La ponctuation et l’orthographe.

Précautions oratoires : en préambule de ce qui va suivre, je tiens à rappeler que je ne suis pas de ceux qui ont pour langue maternelle le français ; je n’en suis qu’un lecteur (et un admirateur) assidu et je trouve d’ailleurs que celle-ci est de plus en plus menacée par son concurrent de toujours — quitte à lui ravir sa place — j’ai nommé mister « english ». J’entends bien évidemment par là, l’anglais.
 
Je ne suis également pas de ceux qui ont fait de grandes études en littérature dans des universités prestigieuses quelles qu'elles soient. Que nenni ! Même si je caresse l’idée de faire partie de ceux-là. En effet, ce récit n’en serait que meilleur. En revanche,  ne pas avoir fait d’études supérieures pourrait expressément me servir de prétexte en cas d’impairs dans la rédaction de ces brèves lignes ; car à mon humble avis, il faut de sérieux « bagages » pour s’attaquer à un sujet aussi délicat.

Le cas échéant, je m’en excuse d’avance.

Toutefois, à mon petit niveau je m’efforce, du mieux que je peux, de parfaire l’écriture de tout ce que j’entreprends ! Et la ponctuation et l’orthographe sont, de fait, deux outils indispensables.
Plus jeune, j’avais pour habitude de saisir et lire tous ce qui avait rapport, de près ou de loin, avec l’univers de la langue française. Des journaux usés servant d’essuie-mains que l’on retrouvent dans les restaurants à chaque coin de rue, en passant par les livres de Littérature disposés dans les étagères de mon défunt père, jusqu’aux bandes dessinées que j’arrivais à obtenir à titre de prêt chez les petits potes du quartier. Je dois dire que j’étais infatigable. Et même si je ne comprenais pas un traître mot de toutes les expressions gravées sur les pages de chacun de ses ouvrages, c’était pour moi un plaisir inégalé de faire résonner chaque nouveau mot de chaque nouvelle phrase que je lisais ! Une fierté presque palpable.

De fil en aiguille, je découvrais le descriptif de chacune des méthodes servant à ponctuer une phrase. Le point, le point virgule, les deux points, le point d’interrogation, le point d’exclamation… Je fus hagard, la toute première fois où je devais lire une ponctuation à haute voix. En toute logique, ce fut bien avant de découvrir la leçon sur la ponctuation.

Dans ma toute petite tête d’enfant, je me posais incessamment la question de savoir comment pourrais-je lire une virgule ? Comment pourrais-je articuler une exclamation ou une interrogation ? Quelle attitude adoptée devant un point ou un point virgule ? Autant de question me laissait sans voix. Aujourd’hui encore, je crois toujours que toutes ces interrogations étaient tout à fait fondées !

Qu’auriez vous fait à ma place ?

C’est tout naturellement que plus tard, j’appris sur les bancs de l’école, comment me comporter face à la ponctuation. Qu’il fallait s’arrêter net au point, marquer une courte pause à la vue d’une virgule, noter une pause encore plus soutenue à la rencontre d’un point virgule. J’appris également qu’il fallait jouer avec l’intonation quand il y avait un point d’interrogation et manifester de la joie, de la surprise ou de l’étonnement quand il s’agissait de faire affaire avec un point d’exclamation.
Ce que je ne réalisais pas à l’époque, c’est le drame que pourrait provoquer une ponctuation mal « réglée »…

Ce fut assurément, un des aspects de la typographie qui semblait m’échapper de loin.

« Et si on mangeait, les enfants ! »
« Et si on mangeait les enfants ! »

La ponctuation peut sauver des vies.
 
Ici en l’occurrence une virgule vient à l’instant de préserver plusieurs vies, surtout lorsque l’on connait l’intérêt que nous portons à l’existence des plus jeunes. Une virgule à la mauvaise place et une gaffe est vite arrivée.
 
Ce sont les mots d’une page Facebook qui était, au départ, un genre de pied de nez humoristique à toutes les fautes de français. Elle finira tranquillement par se muer, plus tard, en un outil pédagogique efficace pour contrer toutes les « injustices » faites à la langue française, j’en suis sûr !
 
Sarcastique et provocatrice à la fois, cette page pourrait très souvent vous arrachez un fou rire inattendu. Vous pouvez également contribuer à « renflouer » le contenu de celle-ci en envoyant via messagerie instantanée — car à l’heure des réseaux sociaux le mail est devenu presque vieillot, pour ne pas dire quasiment obsolète — à l’administrateur de la page toutes les petites fautes que vous pourrez croiser sur votre route. Au boulot ou à la maison, les fautes d’orthographe (et autres expressions erronées) sont légions.
 
