janko marunovic

Janko Marunovic est un tueur à gage, ex-mercenaire pendant la guerre de Yougoslavie, était surnommé le sourire kabyle ou le balafré. Souvenirs de guerre, souvenirs d'après guerre. L'agitation de la foule devant les cadavres encore fumant et démembrés après l'explosion les blessés qui hurlent de douleur? Janko,ex-milicien croate restait impassible devent les événements. Il est raide et droit comme un I, campé dans son uniforme. Il est blasé devant l'horreur. Ses yeux d'une noirceur telle que les  crimes et les chatîments lui deviennent quotidien voire sont pour lui l'expression du banal. Celle-ci se percevait même dans son quotidien le matin au levé quand il se rend dans la salle de bain pour se laver. Tous les matins il ressent ce sentiment trouble de la haine de soi mêlé à celui de la vengeance : ce matin là comme tous les autres il se rendit dans la salle de bain et il se regarda dans la glace au- dessus du lavabo, il fit couler l'eau du robinet d'eau chaude et...
 
Le miroir se brisa à la vue de son reflet. La cicatrice de Janko Marunovic prenait toute la place dans la glace. Son visage dur et froid s'effaçait devant la cicatrice béante et déjà vieille de quelques années. Mais les traces étaient encore vives dans sa mémoire. Son corps se souvenait des coups de pieds et de la lame extrêmement affûtée et brûlante qui s'approchait de sa joue droite. La douleur est encore présente des années après... le milicien serbe  qui lui avait infligé cette blessure et qui l'avait torturé est toujours gravé dans sa mémoire... la haine est encore présente. Janko aurait souhaité se venger et lui infliger pareille blessure, si ce n'est pire, à savoir lui arracher les couilles.... mais le miroir balafré par son visages se couvrait de vapeur et bientôt l'horrible face s'efface au profit d'un visage informe autrement plus acceptable pour Janko. Il ne ravive en rien ses foutus souvenirs.
 
 
Janko avait perdu sa compagne et ses deux enfants dans le massacre de Dubrovnic par les serbes. Il les avait combattus jusqu'à la trêve et les accords de paix qui laissèrent la Croatie et la Serbie dans un état de ruines. Il avait quitté son pays où plus rien ne l'y attachait ni famille ni amis. Il s'était fait mercenaire et avait combattu sur tous les théâtres africains et du moyen orient. Aujourd'hui après 15 ans de meutres, de consulting auprès des polices et milices de pays en conflits armés ou en guerres civiles, Janko  aspirait enfin a de la tranquillité. À 45 ans il était blasé, fort d'expériences dans les conflits armés et des situations complexes politiquement parlant. Il ne souhaitait pas retourner en Croatie  là où tout avait commencé.  Rien ne présageait à ce qu'il devienne mercenaire et tueur à gages à l'occasion pour éliminer des cibles qui pour lui méritaient de l'être : c'étaient de purs salauds. Il n'acceptait ces missions qu'à cette condition. Néanmoins, Janko espérait dorénavant rencontrer peut -être une femme avoir qui sait des enfants et recommencer une vie d'homme comme il avait pu connaître. Mais sa gueule  cassée, son sourire kabyle avec sa balafre quelle femme en voudrait ? Il a su amasser les gages et les paiements de ses missions: aujourd'hui il est millionnaire mais seul.
 
Toujours cet obstacle : "ma gueule, ma putain de gueule balafrée !!!" Janko  n'escomptait rien en réalité car avec sa trogne il ne pouvait qu'effrayer les gens : s'en était devenu son métier. Alors espérer être aimé d'une femme ? D'enfants ! Avoir des gosses tu parles!!! j'ai trop fais de saloperies pour peut être espérer une vie comme tout le monde.... pourtant j'ai déjà eu ça; mais ils me les ont massacrés je ne sais même pas où ils sont enterrés – dans une fosse commune, un  charnier- c'est sûr mais où ? Jamais je n'aurais droit à la vue sur mer, les côtes méditerranéennes de la Croatie me manquent. Leur âpreté et leur beauté me manquent. La roche calcaire s'enfonçant dans la mer bleue. Je suis comme comme cette côte de l'adriatique, imbu de ma personne mais pour autant j'ai tant à donner. Je suis comme cette mer, calme en surface et bouillonnant en profondeur. Auparavant j'étais poète et écrivain. Avant qu'il ne me prennent tout. Ils me les ont tué et les livres ont disparus dans autodafé.  Je me souviens d'un poème que j'ai malgré tout écrit sur moi et ma putain de gueule :
 
Janko n'écrivait que rarement sur lui ou le monde. Il était sa propre source d'inspiration: un poète guerrier. Cependant pour l'intranquillité  de son âme écrire semblait être la porte qui  s'ouvrirait vers un peu plus de bonheur. Et écrire sur la balafre au fond de son coeur en était, semble-t-il, la clef.

Fabien Rogier dans Littérature.
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