Monde sans retour

Tout avait pourtant bien démarré. Du moins, d'après les échos. Mais je m'en méfiais, de ces mots répandus à chaque oreille de la populace. Ils n'avaient pas plus de sens que ma propre existence. Après tout, qui en a réellement à ficher de mon fond de pensée et de mon avis? Moi-même, je ne m'y intéresse guère. Du moins durant les premiers instants. L'esprit n'est qu'un verre qui se remplit au fur et à mesure qu'on le taquine de nos pensées. Au début, elles sont futiles et beaucoup trop vagues. Ce n'est seulement qu'après avoir répondu à la question "à quoi?" que leurs diverses utilités se dévoilent au grand jour. Encore faut-il posséder un esprit peu distrait pour y parvenir.La nuit tombante, la soirée battait son plein. Je venais d'emménager à Drauville, chouette petit coin, à peine la vingtaine et déjà retranché dans une campagne de retraités. Tu parles d'une vie moderne ! Ici les seuls relations de bons voisinages possibles sont animalières.Une route,des champs,des vaches et des vieux. Ça résumait bien mon nouveau bled. Je venais à peine de fouler le sol du parquet en bois d'acacia qu'avait fait poser l'ancien propriétaire que je voulais déjà prendre mon baluchon et m'évader loin d'ici. Il est aussi à préciser que je suis un éternel nomade. L'idée de démarrer ma vie active et de la clotûrer dans un seul et même lieu me hante. Je suis depuis mon adolescence amoureux du voyage et de la découverte. Je me rassurais en comptant le peu de temps que je passerais ici avant de lever le camp. Peût être trois,quatre voir cinq années défileront avant le jour que j'attends déjà tant. Mais que vaut réellement ces années par rapport à une vie entière? Je prendrais mon mal en patience et ma tirelire en otage pour déjà anticiper le prochain départ !  Alors que ma pendaison de crémaillère approchait doucement de sa fin, mes convives, joyeux d'ivresse et ivres de joie, me narguaient en évoquant leurs somptueuses villes où le réseau n'avait pas autant de retard qu'un recommandé de la poste belge. Ah ces saligauds! Ils m'en ont appris à en avoir, de la patience. Et pas qu'un peu. Je n'ai jamais apprécié leur compagnie.Tout comme je n'ai jamais apprécié leur absences. Ma fatigue prenant le dessus sur moi lorsque j'aperçu les aiguilles de ma nouvelle horloge flamboyante former une ligne droite horizontale pour m'indiquer qu'il était grand temps de renvoyer ce petit monde chez eux tout en rappelant que celui qui marchait le plus droit, sera celui qui conduit. N'y voyez là aucune inconscience de laisser mes hôtes prendre le volant avec une demi-cargaison de brasseur dans le sang. J'avais juste le nécessaire de place pour moi pioncer. Avec Elisa bien entendu. Elle, un amour de femme. Elle est brune, mignonne et charmante. Son caractère ne diffère en aucun point avec ses origines! Elle vient d'un petit village près de Naples. Peût-être un jour irons-nous nous établir là bas. Toujours pour trois, quatre ans tout au plus. Le beau temps, la culture ni même la mafia n'arriveront à m'y retenir! Nous venions à peine de terminer le rangement du bazar que nos chères connaissances nous avaient laissé en guise de remerciement que nos pulsions ne purent nous empêcher de dévaler les marches de l'escalier métallique fraîchement installé afin de pénétrer dans notre nouvelle antre. Nous eûmes exprimé notre plus grande preuve d'amour possible sous des couettes en cottons, qu'il fallût nettoyer le lendemain. Nous étions jeunes mariés après tout.Nous eûmes du mal à sortir de notre lit le lendemain. Il était en bois blanc, avec des contours rappelant le style ghotique des temps anciens. Il ne manquait plus que le baldaquin et nous passerions pour les nobles de Drauville. Les couettes s'appretaient à être renouveler. Elle fit cette corvée sans rechigner pendant que moi, male dominant jusqu'au bout de la télécommande je regardais les résumés des matchs de ce weekend. Je n'étais pas un pacha non plus. Je lui préparai un thé aux feuilles de menthe avec deux tranches de pain complet et trois lamelles de fromage. Le strict minimum pour un petit déjeuner complet. Et pourtant c'était le maximum que l'on pouvait se permettre ce matin. Nous n'étions pas dans le besoin mais ici à Drauville, il n'y a qu'une épicerie. En fermant le dimanche et le vendredi et avec le peu de visite qu'elle doit recevoir je me demande comment son propriétaire subvient à ses besoins sans mettre clés sur sa porte. Ayant finit sa corvée matinale elle me rejoignit pour déjeuner sur notre table de fortune. Ah, ces Suédois! Si l'on ne leur