L'école Laïque - Avant Propos

Au début du XIXème siècle, Emile Laval, Inspecteur de l'école primaire, s'insurge contre les abus dont il est témoin jour après jour au sein de l'école laïque. Même si le système a bien évidemment évolué depuis, ses chroniques d'une ironie mordante nous ouvrent une fenêtre sur un autre temps pourtant pas si loin de nous, et sur un univers fascinant : l'école comme lieu de conflits d'intérêts et de luttes pour le pouvoir... 

Avant-Propos

Le livre que je publie a pour but de faire toucher du doigt les méfaits :
-         De la mairie
-         De la délégation cantonale
-         Du greffe municipal,
Dans leurs rapports avec l’École publique.
 
            Je m’y efforce de montrer que :
 
I.                   L’École laïque
Est l’otage de tous les petits potentats locaux, et le restera tant que le bâtiment scolaire appartiendra à la commune ; tant que pèsera sur elle,de ce fait, la plus insupportable tyrannie : celle du propriétaire de la maison, en l’espèce le Maire de la Commune, tout-puissant quoi qu’on dise.
 
II.                L’École Laïque
Est et restera anarchique et avilie, tant qu’elle restera soumise au contrôle des délégués cantonaux et autres inspecteurs marrons, qui la considèrent et l’exploitent politiquement comme leur chasse gardée et leur métairie.
 
III.              L’École Laïque
Est, et restera, à la campagne, (95% des écoles rurales), le champ rêvé des luttes locales, tant que l’instituteur sera, par le greffe municipal, un agent communal, détourné de sa fonction et lié aux servitudes électorales.
 
IV.             L’École Laïque
 Est et restera d’autant plus exposée au péril de mort qui heurte à sa porte, que souvent :
-         Mairie,
-         Délégation cantonale,
-         Greffe municipal,
Sont entre les mains du même homme, le Maire, qui se trouve investi, sans contrôle réel, d’un triple pouvoir qu’il tient de sa triple qualité de :
-         Propriétaire de l’immeuble scolaire,
-         Inspecteur scolaire,
-         Chef de l’instituteur–secrétaire de mairie.
 
Mon livre apparaîtra peut-être comme une œuvre de polémique ; pis, comme une manière de représailles d’un fonctionnaire
mécontent. Certains – et non des moindres – le diront qui se seront reconnus dans mes croquis et mes tableautins. Et sans doute ne suis-je pas complètement à l’abri de leurs coups. Un coup de plus, un coup de moins : qu’importe ? Quarante ans de vie administrative, quarante années pendant lesquelles je n’ai pas une seule fois cherché à « éviter » l’obstacle, m’ont forgé une robuste cuirasse. Je me plais du reste à penser que le lecteur sans parti-pris voudra bien me faire l’honneur de croire, si je l’affirme, qu’il n’y a en tout ceci ni souci de réclame ni volonté de vengeance.

Ce sont les institutions et les lois que je vise. Non point les pauvres hommes, si souvent à plaindre, même quand ils se révèlent de grands coupables. Je ne m’érige pas en juge ; je n’ai pas le droit de jeter la première pierre. Je voudrais être simplement celui qui, du haut de la tour, signale le grand péril et de toute sa faible voix, crie à l’aide.

Emile Laval dans Littérature.
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