L'Ecole répond

Ce texte est une réponse à L'école de l'Absolu, nouvelle école de Littérature de Lucie Laval.
Tout d'abord, merci à l’équipe de Librosophia de nous accueillir ! Et merci à vous pour l'attention portée au projet.

Absolu, c'est quoi ?

A voir le titre, cela fait un peu peur, mais promis : ce ne sera pas dogmatique. (Le moins possible !) Les questions sont nombreuses, et pour la plupart extrêmement pertinentes, y compris celles posées dans les commentaires. On va essayer d'y répondre le mieux possible, et si je le fais bien, il y aura d'autres questions. Oui, je vais essayer de ne pas être dogmatique. Alors, la première question c'est : qui sommes-nous ? Mais qui sommes-nous, qui ? Les auteurs derrière le mot École de l'Absolu ? Ceux-là, je vous assure qu'ils ne vous intéressent pas. A vrai dire, ils sont comme vous. Ils se lèvent le matin, se couchent le soir. Ils font pipi et caca. Ils n'ont pas de lubies spécialement étranges. Sauf peut-être la musique des abbayes serbes, ça c'est étrange. Mais sinon, ils sont, ou plutôt nous sommes, comme tout le monde. Alors ne perdons pas de temps en banalités universelles. Qu'est-ce que l’École ? C'est la question la plus intéressante, je trouve. Pourquoi l’École ? La tournure est étrange. École de l'Absolu, ça veut tout et rien dire. C'est justement pour cela que nous l'avons choisi comme nom. Une École, c'est quoi ? C'est un lieu physique et/ou spirituel, dans lequel des esprits se rencontrent, échangent, s'éduquent peut-être, dans une dynamique de constante évolution. Une École, par essence, n'est jamais figée. Elle évolue vers un objectif au gré de ceux qui la composent. Nous avons choisi de nous appeler École pour déjà dire que nous étions libres. L'objectif, donc, l'absolu. Absolu, encore une fois, cela ne veut en vérité rien dire. Tout le monde a sa propre définition de l'absolu. Il y a autant d'absolus philosophiques qu'il y a de philosophes, et d'absolus littéraires qu'il y a de littérateurs. Mais notre absolu à nous, n'est pas un absolu spirituel, intellectuel. C'est un absolu formel. Presque intransigeant. Alors ici, vous pourriez dire qu'un absolu est forcément intransigeant, ce qui n'est pas faux. Mais à ma défense, je dirai que les absolus nient souvent ce qui est autre, ce qui n'est pas notre cas. Bref, trêve de blabla. Quel est-il, notre absolu ? Et bien, c'est assez simple. C'est la réunion des trois genres littéraires en un. Un "trois-en-un". C'est dire que les limites entre les différents registres sont des limites purement formelles, et qu'en bons objets formels, elles peuvent être détruites. Notre absolu, c'est oser faire tomber les barrières entre le roman et le théâtre. Et le théâtre et la poésie. Et la poésie et le roman. C'est dire enfin : il n'y a plus que la liberté de l'auteur comme limite au texte, et rien d'autre. Est-ce que nous sommes les premiers ? Soyons honnêtes, non. La littérature a cette tendance aujourd'hui à aller vers l'affaiblissement des barrières genresques. Mais là où peut-être nous nous détachons, c'est qu'au lieu de rentrer dans une partition d'arbres hiérarchiques complexe, où les branches se croisent, s'entremêlent et deviennent illisibles, du type "roman à tendance théâtralico-poétique sur une variation tragico-satirique en vers libres et prosopopée", nous choisissons de revenir au tronc, et d'appeler cela, simplement, dénoncé. Donc, pour faire simple dans ce pavé, disons que l’École est un regroupement d'esprits libres œuvrant dans la recherche du genre absolu, qu'ils ont nommé dénoncé.

