MESSAGE

MESSAGE

A chercher les bonnes fréquences à l'écoute d'un signal, à minuit l'on se carambolait en conjurant les mauvais sorts, en parcourant à contre-jour les corridors de nos bunkers dérobés. Malgré nos appels au firmament, une douleur sourde héritée d'un passé éloigné se diffusait inexorablement au sein de nos installations étanches et aseptisées. Tout ce qui avait été fait sans nous contribuait maintenant à notre extinction et sur nos corps de scaphandriers le souffle du diable glissait.
Des brumes apparemment anodines apparaissaient partout sur la planète. Ce phénomène était visible depuis la station spatiale internationale et la terre, jadis bleue comme une orange, s'enveloppait d'un voile grisâtre que même les rayons de notre astre brillant ne parvenaient à percer.
Nous n'avions été que du bétail soumis au diktat de la voix la plus forte. Aujourd'hui l'abolition de nos paradigmes était devenue une réalité et le baume synthétique de notre lointain confort contribuait lentement à nous consumer. Le poison s'était installé et le champ des possibles était désormais contaminé.
A l'épreuve des vapeurs brumeuses, à l'écoute du signal d'une hypothétique amélioration et embellie de nos conditions, l'on subissait notre héritage, fruit de nos indécents comportements. Tout en pensant que l'on pouvait toujours attendre, l'on se prenait pour les ancêtres confinés du futur et l'on attendait sans aucunement se soucier du manque d'étanchéité de nos retranchements.
Le dix-sept décembre deux mille soixante sept le niveau d'alerte critique était dépassé. Le seuil de contamination létale au sein de nos infrastructures était atteint, la visibilité était minimale et l'air venait à manquer. La brume nous avait pénétrée.
Si vous interceptait ce message vous êtes des survivants.

Gaspard Collal dans Littérature.
- 70 lectures - mention j'aime

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies. En savoir plus.