Lettre à George Sand.

                                                         Avertissement.

Ce recueil a pour but de mettre en ligne des lettres que j’aurais voulu écrire aux personnes célèbres si j’étais dans leur monde et dans leurs siècles. Tout est de mon imagination et avec un peu de documentation pour savoir comment on écrivait autrefois. Les textes sont protégés.

Lettre à George Sand.

Boulogne sur mer, le 14 novembre 1832.

Chère Aurore,

Je vous écris pour vous dire combien j’ai apprécié le rêve que vous me tendiez pour un séjour dans votre Berry que vous aimez tant. Ne faites pas attention aux fautes d’orthographe ; corrigez-les simplement de votre plume aisée et sans pareil.

Je vous laisse ici mes impressions après notre promenade dans la campagne de l’automne et l’excellent dîner dans votre sympathique demeure. J’ai pris la diligence le lendemain à Châteauroux pour rentrer à Boulogne-sur-Mer. J’ai dormi pendant tout le trajet.

                                                                                           ***

Nous étions au milieu de l’automne et les feuilles mortes jonchaient les sols incultes de la compagne berrichonne. Voyez-vous, les saisons s’en vont, reviennent comme les oiseaux migrateurs et revoilà cette mauvaise période qui regagne le milieu du mois de novembre en attendant l’hiver pour nous apporter toujours et encore son air affligé et monotone. Mais nous avions bénéficié d’une journée agréable que vous aviez, sans doute, commandée vous-même au temps.

Après cette promenade à travers les terres desséchées de ces prés si calmes et si attachants, le vent froid se levait et le soleil en son horizon vermeil nous disait au revoir. Quelques meules de foins respiraient encore le jaune de l’été et nous nous éclations de rires en courant autour, souvenez-vous ! Les paysans s’apprêtant à rentrer leur bétail, nous souhaitaient une charmante soirée. Nous regardions un instant les couleurs apaisantes du coucher et nous nous demandions ce que font les dieux derrière ce paravent du soir venant. Soudain, votre main attrapa la mienne et vous m’obligiez à courir avec vous pour rentrer à Nohant.

Devant la cheminée aux flammes chaudes et vacillantes, vous me racontez ces merveilleuses histoires encore récentes que vous avez le secret de coucher sur des pages à sentiments. Je crois entendre votre voix suave et sans abandon de ton, soulignant les virgules, marquant les pauses élégantes aux points pour lever les yeux candeurs à mon bonheur pudibond. Je vous écoute avec une émotion intense accompagnée du rythme léger et la mouvance du feu de bois dans l’âtre.

Puis, j’évoquais avec admiration votre roman « Indiana ». Cette fresque romantique ayant pour décor l’île de Bourbon est vraiment sublime. Cette jeune fille Créole, élevée par un père violent, n’était pas heureuse. Après la mort de celui-ci, elle épousa un homme autoritaire, colonel bonapartiste à la retraite, ce qui n’avait rien changé à sa situation de femme malheureuse… Je ne vous racontais pas toute l’histoire, car vous la connaissez mieux que moi. Ce premier roman est un succès. Tout le monde en parle. Je sais que vous n’allez pas en reste là ; beaucoup d’autres histoires fleurissent déjà dans vos pensées. Mais, vous riez de bon cœur. Votre ironie affectueuse suite à ma diction désastreuse sur les malheurs d’Indiana m’enchantait. Je rêve de mettre sur un cahier mes mémoires pour les présenter à un éditeur, mais je n’ai aucun talent d’écrivain. Avec une réaction spontanée, vous m’attrapiez le poignet et vous proposiez de m’aider dans la rédaction de ce livre.  Vous aviez dû voir dans mes yeux la joie que vous aviez installée. Oui, j’étais heureux, très heureux !

Une servante berrichonne nous demandait de prendre place dans la salle à manger pour le souper. Le dîner était copieux et le service était parfait. Le vin était de bon cru.

Un verre de liqueur fut posé sur le piano et vous me priiez de jouer une musique de Chopin.

« Chopin oui, mais pas la marche funèbre, nous sommes encore en vie parmi les habitants de cette demeure. »

Et mes doigts chevauchant les touches, interprétèrent pour vous « Nocturnes » tandis que la nuit avançait lentement sur les notes palpitantes du compositeur virtuose. Je ne suis qu’un amateur, sans l’ombre d’une nuance musicale parfaite, mais vous sembliez adorer mon interprétation, accoudée sur le haut du piano droit.

Mais le coucou de la pendule annonçait minuit. Il était temps d’aller dormir. La servante m’indiqua la chambre et dans le lit douillet, je dormis comme un loir jusqu’au petit matin.

Vous aviez tout prévu, après le petit déjeuner un cocher m’attendait dehors pour me conduire jusqu’à Châteauroux où je devais prendre la diligence de midi. Une pluie fine commençait à humidifier mon départ.

J’avais un triste regret de vous laisser sous la marquise de la porte d’entrée. Votre sourire s’illuminant dans la grisaille de saison me consolait plus que tout.

Voyant mon désarroi, vous vous précipitiez vers moi, suivie de la servante vous protégeant d’un grand parapluie, pour m’embrasser avant que je montasse dans la calèche,

Arrivé à Boulogne sur mer, j’ai commencé à écrire mes mémoires. Ce n’est que des grands traits. Je vous les enverrai dès que j’aurai fini.

Si vous montez à Paris, faites-moi savoir ; nous pourrions dîner ensemble. De toute façon, je reviendrai vous revoir à Nohant…

Je vous quitte sur ces quelques lignes et vous souhaite des jours heureux.

Recevez ma sympathie et mes amitiés.

Votre dévoué,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marcel M dans Littérature.
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