FAUX-AMIS

FAUX-AMIS

Nos yeux brillaient de l'innocence des mammifères.
Nous nous sentions en sécurité malgré les barreaux qui nous contenaient.
Nous avions de la nourriture et à boire, nous vivions entre congénères.
Nous croyions que cela durerait inlassablement mais un jour ils nous ont emmenés.
Nos museaux, au contact de l'air, suintaient de volupté.
Avec nos amis bipèdes nous allions nous promener.
Mais la promenade fut de courte durée car bientôt nous fumes balancés et enfermés au sein d'une cage motorisée vers une étrange destination.
A l'arrivée des cris perçants parvinrent jusqu'à nos oreilles.
Nous fumes déchargés de nos cages l'un après l'autre
et pénétrâmes à la suite du précédent dans l'antre de l'égorgement où nous fumes discrètement trépassés pour être ensuite dépecés et découpés en différents morceaux destinés à être consommés par nos amis bipèdes.
Malgré nos yeux brillants d'innocence et nos museaux suintants de volupté, inexorablement en viande nous finissions, pendant que nos amis bipèdes mâchaient avec délectation les chairs encore chaudes de notre extermination pour de nouveau ramper jusqu'au plus proche supermarché afin de se réapprovisionner en insanités du désastre.  
Alors depuis ces temps nous attendions qu'un éthologue en transe répertoriant les éléments du vice entre bruyamment dans le sujet du vif et nous arrache à notre condition
de produit de consommation.

Gaspard Collal dans Littérature.
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