les versions. Il aimait railler, mon père. Mais avec ma mère c’était au-delà de la rayure. Il l’a raturée toute sa vie, il a gribouillé dessus comme un acharné et il a presque réussi à la faire disparaitre. Seulement la fatalité a parfois du bon et son cancer des poumons a fait son chemin à une allure tout à fait satisfaisante. Et pendant des années, j’ai gommé les ratures et les balafres et elle ressemble de nouveau à quelque chose d’un peu humain.

Apparemment mon père avait été un star poprock – je dis apparemment parce qu’il n’a jamais été très présent dans ma vie et que la sienne ne m’a jamais intéressée, donc je n’ai pas beaucoup d’éléments probants - quelqu’un de sévère et qui ne plaisantait jamais, quand je dis jamais, je parle uniquement en présence de maman et moi car il devenait un vrai moulin à parole avec ses fans à moitié à poil en fin de concert. Oui, je connais néanmoins ce détail. Bref, une ordure, je détestais mon père. Maman, elle, était douce et patiente. Une chose est certaine, maman a été la plus dévouée de toutes les femmes, Hélène aussi l’aurait était, j’en suis sûr.

Vide. C'est l’impression que me donne la maison quand je passe la porte d’entrée. Après avoir appelé deux fois ma mère j’entends enfin un son venant tout droit de la cuisine, elle doit préparer son dîner.
- Bonsoir maman.
- Bonsoir fiston, tu es allé chez le docteur au moins ?
- Oui maman...
- Je ne plaisante pas, c'est important pour toi. Tu restes manger ?
- Non maman désolé, je suis vraiment fatigué, j’ai du sommeil à rattraper.
- Tu manges comme il faut au moins ?
- Oui maman... Où est Caroline ?
- Sur la table à langer, elle s'est endormie et je ne voulais pas la réveiller.
- Je la récupère et je file maman... mer..
- Ne me dis pas merci, c'est normal que je la surveille, je suis là pour ça.
- Merci maman.
Ma nuit fût encore agitée, une de plus, une nuit d’horreur ajoutée. Caroline pleure. Je dépose donc mon sac à dos et marche jusqu’à la chambre pour la lever. Pourquoi les enfants pleurent-ils autant d’ailleurs ? Sûrement la peur de la vie, autant que nous avons la peur de la mort, c'est toujours compliqué l’inconnu, pour tout le monde. Enfin là c'est surtout pour manger qu’elle pleure, j’espère qu’elle comprendra assez rapidement que pleurer ne la fera manger tous les jours, car les gens se foutent royalement de sa tristesse et ne verront en elle qu’une marche où s’appuyer, quitte à la faire couler. C’est au moment de sa digestion (petit rot, petit rot, il arrive le p’tit rot ?) que l’information est diffusée à la télévision, je suis d’abord surpris, puis totalement perdu, une femme est morte et je la connais. [...] Un sursaut. Il est vingt-trois heures sur ma montre. De la sueur. De l’angoisse. De la peur. Je suis perdu et je mets quelques minutes à retrouver mes esprits pour me rendre compte que je suis toujours dans le canapé. Caroline n’est plus dans mes bras et je ne me souviens d’absolument rien. Un message est face à moi, sur le mur, écrit de façon grossière, au rouge à lèvre.

SAUVES TOI !

Je m’écroule au sol avec ce sentiment d'impuissance et de désespoir, les larmes aux yeux, cherchant des réponses. Quelqu’un a décidé de me faire du mal, je suis maudit, je dois partir. Rapidement j’attrape mon sac à dos à l’entrée de l’appartement et ferme la porte derrière moi pour la dernière fois. Sommaire en cliquant sur http://librosophia.com/litterature/sommaire-a-lombre-de-moi-meme.htm

Alexandre Clain dans Littérature.
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