Trêve de plaisanteries, il faut que je vous donne le nom de la fameuse page Facebook. En effet, c’est une appellation peu commune. Son nom : Bescherelle ta mère
Oui ! J’ai ris moi aussi la toute première fois que je me suis retrouvé à lire ces quelques mots. Il est à noter que la page engrange quasiment le demi million de « likes » sur Facebook et que sa popularité ne cesse de grandir de jour en jour.
Vous avez naturellement compris la référence à la collection de livres de grammaire publiée en France (et au Canada) aux éditions Hatier. Elle doit son nom au lexicographe et grammairien français du XIX ème siècle Louis-Nicolas Bescherelle.
Un des livres de cette collection est immensément apprécié. Il s’agit du manuel sur la conjugaison des verbes français appelé « la conjugaison pour tous ».
Le « ta mère » est joint à « Bescherelle » pour justement agacer ceux qui n’en finissent pas de « massacrer » cette belle langue qu’est le français. Il faut dire que ce livre de conjugaison a vraiment rythmé mon enfance. Une sorte de « bible » du « bien conjuguer » indispensable à tout enfant en âge d’aller à l’école et amener à briller aussi bien dans la production d’écrits que dans l’expression orale. L’une allant très souvent de paire avec l’autre !

Plus haut, nous venons de voir deux phrases presque identiques, une seule petite chose pour différence : la virgule qui modifie radicalement le sens de la phrase. On ne le répète pas assez, la ponctuation est très importante pour comprendre le sens précis d’un texte, et aussi pour arriver à se faire comprendre : ce qui est en soit — à mon sens — le but ultime. Elle (toujours la ponctuation) est d’autant plus importante car sans elle, les mots commenceraient à s’entre-choquer pour laisser place à l’incompréhension totale et au chaos.

Une virgule peut changer le sens de tout un texte.

Remontons encore plus loin dans le temps de quelques siècles, dans un autre registre, plus sérieux et moins enjoué, du temps où l’on jonglait avec les mots. Notons que c’est au milieu du 19 ème siècle que l’illustre poète français Charles Baudelaire avait annoté (manuscritement) dans un de ses poèmes après « impression » la note explicative suivante, écrite en bas à gauche : « Je tiens absolument à cette virgule ». Sans doute mécontent de la tournure de son texte après que la personne en charge de le taper à la machine à écrire ait sciemment omis (ou pas) d’ajouter une seule virgule à une de ses rimes. Les vers en question ainsi « esquintés » ne sont autres que ceux du poème liminaire « Au lecteur » du recueil majeur de l’auteur : les Fleurs du Mal de 1857. L’angoisse et l’énervement — que l’on peut ressentir à travers les mots manuscrits rajoutés par l’auteur — sont d’autant plus grands car ce poème de dix quatrains avec des vers en alexandrins est placé en tête (du recueil) dans toutes les éditions. Une bourde de taille que Baudelaire n’a tout naturellement pas laissé passer. Evidemment, je n’invente rien. Tout ceci est consultable sur la toile, il suffit juste de taper les mots clés relatifs au sujet et en un clic de souris, deux mouvements, vous y êtes. Ce qui vous permettra au passage de contempler l’écriture de Baudelaire vieille maintenant de quelques siècles. Cela fait rêver !
 
La magie d’internet.
 
Restons toujours dans le cadre d’internet, cet outil « féerique » qui a pu en quelques années chambarder (dans le bon sens) tout ce que nous avions pris pour acquis. Tout comme une ponctuation mal faite, une mauvaise orthographe peut vous coûter très cher.
 
Courant 2016, au Bangladesh une faute d’orthographe a pu empêcher le braquage du siècle.  
En effet des hackers (anglicisme pour designer les pirates informatique) se sont glissés dans le système informatique de la banque du Bangladesh en vu de dérober des données qui leur permettraient de réaliser des transferts de paiements.
Malicieux comme tout, ils ont pu faire une trentaine de demandes de virements au nom de l’organisme bancaire bengali à la Banque de Réserve fédérale de New York —  où la Banque de Bangladesh détient des milliards de dollars pour des virements internationaux — vers des entités aux Philippines et au Sri Lanka.
C’est ainsi qu’ils ont pu facilement réaliser, quatre opérations vers les Philippines, d’un montant total de 81 millions de dollars (72,7 millions d'euros).
Jusqu'à là tout va bien, les choses se déroulaient exactement selon leur bon vouloir, mais c’est sans compter sur une petite faute d’orthographe toute simple qui va bientôt les stopper et calmer leurs ardeurs.

Quand ils en sont à leur cinquième tentative de virement, d’un montant de 20 millions de dollars (18 millions d'euros), à destination du Sri Lanka, celle-ci a ainsi été interrompue en raison d’une faute d’orthographe présente dans le nom du destinataire de l’argent, car la «Shalika Foundation» (pour désigner la Fondation Shalika) a été renommée en «Shalika Fandation» par les malfrats. C’est évidemment cette « malencontreuse » faute de frappe qui a mis la puce à l’oreille de la Deutsche Bank, banque de routage dans l’opération. Elle a ainsi pu faire une vérification auprès de la Banque du Bangladesh, qui a pu arrêter à temps la transaction. Réaction en chaine oblige, la Réserve fédérale des États-Unis a fini par s’intéresser à ces nombreuses demandes virements et a à son tour alerté la banque bengalie qui a stoppé les opérations en cours. 850 à 870 millions de dollars (entre 763 et 781 millions d'euros) étaient alors en jeu. 

Quant à nos pirates informatiques pas du tout bons en orthographe, aux dernières nouvelles, ils courent toujours. 

Ils resteront très certainement dans les mémoires comme ceux qui auront commis la faute d’orthographe la plus chère de l’histoire…
 

Mahad dans Littérature.
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