achète pas la totalité de la pièce la notre devient un carré noir avec une tache blanche en son centre. La table avait un effet quasi anachronique à notre salle à manger. Tout avait été calculé pour paraître rétro et cette maudite table, pensée par un designer moderne dont l'imagination pose des questions sur son état psychologique, ruinait tout le charme de cette pièce. A défaut de revenu suffisant pour se le permettre, cette table était le bouche-trou de nos dépenses dans l'érection de notre petit chez-nous. L'ambiance générale de la pièce laissa Elisa de marbre devant son assiette. Je daignais de la convaincre mais en vain. Je pris bientôt mes effets et le volant direction l'épicerie la plus proche. Le voyage je l'aimais. Sauf quand il s'agit de ce genre de déplacement. Car il me conduit toujours au point de départ. Pied gauche sur l'embrayage, le droit sur l'accélérateur. C'est parti. Me voilà condamné à faire cinquante-huit bornes. Aller-retour. Tout ça pour des viennoiseries. Je traçais ma route, direction Monchimel. La radio ne diffusait pas les résumés. Je sorti alors mon CD et commençai à marmonner des paroles, comme si j'étais parfait bilingue. Arrivé à l'embranchement menant à Monchimel le traffic se figea. Et voilà. Une collision frontale venait de se produire. Sûrement encore une pendaison de crémaillère où la règle de la droiture du pas de marche du conducteur n'avait pas été appliquée. Devant moi, un monospace et à son bord une petite famille mondaine. On y distinguait le père au volant, la mère à la place du mort, l'adolescente rebelle coté fenêtre gauche, la plus petite dans son siège coté fenêtre droite et au milieu de l'ainée et de la cadette, le frère obligé de subir ce voyage oppressé par ces deux soeurs. A voir leur accoutrement ils devaient sûrement se rendre à la messe de l'église Saint-Bardamu de Monchimel. Moi j'étais seul, dans ma berline, piteusement vêtu d'un pull et d'un baggy. Derrière moi, quatre banlieusards dans une Polo tous les quatre tenaient une cigarette à leur main. Je ne puis les décrire séparément car ils se ressemblaient tout les quatre, presque à s'y méprendre malgré la différence de couleur de leur training. Il y aurait pu avoir un parallèle entre eux et moi. Mais ma voiture disait le contraire. Après une bonne demi-heure le traffic retrouvait sa fluidité d'un dimanche. Je me garai devant une petite maison de briques rouges et couverte par un toit en tuile dont la mousse avait pris empire sur celui-ci. Je sorti avec une dégaine de zonard. L'habit ne fait pas le moine, mais il fait la dégaine ! Dans ce baggy on ressent le désir de se pavaner comme si la vie était un long fleuve tranquille. Je pénétrai dans l'épicerie, le tintillement des cloches placées au-dessus de la porte d'entrée n'aidait pas ma migraine de la veille à se porter mieux. Je commandai une demi-douzaine de viennoiseries en tout genre, une tarte aux pommes et un billet à gratter. Pendant un moment ma commande me fit hésiter de la conviction que j'avais de savoir ou j'étais. Etais-je dans une épicerie? Une boulangerie? Une librairie? Ou bien les 3 simultanément? Je me dis que ce genre d'établissement serait bien utile à Drauville, surtout s'il est ouvert le dimanche. Je grattai le billet et celui-ci me permit de rembourser la totalité de ma commande. Cela aurait pu égayer ma journée mais je ne suis pas de ce genre là, à laisser l'argent prendre le dessus sur mon bonheur. Et heureusement ! Bien pauvres sont les hommes riches. L'argent n'achète pas le bonheur, il peut y contribuer mais seulement si l'on est matérialiste. Mais être matérialiste est déjà en-soi échapper au bonheur. Moi j'aimais juste gratter le billet. Je remontai dans ma Berline et je traçais de nouveau ma route. A fond de balle. Pressé de retrouver le bonheur que me procurait ma tendre faiblesse. Moi si fort auparavant et elle si faible. L'amour a conjugué nos forces et maintenant ses désirs fortement prononcés sont acceptés avec faiblesse de ma part. Je garde tout de même le monopole de la télécommande. La longueur sempiternelle des plates-bandes s'apprêtait à me faire somnoler lorsque je vis le panneau indiquant la sortie pour Drauville. Arrivant comme le navire ramenant la nourriture au peuple affamé lors des famines, ce fut la désillusion totale quand je la vit affalée sur le divan, avec son assiette vide. La colère voulait m'envahir mais la vue de son visage d'ange la fit redescendre et je me hâtai à ranger les provisions pour enfin pouvoir me coller à son corps et passer un bon dimanche en cuillère.


