L'OURS ET LA POUPEE

Ils sont nus sur le lit mauve d'une chambre d'hôtel minable. Elle se lève, se tourne vers lui en remettant ses longs cheveux noirs en arrière. La toison de son pubis est fourni mais taillée avec application. Elle lui dit : « Je vais me masturber devant toi. » Il répond si tu veux. Ils se retrouvent pour faire l'amour à l'hôtel du croissant à quelques rues de chez lui. Au tout début il avaient échangé des banalités, son métier, le sien, le temps qui passe... puis leurs mains s'étaient cherchées puis trouvées, leurs corps par la suite. Ils s'étaient caressés la première fois dans les toilettes du restaurant après le déjeuner. Elle avait sentit ses doigts, il avait sentit les siens et le plaisir était venu, brutal, ravageant tout sur son passage lorsqu'il insista au fond d'elle. Elle s'était appuyée sur son épaule en gémissant et s'était laissée faire , ensuite elle l'avait sucé jusqu'à ce qu'il se répande dans sa bouche. Maintenant ils ne font plus l'amour comme ça, c'est elle qui prends plaisir à s'exhiber sans pudeur pendant qu'il se branle. Elle écarte son sexe gonflé en le fixant son regard.
La nuit commence à tomber, les réverbères s'allument les uns après les autres et les autos se bousculent sur l'avenue, klaxons, c'est la veille de noël. L'ours regarde les doigts longs et fins de Mathilde, ils regarde comment elle fait pour écarter ses lèvres, en les dépliant comme une dentelle de chaire. Leurs souffles s'accélèrent, le bassin de Mathilde est agité de petits mouvements involontaires. Elle le regarde , assise à cheval sur ses jambes. Elle dit : « j'aime ta bite » et continue à se masturber. Ils ne savent plus qui ils sont ni ce qu'ils font, ils sont tout les deux nus dans cette alcôve d'un désir violent qui leur tord les tripes, qui les pousse à faire ce que toute pudeur interdit. Lorsqu'elle est au bout de son plaisir elle s'effondre sur lui pour le dévorer de baisers. Dehors une pluie neigeuse et molle commence à tomber. Elle est en sueur, elle coule sur lui et l'accueille dans son ventre. D'un coup de rein puissant il s'enfonce. Elle dit qu'elle a un peu mal et serre les dents mais il ne peut plus attendre et jouit en elle. Elle prends son visage dans ses mains, il crache des mots d'amour et des mots de sexe, pas triés, crus, obscènes et qui font du bien à tout les deux, Il y a juste cette pulsion sauvage de la vie qui bat dans leurs ventres. Il fait noir, il allume la lampe de chevet qui émet une lueur blafarde. Sa main joue avec les boucles denses du pubis féminin, elle caresse son torse glabre. De temps en temps un doigt s'aventure dans sa fente encore poisseuse, ce doigt arrive sous le nez de l'un ou de l'autre, ils ne disent rien, ils sont libres. Puis ils se parlent un long moment comme si plus rien d'autre n'avait d'importance au fond excepté peut être cette histoire toujours inconnue de leur enfance, ils aiment se rappeler ces moments où ils n'étaient pas encore tenaillés par la nécessite de se reproduire. Elle voudrait bien partir e week-end avec lui à l a campagne peut être en Bretagne ou dans le Berry, en tout cas sur une terre forte, un terre d'ancêtres, de feux de bois et de vivants douloureux, pas une de ces contrés chargées d'autoroutes, d'hôpitaux climatisés et de centres commerciaux difformes. Elle dit qu'elle à besoin de nature, d'odeur d'iode et de terre mouillée, du vent dans sa crinière brune, elle parle et parle encore, dit qu'elle veut marcher dans la boue avec des bottes pour ressentir le plaisir d'être protégée de la saleté du monde, et qu'elle veut manger du pain rassi et du café noir, à poil sur la table. Elle dit tout ça parce que c'est une fille qui ne s'en fait pas. Le matin dés le réveille il pousserait son bol sur le coin de la table rustique elle s'assiérait sur le plateau, écrasant les miettes de pain sous ses fesses et lui présenterait sa vulve comme une offrande. Il déplierait sa dentelle endormie et elle finirait par s'émouvoir, puis à trembler puis à gémir, puis à crier, puis à envoyer valser le bol par terre, puis à tenir ses cuisses largement ouvertes, puis à jeter sa tête en arrière en bafouillant des mots inaudibles. Puis....