Le dénoncé et son lecteur

Mais le dénoncé, c'est quoi ? Et qu'est-ce que ça veut dire ? C'est d'abord, toujours d'un point de vue formel, l'alliance des trois genres permettant à son auteur d'exprimer la plénitude de sa pensée sans barrières factices. C'est l'affirmation de la liberté complète de créer. Mais là se pose une nouvelle question : comment est-ce que l’École se positionne par rapport à son lecteur ? Et plus généralement au lecteur ? Déjà, elle ne le prend pas pour un con. Et ça, c'est important ! Le lecteur est aussi intelligent que l'auteur, voire même plus. Il ne s'agit pas de l'infantiliser, ni de le mépriser, mais au contraire de lui donner matière à réfléchir, à sentir. Il s'agit pour l’École d'envisager un lecteur humaniste, qui tout en hurlant de rire devant un concert de Miley Cyrus, peut y voir une satire du monde contemporain. Le lecteur qu'envisage l’École de l'Absolu, c'est le lecteur qui est capable de passer d'un tuto Make Up sur Youtupe, à l’Émile de Rousseau, sans pour autant perdre son esprit critique, analytique. Bref, sans classifier les savoirs. Parce qu'oui, nous pensons que savoir appliquer un bon fond de teint est tout aussi important que comprendre les valeurs de l'éducation contemporaine. Que ces deux savoirs peuvent nourrir une même pensée sur le monde. C'est-à-dire que, pour nous, le lecteur n'est pas une bête à bouffer du texte. N'est pas bête tout court, qu'il est au contraire un esprit vivant, dynamique, capable de rapports qui jusque-là étaient impensables. (Merci Google !) Parce que oui, quand nous parlons de lecteurs, nous pensons à vous, à nous ; je pense à toi, à moi. Bref, je pense à tous ceux qui ont grandi avec le moteur de recherche, qui ont grandi dans cette univers où Béatrice côtoie le merveilleux gang bang de Pamela aux gros seins. L'un nourrissant l'autre, bien sûr, dans la pensée critique. Voilà ce que j'entends par lecteur. Est-ce qu'il disparaît ? Non. Il est là. Il est prêt. Il attend. Bien sûr, je pense qu'il y aura de moins en moins de lecteurs pour les mémoires de guerre de Mamie Ginette et comment elle pétrissait les tartes aux citrons sous le regard lubrique du SS, mais je crois qu'il y en aura de plus en plus pour des œuvres telles qu'Hunger Games, qui, bien que d'un point de vue littéraire est loin de la réussite, permet un début de réflexion sur la télé-réalité, nos comportements et la société. L’École cherche à satisfaire ce lecteur, à l'aiguiller vers des pistes de réflexion, à dialoguer avec lui. Nous considérons qu'une œuvre est aboutie que dans sa réception. Alors, est-ce que le lecteur a dit son dernier mot ? Je ne crois pas, certainement pas.

L'esthétique des genres et le lecteur, c'est une question un peu complexe. Est-ce que nous avons décidé de réunir les genres pour satisfaire tous les lecteurs ? Non. Cette décision vient uniquement de la volonté d'octroyer plus de libertés à l'auteur. Cependant, réunir tous les genres, cela permet de dire au lecteur : tu es libre de lire le texte comme tu le veux. Il n'y a plus d'horizons de lecture pré-définis. Et déjà il est obligé de se poser une question par rapport au texte : qu'est-ce que je lis ? Ou : qu'est-ce que j'ai lu ? Autrement dit, réunir les genres, ça permet de rendre sa totale liberté au lecteur. Il peut choisir d'y lire de la poésie, du roman et/ou du théâtre, de se représenter l’œuvre sel'on les codes de ces différents genres, mais cela permet aussi de le mettre dans une position tout de suite analytique. Qu'est-ce que je lis ? Et donc je dois être attentif.

Nous ne sommes donc pas réellement pessimistes par rapport à l'avenir littéraire, bien au contraire. Nous sommes plutôt pessimistes par rapport à un modèle particulier, que nous croyons être passéiste, presque anachronique. Nous sommes au contraire pleins d'enthousiasme face à ce que nous pensons être le lecteur de demain. Poussons un peu et appelons l'homme de demain, capable de tisser des liens intellectuels entre différents horizons de la pensée, de la création humaine. Nous ne sommes pas réactionnaires.

Qui peut participer ?

L’École est donc une réunion d'auteurs, et à ce titre toute personne qui elle-même crée en jouant sur les genres peut tout-à-fait nous rejoindre. Il n'y a pas de pacte du sang formé sous des chants latins, et des chandelles noires. Il n'y a pas de liturgie d'intronisation, juste un mail à envoyer, et une conversation à entamer. C'est tout. Pas d'autres formalités. Nous ne sommes pas une secte. Quiconque crée sur ce fil des trois genres, est le bienvenue, à la condition bien sûr qu'il ait quelque-chose à dire, et non pas une simple histoire à raconter.

Les univers des auteurs

Une question est apparue dans les commentaires, qui a attiré mon attention. Je ne pourrais pas y répondre là, parce que ça me demanderait un travail beaucoup plus long, et je pense avoir déjà écrit un gros pavé. Mais Gnou, tu pointes quelque-chose de terriblement intéressant : pourquoi est-ce que pour l'instant l'univers de Ganimula et le mien se rencontrent dans une sorte de marécage sombre ? Je n'en sais rien, et je jure qu'on est pas dépressifs. Il n'y a pas de concertation sur l'univers des œuvres, il n'y a pas plus de réunion autour d'un univers que l'on devrait mettre en scène, qui serait celui des auteurs de l’École. C'est un pur hasard en réalité, ou peut-être est-ce dû au fait que l'on se parle beaucoup. En tous cas, il n'y a pas de consignes officielles. Au fond, et si j'avance un peu dans l'analyse, on pourrait dire qu'Intimoratus et Vyata étant d'une certaine forme des miroirs grossissants des travers de notre quotidien, en tous cas dans l'univers qu'ils mettent en scène, ils ont obligatoirement versé dans une sorte d'obscurité, demandée par une critique d'une société que nous considérons assez noire. Mais ce n'est qu'un point de vue d'analyse, je n'ai pas autorité sur ces textes, bien que je sois l'auteur de l'un d'eux. Quand il s'agit de le commenter, je ne suis qu'un lecteur comme nous tous. Je l'ai dit, pas de dogmatismes.