Je me suis réveillé avant elle. C'est chose fréquente depuis qu'on a emménagé. Le réveil est posé sur la table de chevet, la seule de la chambre, qui est de mon côté. Je n'ai pas à me plaindre car cela m'offre une chance unique, celle de pouvoir admirer les traits de son visage, illuminés par les premiers rayons du jour. Son visage, le jour de notre rencontre, était rayonnant. Bien que nous étions dans un printemps glacial, ce sourire qu'elle avait quand elle me regardait, annonçait déjà la venue d'un été exceptionnel. Elle faisait de la concurrence au plus beaux paysages que j'avais pu admiré dans le passé. Elle était même plus magnifique. Ajouter son beau visage et ses charmantes formes à ceux-ci les embellissaient davantage; ainsi la cascade d'eau clair entourée par la forêt sauvage la plus colorée et la plus prisée par les rêveurs romantiques; cette image de la nature parfaite que je gardais depuis mes cours de relaxation, était désormais terne, sombre et monotone à côté d'elle, qui était nue dans le petit lac alimenté par la cascade assourdissante devenue muette quand elle sortait de l'eau; elle avait un halo dorée autour de son corps, ce tissu de peau qui gardait dans ses tréfonds, l'âme d'un ange, l'esprit sain d'un sage et la beauté d'une sirène; le halo était tellement puissant qu'il redonnait des couleurs à la nature et donc, lui redonnait la vie. J'étais cette nature. Depuis son arrivé dans ma vie, elle m'avait donné l'opportunité de renaître, dans un arc-en-ciel, dont chaque couleur prenait un sens, et ces sens n'avait qu'une direction, elle. 
Je restais toujours assis, à l'admirer pendant des minutes entières, des belles minutes, des minutes passant comme des secondes, des secondes que je n'avais pas assez dans ma vie, une vie c'est trop court pour dire d'avoir profité de la vue que son visage m'offrait. Elle avait depuis notre arrivée à Drauville, l'étrange habitude de toujours se réveiller une heure et demie après moi, ce qui me laissait le temps de lui préparer un déjeuner comme elle les aimait tant. Un thé vert bouillant, dont l'eau avait pris le goût du sachet lui même, un yoghourt frais, deux tranches de brioche tartinée de chocolat et du muesli. Pendant que je le préparais sur un plateau parsemée de pétales de roses, je buvais mon sucre au café tranquillement. Je mettais tellement de sucre que ma tasse était telle une mer, dont le sucre était à la merci des rotations que j'effectuais avec ma cuillère, la même depuis deux ans maintenant. C'était une cuillère en argent qui appartenait à ma grand-mère, décédée il y a deux ans. Elle aussi touillait son café chaque matin avec cette cuillère. C'était le seul héritage que j'avais eu d'elle. Cette cuillère avait bien trop de valeur affective pour que je la vende bien que le prix que m'aurait proposé un fervent collectionneur d'argenterie nous aurait permis, pendant quelques mois, de vivre avec un peu plus d'aisance. Elle s'est réveillé. Elle me remercie pour le petit déjeuner avec un baiser fougueux comme elle savait si bien me les donner, avec ses lèvres encore chaudes et humides à son réveil. On a parlé de nos rêves pendant qu'elle terminait son yoghurt. Pendant que je lui racontais le mien qui était toujours le même, je ne pouvais détacher mon regard de la moustache dessinée par son yoghurt. Chaque fois, je la lui enlevais avec un baiser que je déposais sur elle et chaque fois cela se terminait de la même manière. Les rideaux baissés pour laisser la lumière pénétré légèrement dans la pièce, la musique à fond pour éviter de choquer les rares passants de notre rue, des bougies pour le romantisme et des vêtements éparpillés dans toute la chambre, déchirés par la passion torride qui animait nos corps ébouillanté par l'insatiable envie de l'autre. C'était comme un jeu. Celui qui donnait le plus d'amour remportait la victoire. Cela dit, celui qui recevait le plus n'essuyait pas une défaite. C'est ça la beauté de l'amour, du notre, c'est un jeu dont chacun est toujours gagnant. Après ces ébats intenses, nous avons pris une douche, nous nous sommes lavés l'un l'autre, nous avons ris, ris de bonheur, lorsque l'on se taquinait sur les particularités physique de chacun. Ça aussi c'était un jeu, et je perdais à chaque fois car la perfection résidait dans son corps. Je n'arrivais jamais a la taquiner autant qu'elle le faisait, mais je ne me vexais pas, bien au contraire. Je me sentais si fier qu'avec ce corps pareil, j'avais réussi à rendre éperdument amoureuse la plus belle merveille de la création divine. On s'est ensuite préparé à affronter la reprise du travail, après huit jours tranquille en amoureux. Ce soir on était tous les deux en salle. Cela m'arrangeait et elle aussi. On pouvait continuer notre petit jeux, même si certains clients seront sans doute choquer de notre promiscuité. La haut, on ne regardait pas ce qu'on faisait durant le service et on ne prenait pas en considération l'avis du client. On s'en tamponnait donc le coquillart de l'étonnement du client. On avait juste peur pour notre travail. Si le restaurant venait à fermer, les portes de notre maison le serait aussi. Et notre insouciance dûe a notre jeune âge nous avait omis le moindre songe concernant un avenir professionnel meilleur. Mais ça aussi on s'en tamponnait car on avait pris cette habitude et pour rien au monde on ne l'aurait changé. On avait réussi à déménagé pas trop loin de là où on travaillait, pourtant on aurait bien voulu partir à l'autre bout du monde. Seulement c'est cette même insouciance naïve qui nous retenait dans cette contrée sans charme. Quinze heures sonnèrent. On se mit en route, pensant déjà à la lointaine fin de service, qui était autant attendue qu'un bébé par une mère infertile. 