2
Il ont réglés la note d'hôtel et partent marcher dans la rue, il la serre contre lui, lui demande de ne pas le quitter elle répond non je ne te quitterais pas. Il le savent bien tout les deux que l'un sans l'autre la mort s'installera, d'abord à l'automne puis à l'hiver puis la vieillesse année après année saison après saison. Mathilde est emmitouflée dans un châle de laine il n'y a que le haut de son visage qui dépasse, son petit nez mutin et humide. Ses cheveux, crinière de pur sang s'étalent sur le tissu ouateux. Il la serre encore plus contre lui. Lui, c'est un ours, une de ces bêtes à peine civilisée sortie de la terre de ses ancêtres cinquante ans plus tôt. Il le sait bien pourtant que sans elle maintenant la vie serait comme un foutu désert aride, il le sait bien et il lui arrive de pleurer en cachette lorsqu'il y pense. C'est un ours qui pleure ce n'est pas raisonnable mais elle le chavire, le trépane de toute retenue, l'anesthésie de toute sa puissance de femelle, ne lui laisse que ses mains caleuses son visage marqué et ses yeux de mâle abîmé par l'existence. Il prennent deux expresso, la mousse reste en écume sur le duvet de ses lèvres, il la regarde, désirable. Tout à l'heure vers midi, avant le déjeuner ils ne feront rien d'exceptionnel juste main dans la main ils ne penseront pas à demain. Elle se lève en tirant sur sa jupe noire, un jupe un peu courte qui met ses formes en valeur.
Tu lui diras ?
Je n sais pas !
L'ours ne voulait pas entendre cette phrase qui le terrorisait et qu'il essayait vainement d'enterrer et elle, la femelle de l'ours, sa femelle ne pensait plus qu'à cela. Puis tout à l'heure vers quinze heure ils rendraient visite au vieux dans son hospice à son vieux qui ne voulait pas mourir. Il prendrait ses mains noueuses dans les siennes et plongeant son regard dans le sien il lui dirait je suis venu, c'est Mathilde, je t'ai parlé d'elle, c'est la femme que j'aime. Le vieux commencerait à trembler, fixerait le vide, sa main chercherait celle de sa femme morte. Puis Mathilde pleurerait. Peut être oui, peut être tout à l'heure à moins qu'ils ne s'échappent encore une fois dans les rues d'une ville étrangère loin de toutes frontières, à moins qu'il ne finisse par faire d'elle une sorte d'esclave, une de ces femmes consentantes à l'amour bestial. Il pourrait très bien l'attacher aux chevilles, aux poignets les quatre membres écartelés. Nue elle ferait semblant d'aimer sa soumission tandis que lui au fond de sa chaire implorerait qu'on le crucifie. Ils regardent les gens qui passent devant les tables du café, des gens ordinaires, des couples qui se tiennent par la main d'autres qui ne s'aiment plus et tout ses enfants largués dans la brume du matin d'hiver, des femmes jettent un regard appuyé à Mathilde, elles reconnaissent en elle une rivale sérieuse, une qui pourrait leur piquer leur homme. Mathilde ne baisse pas les yeux elle sait à quoi elles pensent, ce qu'elles savent du sexe de la femme et le dégout quelque fois qui transpire sur leur bouche lorsqu'elles fixent ses lèvres ou ses seins. Elle s'en moque. Mathilde commande un second expresso tandis que son ours à déplié le journal en s'écartant un peu d'elle et de la table . C'est une connerie de faire des torches culs de cette taille clame t-il mais il aime l'odeur de l'encre à peine sèche et le bruit du papier qu'il froisse entre ses doigts et bien qu'il ne sache pas exactement pourquoi il se sent plus intelligent.
Quelques lignes et on devient un autre...
