Le bon à rien d e la famille

Je suis né de rien. Plus exactement je naquis du rien. Parvenu au monde, en venant du néant, du nihil, je suis quelqu’un mais en réalité personne. Un individu qui s’est désigné comme persona non grata. Comme un livre raté, je suis comme un bon à tirer, mais un bon à rien de la famille. Car, oui, j’ai néanmoins une famille : une ancestrale grand-mère et comme aïeul, un maudit grand père. En réalité, j’appartiens à une lignée familiale qui appartient, au demeurant, à un long passé historique, lourd de sens pour ma vie. Il est même significatif pour comprendre un tant soit peu mon histoire, ou bien plutôt mes histoires de vies. Chez moi tout est au pluriel. Pourquoi cette polysémie intrinsèque de mon existence, vous en comprendrez les raisons plus loin. Je choisis la métaphore  spatiale plutôt que d’avoir écrit « plus tard » ou « plus haut ». Car l’écriture est un voyage tout aussi physique qu’imaginaire.  Pour écrire il faut que figurent les mots, les lettres, la ponctuation bref la graphie.
J’aurai tout aussi bien écrire le titre de mon histoire autrement : « tout le mal de la famille ». Rien dans ce qui va vous être conté n’est le produit de mon invention ni de mon imagination. Le sens commun vous rappelle sans cesse que la réalité dépasse la fiction. Dans mon cas cela est vrai. Je n’ai rien demandé : ni à exister ni à naître. Je naquis pour mourir au terme de ma vie. Ad patres et advienne que pourra. Je suis remonté comme une montre à gousset, hormis que celle-ci est comme une fiction tellurique et acrylique d’une peinture de Salvador DALI. Elle est molle et remonte le temps.  C’est ce qui se passe dans ma vie  je remonte le temps. Je vis ma vie devant moi. Elle va plus vite que je ne la saisis. Et pourtant J’ai du flair pour les emmerdes. Je les sens venir à l’horizon. J’ai même trouvé une couleur pour celle-ci : « bleu- merde ». Mais pour ces dernières, je n’ai pas d’autre nom pour l’odeur qu’elles dégagent quand elles vous viennent dans la gueule que celui de pestilentielle !!!
Dans ma courte vie qu’est la mienne j’ai rencontré une femme, une seule dans mon existence, elle a compté et comptera toujours pour moi. Elle avait de l’aura, plus que cela d’ailleurs, une réelle présence quand on la rencontrait dans la rue ou sur scène. Cette femme sensuelle avait les dessous que les dessus révélaient et bien plus encore… Elle avait du chien, du charisme voire portait en elle et avec elle : elle était l’érotisme pur. Son parfum exhalait à travers tous les pores de son corps et de sa chevelure noire. Elle avait les cheveux courts et bouclés. J’aimais y passer mes doigts incessamment. Ils étaient soyeux au toucher. Et sa peau était si douce.   Cependant, tout a mal fini : je l’ai étranglé  alors qu’elle était encore enceinte de huit mois de son amant. Cet amant : c’était moi. Je l’ai tuée. Pour une seule raison : sa mort annoncée dans de terribles souffrances. Cette maladie incurable dont elle souffrait depuis peu était dégénérative et avait atteint le fœtus. Tout foutait le camp. Aussi l’ai-je assassinée de sang froid dans une colère noire qui m’animait contre la maladie et la vie pourrie que je m'enais à l’époque. J’ai fini en taule. Enfermé entre quatre murs, dans une cellule de neuf mètres carrés. Je me ronge les os et le cerveau d’avoir commis cet acte irréparable mais ô combien nécessaire pour elle et mon enfant mort-né.
Depuis, Je me lève le matin, j’ouvre un livre, de philosophie, acide dans les nervures des mots. Les phrases que ce livre me projette à la face et au cerveau sont comme des claques. Ce bouquin baffe l’esprit des gens qui le lisent comme je biffle ce texte pour vous en rendre compte. Mon stylo en guise de sexe, j’écris pour bousculer vos certitudes toutes faites. Rien n’est écrit d’avance surtout quand on est prêt à sauter du haut d’un balcon. La vie comme le soutenait Sören Kirkegaard  n’est faite que d’étapes.

Fabien Rogier dans Littérature.
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