On était déjà très en retard. Madame tenait dans l'absolue, bien que cela soit absurde, à se démaquiller pour mieux se remaquiller. Sois disant son trait était mal tracé et sa crème était trop sèche. J'ai, comme tous les hommes, attendu de longues minutes devant la télévision pendant qu'Elisa refaisait sa figure. C'était un reportage sur les tribus du Cameroun. Assez intéressant, cela dit, triste... et dénué de sens. J'éprouvais de la peine, non pas pour la tribu, mais pour chaque membre de celle-ci individuellement. L'effet de groupe, sur moi, ça me rend insensible à tout. Un troupeau humain, ce n'est que de la chair et des os. En groupe, l'esprit se conforme et, malheureusement, perd tout l'intérêt qu'on serait tenté de lui porter. Mettez une affiche choquante d'un enfant africain mourant, vous éprouverez sans doute de la peine pour lui, et lui seul. Vous ne penserez pas aux millions d'autres enfants dans son cas. D'ailleurs si vous mettez la même photo mais avec ce millions de gosses défavorisés, vous ressentirez moins de pitié. Effet de groupe. Vous ne seriez même pas capable de reconnaître l'enfant de la première image. Non pas à cause de leur piteux état identique, ni de leur nombre. Simplement parce que vous ressentirez moins de peine pour lui seul. C'est ce qu'on appelle plus communément l'empathie. Partagez votre pitié en plusieurs millions et vous vous direz sans doute "On ne peut pas tous les sauver". Véridique mais, hypocrite. Vous auriez été prêt à tout faire pour le premier enfant, mais quand ils sont en nombre on abandonne. Soulignons aussi que le premier vous n'aurez rien fait pour lui au final. Même pas 10 minutes après la vue de ce panneau on oublie déjà, et on ne verse même pas un liard pour une association aidant ces enfants. C'est juste une manière de soulager sa conscience devant l'atrocité du panneau. Et si vous étiez en groupe, sans doute l'un d'entre vous aurez dit "Il faut faire quelque chose" et de votre voix ou non vous auriez approuvé sa parole. On a honte devant cette affiche qui d'ailleurs montre la plus grande erreur de la nature qui soit. Être un être humain. Quand on sait le budget que certains ont, notamment les différents gouvernements internationaux consacrés à la question, on ose encore demandé au peuple de cotiser par "solidarité". Comme si on cotisait déjà pas assez avec la sécurité sociale. En y réfléchissant bien, le coût qu'a nécessiter la réflexion, la production et la distribution de cette affiche, on aurait pu en sauver combien des petits noirs? On paye cher et vilain pour dire au gens à faible revenu ce que devrait faire les gens riches. On apprend au femme à ne pas inciter au viol. On apprend au propriétaire comment ne pas se faire cambrioler. On apprend à l'élève comment ne pas rater. Ça résume bien notre monde actuelle, monde merdique où l'on abolit la race pendant que l'on érige une nouvelle division populaire, la hiérarchie. On avait déjà dû attendre des siècles avant d'arrêter [partiellement] cette ignoble division de l'être humain. Et voilà-t-y pas qu'on remet une nouvelle division en place. C'est ça aujourd'hui l'illusion du changement. On garde le même concept mais on change sa nomination. Et une marée humaine claquent des mains. Et le cycle se répète. Depuis des siècles. Triste vie, pauvres hommes, misérable être humain. Sinon, c'est beau l'Afrique. Ça vaut le détour, mais pas la migration. Elisa avait enfin, O Dieu merci, finit son ravalement de façade. A coup de graisse de baleine et de chimie puante. Heureusement, elle était toujours belle, cette amour de femme. On démarre donc. J'ai décidé de passé au magasin de Monchimel avant. Je voulais faire un Lotto. Juste par plaisir de cocher des cases. Puissent-elles être les bonnes. S'il vous plaît. Ou non. Enfaite, Je m'en contrefiche. Je coche le deux, le neuf, le six, le quinze, le vingt et le seize. J'ai l'irrationnel fervente conviction que choisir les numéros de notre date, de mon anniversaire et de notre année de rencontre allait me faire remporter le jackpot. Ou alors je ne savais pas lesquels cocher. Je ne sais plus. Je les valide et une réflexion se bousculait dans ma tête. Supposons que mes numéros sont les bons mais que quelqu'un d'autre a, comme moi, une fervente conviction ou une panne d'inspiration – bien sur avec les même numéros – serais-je optimiste en me disant que cela fait deux gagnants donc deux "heureux" – Les gens en seront convaincus mais honnêtement seul mon sosie providentiel [si le destin existe de manière irrationnel, seul dieu en est le maître du jeu] sera heureux – ou alors serais-je pessimiste en me disant que cela fera deux fois moins d'argent donc deux fois