Il juge, s'émeut, jure, il les traite d'enculés, de sales cons parce qu'ils ont perdus le match ou diminué la retraite des vieux. Il repense à son père qui croupi à la maison de retraite. Mathilde n'aime pas y aller avec lui ça lui file le bourdon cette odeur de couches merdeuses, de pisse et les relents d'haleines fétides, de dents pourries., tout ça mélangé avec du mauvais café. Elle voudrait vivre loin et se dire que cela n'existe pas, regarder toutes les belles choses de la vie, les jolies robes, les belles voitures de sport, renifler le cou des hommes parfumés au vétiver et uniquement cela. Le serveur apporte son deuxième expresso elle le gratifie d'un sourire enjôleur. L'ours le remarque et lui dit qu'elle va avoir mal au ventre a force de boire du café toute la matinée. Le serveur n'est toujours pas passé à la table suivante il lève un sourcil dans sa direction il doit penser que l'ours est un ours et ne se trompe pas. Mathilde ça ne la gène pas il peut bien dire ce qu'il veut elle ne fait pas de manière pas plus en public que lorsqu'ils sont tout les deux et qu'il l'a baise. Elle est un peu comme....non c'est une petite femme sauvage mais sans brindilles de bois mort dans ses cheveux emmêles, sans feuilles collées à son corps crasseux, sans terre collée à ses pieds nus. Si elle se met en valeur c'est pour que l'ours la regarde et l'aime, ce 'est pas pour elle parce qu'elle aime se sentir sale. Ils se lèvent, tombent dans les bras l'un de l'autre et se serrent, se reniflent amoureusement, l'ours caresse son visage soudain transformé en homme, il a des étoiles au fond de ses yeux. Le soleil perce enfin dissipant la brume électrique et hurlante de la ville. Ils s'avancent serrés, fendant la foule qui sort des métros, des bus. C'est une journée ordinaire. Ce matin ils ont fait l'amour pourtant ici et là la solitude des uns, l'abandon des autres, il ont cette chance d'être ensemble mais ne le savent pas. Devant la grille de l'hospice elle dit qu'elle ne veut pas rentrer, pas aujourd'hui qu'elle préfère l'attendre sur un banc dehors. L'ours est d'accord il lui promet de ne pas être trop long.
C'est maintenant mais il ne le sait pas. Elle va partir, Mathilde va l'abandonner dès qu'il aura le dos tourné, dès qu'il aura franchit le portail de l'hospice. Elle le regarde s'éloigner une dernière fois en repensant à ses mains sur ses hanches. Demain il retournera sa tanière dans tout les sens pour y trouver des restes d'elle, un tube de rouge à lèvres, une culotte portée la veille de son départ, un carnet d'adresse. Il se mettra a hurler, renversera la table minuscule ou il prenait ses repas, grognera comme un ours énervé. Mathilde sera quelque part dans une autre ville avec un autre homme, dans une chambre d'hôtel pour quelques jours encore, quelques passes avant de s'envoler pour Cuba ou Manille. Lorsqu'il sort de l'hospice il l'a cherche partout, shoote méchamment dans un tas de graviers, regarde en arrière, écoute son répondeur sur son mobile mais il n'a aucun message. Il l'appelle :
« Mathilde revient tout de suite c'est un ordre, un putain d'ordre de non de dieu. »
Il ne sait pas le pauvre ours qu'elle ne veut plus de lui et de son amour étouffant il ne sait pas que d'autres hommes l'attendent déjà pour se répandre en elle. L'ours souffrira c'est ainsi puis qu'il est écrit que lorsqu'on est abandonné on souffre. Il essaie de l'appeler encore et s'énerve, il y croyait à son histoire mais il y a toujours ce message impersonnel avec sa voix métisse.
« Je ne suis plus là ne laissez pas de message ».
Il repense à son corps ce matin, à l'odeur poissonneuse de son sexe au réveil, une odeur dégoûtante mais qui lui filait la gaule immanquablement parce qu'ils étaient entre animaux de la même espèce voilà tout ce qu'il avait comprit. Se rendait elle compte du poison qu'elle lui injectait dans les veines. Il le sait maintenant il ne peut plus rien pour elle. Un jour ou l'autre elle finira par s'abîmer dans les bras d'un autre mac qui la tabassera lorsqu'elle ne rapportera pas assez de billets. L'ours pleure parce qu'il n'est plus qu'un enfant à qui on vient de retirer son joujou et il souffre de cette impuissance. Pris d'une rage folle il balance son mobile dans le fleuve. Juste avant de tomber à l'eau la sonnerie retentis mais c'est trop tard.
Un jour ou l'autre tout disparaît dans les eaux mortes du passé.

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