Epopée de la Nuit

« Epopée de la Nuit première heure » par John Nash F Agera

D’une lecture, je me suis évadé, en avant première par une « Epopée de la Nuit – première heure » en point de fuite.

L’auteur est John Nash F. Agera. Cette pièce de théâtre, de John Nash F. Agera, dont le titre est « Epopée de la Nuit – première heure », aurait pu s’appeler tout aussi bien : « de retour dans les tranchées de la valse des ombres ». La puissance des discours tenus et des dialogues de ces corps abandonnés à leurs instincts, démontre à quel point l’être humain peut atteindre la perfection de l’autodestruction par amour, pour le plaisir et par simple désir corporel de satisfaire le manque de satisfaction et leur vide quotidien.

La condition humaine, le tableau des âmes écorchées, il serait trop commode d’effectuer d’une pirouette, un simple rapprochement de « La Divine Comédie » de Dante avec cette « Epopée de la nuit –première heure », le monde peint avec justesse de ces nuits d’hommes pourraient très bien se dérouler ici à Paris, en province, comme il pourrait se respirer à Calcutta, Bangkok, Amsterdam, Hambourg.. l’odeur de la sueur des mâles et des maux. Le lieu en lui-même n’a aucune importance, car les premières heures de cette épopée font parties intégrantes d’une nuit Kafkaïenne, d’un monde hors norme où la richesse de l’esprit côtoie la pauvreté intellectuelle.

Les cicatrices indélébiles de l’âme sont omniprésentes pendant toute la durée de la pièce. Nul besoin de prouver le jeu érotique des personnages, nul besoin de mettre en valeur le jeu des acteurs, car le langage corporel est irrémédiablement recouvert par le texte d’une grande puissance émotionnelle qui démontre à tel point, nous autres, nous nous perdons dans le dédale du désespoir et de l’abandon. La cruauté du texte pourrait sembler être un électrochoc aux idées conçues des nuits de la damnation corporelle. Il n’en est rien ! John Nash F. Agera, dans l’écriture subtile d’un langage en dehors des voies habituelles, nous amène à réfléchir sur la réalité évoquée, un lieu – sordide – l’est-il ?

Jusqu’à quel point sommes-nous conscient de notre propre descente aux enfers ? L’interprétation de nos faits et gestes, les silences pesants, les discours des tribuns de la nuit sont autant d’atouts mettant en valeur cette œuvre iconoclaste inclassable. Une pépite, un OTNI (Objet Théâtral Non Identifié). Les codes des tabous sont dépoussiérés du placard du silence, l’auteur brise avec discernement les barrières psychologiques du « moi je » pour le plus grand bonheur de renaître hors du ghetto conventionnel des chemins coutumiers toutes tracées. L’unijambiste ampute sa jambe saine par rejet des principes mêmes de l’insatisfaction permanente du bien pensant, afin de mieux ressembler à tous les culs-de-jatte du monde.

John Nash F. Agera démontre par des pensées obscures et nauséeuses à quel point la démesure de l’égocentrisme de l’être humain finira par détruire son propre moi et ce qui l’entoure juste par besoin de sortir de sa solitude, de son état d’hébétude morbide et mortel. L’auteur ne manque absolument pas d’air et encore moins d’engourdissement des facultés intellectuelles, il dépeint une société décadente avec justesse où chaque homme se shoot par personne interposée pour avoir l’air d’être vivant, ni amour, ni haine, juste une envie de vivre par procuration. Une véritable déclaration d’amour à la vie, contre l’ennui, contre la médiocrité, une claque aux idées reçues et à la jouissance égoïste de nos émois passés et futurs. Tout cela servi avec brio !

Hubert-Tadéo Félizé

Hubert-Tadéo Félizé dans Littérature.
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