moins de bonheur? Honnêtement, tous le monde dans cette situation tend vers le pessimisme. Moi je m'en contrefiche. Je suis pas matérialiste, ni assez altruiste pour verser un acompte à des associations. Dans cette réflexion, j'ai fais une tentative d'empathie vis à vis de l'homme Alpha ou plutôt Bêta; à l'oreille ça sonne mieux avec ma conception de l'homme. Et fort heureusement j'ai eu le courage de penser par moi-même. Voir comment peut on venir à penser de tel chose pour de l'argent qui plus est, non mérité, m'a rebuté de l'espèce humaine. Encore une fois. Je m'y habitue maintenant. Heureusement il y a Elisa qui, à sa vue, m'efface tout ce négativisme que j'éprouve envers l'homme. On est arrivé devant le restaurant. Pas de place. Comme à chaque fois à Marlange. Va falloir payé l'état pour garer mon véhicule qui semble autant leur appartenir qu'à moi, sur un espace physique que la terre nous offre mais que l'homme, dans sa grande cupidité, a réquisitionné sans jamais se demander si personne avant lui n'avait obtenu droit de propriété sur le dit-espace. Comme personne n'avait eu cette idée loufoque, l'homme l'a trouvé lui même. Je lui lèverais bien mon verre pour son ingéniosité mais je n'avais pas trop de temps pour souligner sa bêtise par un geste symbolique. On allait se faire remettre les pendules à l'heure par notre chef. Il s'exclame avec un "Vous en avez mis du temps !" de sa voix roque, portante et insupportable. Avec une ironie incommensurable je lui réponds "Et du caoutchouc sur le tarmac ainsi que du dioxyde de carbone dans l'air pour venir remplir notre devoir de contribuable, O grand chef de l'art culinaire. Nous vous sommes redevable de nous octroyer un salaire des plus raisonnables pour payer ce qui nous ne appartient pas, à nous misérables terriens. Remercions la terre pour vous avoir donné le pouvoir d'emprunter ses biens. Nous vous en sommes reconnaissant, pardonnez notre retard." Il n'a pas semblé avoir apprécier ma réplique mais a l'évidence même, il semble l'avoir compris à demi-mots. "Ça va pour cette fois." qu'il a dit. Il est parti. 
Ce grand dadet, avec son costume flamboyant et ses chaussures de clown, portait les traits néfaste qu'apporte l'alcoolisme au répugnant corps humain. Il diffusait l'odeur de son tabagisme dans tout le restaurant. A chacune de ses paroles le whisky émanant de sa bouche cancéreuse se répandait telle une fragrance autour de celui qui, par inconscience, s'approchait trop de sa vieille façade éclairé par les spots du restaurant. Il y a avait déjà eu plusieurs plaintes. Ce qui l'a sauvé lui, ce grand bonhomme, c'est le fait qu'il était la seule solution du Grand Chef. Derrière mes mots empoisonnés, j'éprouvais quand même de la sympathie envers lui. Il nous avait plusieurs fois sauvé la mise, en cachant nos erreurs de débutants. On l'aimait bien lui, mais seulement quand on avait besoin de lui. C'est bien la seule qualité qu'on peut malheureusement lui accordé. Quatre heures sonnèrent. Le service va débuter, nous sommes tous au taquet. Près à stopper l'hémorragie du coup de feu qu'on allait se prendre dans la gueule. 
Comme d'habitude, le service a commencé calmement, trois longues heures interminables à attendre qu'un client pointe le bout de son nez pour vider son portefeuille, quittance sur laquelle je toucherais un infime pourcentage, négligeable pour le Grand Chef. Bienvenue au vingt et unième siècle. Plus de deux cent années se sont écoulés depuis l'avènement de ce système économique. Ce système n'est pas vraiment nouveau. C'est encore une nouvelle nomination d'un concept qui perdure depuis plus de deux millénaires. Le changement c'est une illusion gobée par les cons. J'étais en quelque sorte le petit vassal du grand suzerain culinaire. Je m'occupais de son fief en récoltant les pièces, les billets et les cartes bleues, je le protégeais en cas de mécontentement d'un client, je lui devais une rente foncière. Dix-neuf heures. Nous avons mis une heure à préparer la venue des clients. Les deux autres heures on s'est fatigué inutilement à faire des dizaines de fois le tour du restaurant pour s'assurer que tout était prêt. Dix neuf heures, les premiers clients siègent à leur table fraîchement dressées par nos soins et attendent patiemment leur festin. Je leur ai apporté un vin rouge bordelais dont la valeur équivalait à huit heures travail. Depuis que je travaille je calcule plus les prix en euro mais en heure de travail et depuis je suis minimaliste quand il faut faire les commissions. Je remplis mon rôle de sommelier sans laisser entrevoir une certaine lassitude qui tend à s'exprimer sur l'entièreté de mon corps. Je sers à monsieur, par galanterie