Je ne sais pas si j'ai répondu à toutes les questions, je ne pense pas d'ailleurs l'avoir fait. Cet article est déjà long, et honnêtement, si vous l'avez lu jusqu'ici vous êtes courageux ! Alors j'en laisse un peu pour la prochaine fois, pour les prochaines questions. Comme vous l'avez vu, je me suis penché sur les commentaires, et ne me suis pas réservé aux questions du texte, parce que je pense que c'est tout aussi intéressant. Alors n'hésitez pas à poser de nouvelles questions, j'essaierai d'y répondre, peut-être de manière moins ennuyeuse. Enfin bref. Voilà. C'était l’École de l'Absolu, et c'est tout pour le moment. Bisous mes chats...

Ecole de l'Absolu (Aly) dans Littérature.
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Alexandre Clain Bonjour, juste pour vous prévenir que je me suis permis de mettre en forme les titres :-)
Je comprends mieux pourquoi Lucie aime votre concept maintenant
Ecole de l'Absolu (Aly) Merci Alexandre pour la mise en forme. Très joli résultat. La prochaine fois, j'essaierai de le faire comme un grand ! Quant au compliment, héhé, merci.
Lucie Laval Salut l'Ecole ! Merci pour cette belle (et détaillée !) réponse
Aly, j'ai une autre question sur ce que tu appelles "un modèle passéiste et presque anachronique" : de quoi s'agit il ?
Fabien Rogier bien dit
lettre

Victor HUGO (1802-1885)


La plume de Satan

La plume, seul débris qui restât des deux ailes
De l'archange englouti dans les nuits éternelles,
Était toujours au bord du gouffre ténébreux.
Les morts laissent,ainsi quelquefois derrière eux
Quelque chose d'eux-même au seuil de la nuit triste,
Sorte de lueur vague et sombre, qui persiste.

Cette plume avait-elle une âme ? qui le sait ?
Elle avait un aspect étrange ; elle gisait
Et rayonnait ; c'était de la clarté tombée.

Les anges la venaient voir à la dérobée.
Elle leur rappelait le grand Porte-Flambeau ;
Ils l'admiraient, pensant à cet être si beau
Plus hideux maintenant que l'hydre et le crotale ;
Ils songeaient à Satan dont la blancheur fatale,
D'abord ravissement, puis terreur du ciel bleu,
Fut monstrueuse au point de s'égaler à Dieu.
Cette plume faisait revivre l'envergure
De l'Ange, colossale et hautaine figure ;
Elle couvrait d'éclairs splendides le rocher ;
Parfois les séraphins, effarés d'approcher
De ces bas-fonds où l'âme en dragon se transforme,
Reculaient, aveuglés par sa lumière énorme ;
Une flamme semblait flotter dans son duvet ;
On sentait, à la voir frissonner, qu'elle avait
Fait partie autrefois d'une aile révoltée ;
Le jour, la nuit, la foi tendre, l'audace athée,
La curiosité des gouffres, les essors
Démesurés, bravant les hasards et les sorts,
L'onde et l'air, la sagesse auguste, la démence,
Palpitaient vaguement dans cette plume immense ;
Mais dans son ineffable et sourd frémissement,
Au souffle de l'abîme, au vent du firmament,
On sentait plus d'amour encor que de tempête.

Et sans cesse, tandis que sur l'éternel faîte
Celui qui songe à tous pensait dans sa bonté,
La plume du plus grand des anges, rejeté
Hors de la conscience et hors de l'harmonie,
Frissonnait, près du puits de la chute infinie,
Entre l'abîme plein de noirceur et les cieux.

Tout à coup un rayon de l'oeil prodigieux
Qui fit le monde avec du jour, tomba sur elle.
Sous ce rayon, lueur douce et surnaturelle,
La plume tressaillit, brilla, vibra, grandit,
Prit une forme et fut vivante, et l'on eût dit
Un éblouissement qui devient une femme.
Avec le glissement mystérieux d'une âme,
Elle se souleva debout, et, se dressant,
Éclaira l'infini d'un sourire innocent.
Et les anges tremblants d'amour la regardèrent.
Les chérubins jumeaux qui l'un à l'autre adhèrent,
Les groupes constellés du matin et du soir,
Les Vertus, les Esprits, se penchèrent pour voir
Cette soeur de l'enfer et du paradis naître.
Jamais le ciel sacré n'avait contemplé d'être
Plus sublime au milieu des souffles et des voix.
En la voyant si fière et si pure à la fois,
La pensée hésitait entre l'aigle et la vierge;
Sa face, défiant le gouffre qui submerge,
Mêlant l'embrasement et le rayonnement,
Flamboyait, et c'était, sous, un sourcil charmant,
Le regard de la foudre avec l'oeil de l'aurore.
L'archange du soleil, qu'un feu céleste dore,
Dit : - De quel nom faut-il nommer cet ange, ô Dieu ?

Alors, dans l'absolu que l'Être a pour milieu,
On entendit sortir des profondeurs du Verbe
Ce mot qui, sur le front du jeune ange superbe
Encor vague et flottant dans la vaste clarté,
Fit tout à coup éclore un astre : - Liberté !

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