Dans le train

Le train constitue peut être la pire et la meilleure des sources d'inspiration. L'incapacité à se concentrer n'a d'égale que la curiosité qui s'empare de nous face aux scènes étranges qui se déroulent sous nos yeux. La compassion, l'agacement, l'amusement, l'exaspération sont des sentiments que l'on peut expérimenter successivement ou simultanément dans le train, qui est un lieu où s'exacerbent les ressentis. 

Que peut-il en résulter ? Un crime, un roman ? Préférons le roman. Choisir un point de départ, tout est là : c'est à la fois le plus simple et le plus périlleux. Et si nous choisissions un mauvais départ ? Nous, je veux dire moi, car je suis bien seule ici, dans le train, devant ce carnet vide, ces gens absurdes, ces moments idiots et charmants qu'il faudrait retenir, retranscrire. Mais après tout, cet instant est-il vraiment digne d'intérêt ? Je commence à douter : tout le monde vit cela tous les jours alors que leur apporter de plus avec ceci ? Mon petit point de vue sur la question ? Et si ça ne changeait pas le monde ? Et si personne ne s'intéressait à mon petit point de vue ? Et si j'étais aveugle, et aveuglée ? 

Le carnet de referme. Le stylo n'a même pas quitté son étui. Faux départ.  

Lucie Laval dans Littérature.
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