bien entendu. Cet ignare camoufle son ignorance sur les grands vins en mimant les gestes accomplis par les pseudo-œnologue. Il souligne avec extravagance le goût, l'odeur et la viscosité. Je lui sers son verre aux deux tiers pour éviter de devoir repasser aussitôt devant ce détenteur de la science infuse dès grands vins. Je me suis demandé à l'instant où je servais le vin: Pourquoi monsieur goûte avant madame? Parce que monsieur paye l'addition? Pourquoi monsieur doit-il toujours payer l'addition? Par galanterie? Voilà des débats qui resteront éternellement ouverts; conséquence direct du profond encrage des conventions sociales dans nos esprits. Je me suis remis au passe. J'accueille les nouveaux clients, je leur débarrasse de leur veste, souvent toutes identiques donc galère à leur rendre en fin de service. Parfois elles sont d'un ridicule. Mais au final toutes les ridicules que j'ai vu, elles se différenciait par leur aspect physique mais elles se rejoignaient dans leur laideur. J'apporte aussi les assiettes brûlantes aux tables qui me sont dictées à voix haute par un roumain qui, souvent m'envoie à la mauvaise table à cause de son accent. Ce n'est pas de sa faute. Ce n'est pas la mienne. C'est celle de la cohue. Les gens dans un restaurant quand il est plein à craquer, ne contrôle plus leur voix ni leurs gestes. Ça crie par là, Ça hurle par ci. Ça ne fait même pas l'effort de me donner l'assiette quand je suis déjà coucher sur la table pour l'attraper quand elle est trop loin pour mon bras. S'il peut se permettre de venir manger ici, c'est que de nous deux c'est lui qui a le bras long. Car oui je débarrasse aussi, même si ça me répugne de devoir déverser dans la grande poubelle ce qui aurait pu être donné aux africains de l'affiche. Des fois je viens aux tables demander avec beaucoup d'hypocrisie si tout se passe bien. Je ne le fais par inquiétude de la bienséance de leur soirée. Je le fais pour les observer individuellement et prendre un malin plaisir à dresser leur portrait psychologique. L'autre jour une table de cinq. Un seul attira vraiment mon attention. C'était un gros monsieur chauve et barbu, vêtu d'une chemise dessinant l'immensité de la circonférence de sa panse. Le noeud de cravate était un double Windsor. Son pantalon était en velour, enrobant ses gigantesques jambons. Ses chaussures étaient polies et brillaient comme le faisait son crâne chauffé par le spot qui se trouvait juste au dessus, à la distance parfaite pour s'y voir dedans comme dans un miroir. Il avait sans doute eu peine à fermé sa ceinture, menaçant à tout moment de céder sous la pression de ses bourrelets où sans doute les habitants microscopiques se protégeaient de toutes lumières. Ses oreilles était asymétriques, son lobe pendait anormalement; s'il voulait faire un piercing on aurait dû rajouter quelques millimètres aux boucles pour traverser l'entièreté du tissu graisseux suspendu à ses oreilles difformes, pas attirantes à tout point de vue; un périmètre de sécurité d'un mètre et demi était recommandé pour éviter les assaults de postillons qui s'échappait de sa bouche à chaque fois qu'il la remuait. Ses lunettes  était trop petite pour lui, les deux branches le pinçait au niveau de la tempe mais heureusement pour lui sa masse graisseuse le protégeait de tout coup porté à cette zone. Sa moustache était brune au niveau de ses lèvres, sans doute la pipe qui dépassait de sa poche en était la principale responsable. Quand je venais près de lui, il baissait les yeux, il arrêtait de manger et buvait un verre d'eau plutôt que sa bière. Il avait eu du mal à choisir son plat quand j'avais pris sa commande. Il arrêtait pas de regarder autour de lui quand il mangeait. Il mâchait doucement mais dès qu'il ne sentait plus observé il se goinfrait à s'en faire peter la ceinture. Ce pauvre homme peinait à respirer et suait comme un bœuf après chaque crise de boulimie qui lui prenait. Je ressentais un peu de peine pour lui, pas parce qu'il était gros, c'est sa maladie donc son problème. Il était juste moqué par les tables voisines. Il avait certes une manière de manger assez troublante, relevant des questions sur sa psychomotricité. Mais pas de quoi amuser la galerie! C'est d'un ridicule. C'est typiquement humain. Je ressentais de la haine pour ses ignares qui au fond, avait ce vice de la jalousie pour la richesse qu'il laissait transparaître. Je n'avais pas spécialement de la haine pour ces gens là en particulier. Mais pour le troupeau à l'échelle mondiale qui se serait moqué de lui, même sans laisser transparaître le moindre signe sur un visage. Penser qu'il devrait faire un régime est déjà une faute grave, aberration de l'esprit humain qui enfuit ses complexes en soulignant celui d'un autre. Ce pauvre homme est sans doute rentré chez lui, pleurant à chaudes larmes le mal humain, le mal de sa propre espèce qui venait chaque fois qu'il mangeait devant ses semblables, hanté son esprit qui tentait de se rassurer en laissant croire que s'empiffrer, ça compenserait ce mal être et cela le rendrait plus heureux que ces détraqueurs. Un autre jour une femme seule est venu manger. Cette Vénus était squelettique, mince, chétive à tel point que la seule bousculade avec un individu a l'entrée des toilettes [Dans ce restaurant la porte est très étroite et les toilettes sont faiblement éclairés] lui aurait à coup sûr coûter son bras qui serait tombé sur le carrelage, brisé, devenu poussière de mille os. Le parallèle entre elle et la sculpture d'Antioche venait de leur incroyable ressemblance physique. Toutes les deux avaient les mêmes cheveux, le même visage et la même blancheur de la peau. Seulement elle était au moins trois fois plus fine qu'elle. L'étroitesse de ses hanches laissait peser un doute sur un éventuel trouble qui s'acharnait sur elle. J'ai confirmé cette hypothèse après l'avoir discrètement mais assidûment observée. Elle a pris deux Soda Zéro puis que de l'eau qu'elle buvait a plein gosier. Pas d'entrée ni de plat. Un seul dessert qu'elle a recommandé à mainte reprises. Ce qui était étrange, c'était qu'entre chaque commande, elle allait au toilette et, revenait chaque fois plus déterrée qu'elle ne l'était cinq minutes auparavant. Elle a arrêté son petit cirque après deux heures. Elle était tellement fine qu'on ne s'est pas aperçu qu'elle avait omis de régler la douloureuse. Après ce service j'ai établi une théorie qui s'est avérée fondée grâce aux preuves retrouvées dans les toilettes des dames. C'était une anorexique. Elle allait au toilette pour se faire vomir et se lavait les dents après pour éviter d'être démasquée. Son état de crise de boulimie la rendait tellement honteuse de ne pas obéir aux lois insensées que lui dictait Ana, la voix divine des anorexiques. Voilà pourquoi elle s'est défilé lorsque je suis venu avec la neuvième mousse au chocolat, qui avait fait mon grand bonheur car je l'ai discrètement déguster à la plonge. Cette femme était encore aussi mal que le gros monsieur. Elle n'était pas moquée par ce qui l'entourait mais par son propre esprit, envoûté par les mauvaises intentions d'Ana. Ces deux portraits sont similaires. J'en vois des dizaines chaque soir, qui peuvent souvent être regroupés. Plus je les vois, plus je ressens de peine pour ces individus. Plus je ressens cette peine et plus je vomis ma haine sur la soit disante intelligence supérieure appelée être humain. Il est odieux, vicieux et le pire, conscient. L'homme n'est que le pantin du vice qu'il subit.

Ce soir pas de portrait à dresser, pas trop de monde, normal pour une fin de mois. Les pourboires sont médiocres par conséquent pas de bière après le service. Faut dire qu'ici s'il y bien une chose où on est supérieur et inégalable, c'est bien pour la bière ! Plus de mille bières différentes et toutes renferment une douce ivresse, un parfum ardent et un goût des plus fins et des plus alléchants. Une fois qu'on y goûte les bières exportées sont trop amer, sans amour et ont le goût de la pisse.
Vingt trois heures trente. Fin de service. On prend congé de nos collègues affamés sautant sur le plat qu'on leur a offert et trinquant leurs demis, racontant de manière anecdotique leur journée. Elisa est fatiguée mais son visage ne perd pas un fragment de sa beauté, le plus beau diamant que j'ai vu. Je roule à bonne allure jusqu'à notre petit Chez-nous. Arrivé, fatigué et lassé de cette journée, je tourne la clé dans la serrure de notre porte vitrée et je chope mon pied sur la pile de courrier à jeter. Elisa rigole, je me relève, je l'embrasse, elle m'enlasse, nous montons nous coucher. Ce soir pas de jeux. Nous sommes bien trop fatigué. D'habitude je suis inondé de pensées avant de me coucher mais cette nuit je suis crevé. J'éteins la seule lampe de chevet, je souhaite bonne nuit à madame déjà endormie depuis son arrivée dans le lit, je l'embrasse sur le front, je me colle à elle en cuillère et je m'endors, comme si mon sommeil arrêtait le monde dans sa course folle, avant de reprendre demain matin, aux premiers battements de mes paupières.

Les semaines ont défilés, le travail continuait, la vie se rapprochait, à petit feu, de sa déprimante banalité. Il fallait dans l'absolue cesser de répéter les mêmes gestes quotidiennement. C'est une des causes de rupture. Je ne voulais pas la perdre, cet amour. C'est aussi ce qui nous rapproche le plus de la mort. 

J'ai trouvé, par hasard, une échappatoire à cette maussade banalité prolétaire. Cette offre alléchante ne nous détacherait pas du prolétariat auquel nous semblions attaché éternellement bien que nous ne nous plaignions point de notre condamnation seulement, un travail, toujours à proximité de notre domicile, relancerait notre désir de survivre. On ne travaillait pas par amour du métier, on travaillait car on nous obligeait, soit disant pour contribuer à la prospérité de la société, de besogner pour bien vivre, pour acheter des biens qui n'appartenait à personne, des biens que les animaux "voleraient" à l'homme. Je suis allé à la gare. Elisa avait pris la voiture pour rendre une visite à sa mère. La gare de Drauville, c'est un des derniers vestiges de l'histoire de la ville. Le siècle dernier on venait encore exploiter la richesse du sol et, par la même occasion, la poignée d'ouvrier naïf et désespéré qui creusait déjà leur tombe avant l'heure, rémunéré par les cendres des bijoux qu'ils dénichaient eux-même, par la seule force de leur main; on avait rebouché le trou de la mine, afin de construire Drauville, et par la même occasion on avait enterré les âmes et la preuve d'exploitation de pauvres mineurs. La gare était déserte, le guichet n'était même pas ouvert. J'ai dû payer à l'automate. Cette boîte à fric - appelons un chat un chat - était un des premiers signes de la disparition de la classe moyenne. La tirelire prenait les grosses cartes bleues des plus riches et les petites monnaies des plus pauvres. Heureusement il me restait suffisamment de pièces. J'ai attendu sur le quai, assis sur un banc, à contempler les rails qui se détérioraient; sans doute les avait-on oublier pour privilégier ceux des mégapoles. Le train est arrivé, à l'heure sur la montre, en retard dans ma tête. J'ai pris place et j'observais les gens, pressés de retrouver leur ville, angoissés par la nature que leur offrait les paysages de l'ancienne cité minière. Je suis descendu, dix minutes plus loin, à Chivenne. Les gens de la gare, figurez-vous, ils étaient tous les mêmes. Ils marchaient, couraient, parlaient, téléphonaient, riaient, ralaient sans jamais cesser d'affluer en masse, toujours en répétant les mêmes gestes. Dans des villes comme Chivenne, en temps normal, on se demande vraiment s'il y a autant de gens qu'on le dit et aux heures de pointes, on se noit dans la marée humaine qui répand son parfum répugnant de travail accompli. Les gens comme ça, ils se connaissent pas. Pourtant, chaque jour ils se croisent au matin, se rassemblent et se tassent dans les trains, ils ressortent, pour la plupart d'entre eux, dans la gare de la capitale où le travail est toujours plus intéressant, ils se quittent la journée et après le travail, se réunissent aux heures de marée haute pour ensuite se disperser dans la province, comme une artère distribue l'oxygène aux différents organes d'un corps répugnant. 

Je suis arrivé avec cinq minutes de retard. Chivenne, c'est un vrai labyrinthe, comme ceux des jardins italiens. La devanture de la librairie était recouvertes de tags, les escaliers de mégots et les fenêtres d'affiches publicitaires pour la plus grande arnaque que l'homme ait créé, la loterie nationale. C'est vrai, quand on voit les statistiques on devrait se résigner à y participer mais les hommes, dans leurs grands rêves de richesses, se laissaient berner par la suite de sept chiffres qu'affichaient deux fois par semaine, les escrocs de la chance. C'est absurde quand on y pense, pourquoi mériterait-on d'empocher cette somme colossale? Il n'y a aucun mérite à être le détenteur du ticket gagnant, la chance ne choisit ni celui qui mérite le plus ni celui qui n'en a aucun. Dieu, s'il existe, n'est alors point celui qui choisit les boules. Pourtant certains continue à prier pour remporter le gros lot. On peut en venir à la conclusion suivante: le croyant implorant Dieu de lui laisser la chance d'emporter le butin est un croyant qui utilise la foie à mauvais escient et, si Dieu est toujours là, il comprend vite que sa plus grande erreur c'est d'avoir créer l'homme qui, aux malheurs du divin, pense que son créateur l'a construit à son image. Si l'homme a été fait à l'image de Dieu, alors il n'est qu'une pourriture. Mais moi, bien que cartésien et influencé par les diverses philosophies qui ont éclôt dans le temps, je pense que Dieu, c'est un type bien qui a fait une erreur en nous créant et qui, par divers principes moraux, ne peut nous exterminer pour sauver sa création. Et j'en viens même à en être miséricordieux, en pensant à lui, qui rit et qui pleure, dans le silence céleste du paradis vide de tout être qu'il aurait souhaité voir prospérer. Si Dieu pardonne vraiment tout, c'est que l'enfer est pure invention des cathos. J'espère car il doit bien m'en vouloir là-haut, à critiquer sans cesse son œuvre. Mais sa compréhension est telle qu'il me pardonnera. Amen.

Je suis rentré, c'était vide. Pas un client. Normal, ils sont tous entrain de bosser. J'ai pas su quoi dire alors j'ai salué le vieux libraire en chemise à carreaux bleus et rouges. Je lui ai demandé un paquet de cigarettes. Je voulais lui montrer que s'il m'embauchait, avec Elisa bien sûr, on consommerait ici. Je lui ai ensuite parlé de l'annonce "Recherche employés à temps plein, acquérant une connaissance variée en tabac, magazine, journal, littérature". Il ne bougeait pas d'un poil, le vieux. Il continuait de fixer son regard sur moi, sans doute n'avait-il plus vu un client depuis quatre vingt cinq jours.

Giraque dans Littérature.
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