RETROUVAILLES (3) suite

Je l'ai peu connu, mai mes parents m'ont dit qu'il était doux, calme et d'une grande bonté.

Ses parents, fermiers d'une grosse propriété de la Haute Ardèche l'avaient élevé dans le respect d'autrui et du travail bien fait..
Lui-même, à la mort de son père, a repris la ferme qu'il a pu acquérir quelques années plus tard.

Malheureusement, des bruits de guerre couraient un peu partout, et les citadins des villes voisines se précipitaient chez mes grands parents, afin de faire des provisions de différentes denrées que le brave paysan leur vendait pour un prix dérisoire.

Puis, un jour, la guerre se déclara et mon grand-père fut mobilisé.


En période d'accalmie, il passait le temps en faisant des sculptures sur bois. Je me souviens maintenant qu'il avait fait une canne si semblable à la vôtre que j'ai cru un instant revoir celle de mon grand-père.

Les enfants, soudain, ne bougeaient plus.
Lancelot écoutait le récit de sa maman avec un grand intérêt et Arnaud dormait toujours profondément dans les bras du vieillard.


- Dits-moi, madame, comment s'appelait votre papa ?
- Jean Pellegrin. Il est né en 1845 et la vie fut très dure pour le couple qui avait déjà quatre enfants
en bas âges lorsque je suis née.

Le vieil homme souriait malicieusement ; ce qui intriguait toujours Madame de Barruel.

- Excusez-moi, Madame, mais je souhaiterais vous poser une dernière question.
- Je vous écoute.
- Pouvez-vous me donner le prénom de votre grand-père ?

- Lorsque je suis née, celui-ci avait déjà cinquante huit ans. Je l'ai vu de rares fois venir manger à la table familiale ; mais il ne s'attardait jamais très longtemps. Comme je vous l'ai dit, c'est la canne sur laquelle il s'appuyait pour marcher, ayant reçu un éclat d'obus dans la cuisse lors de la guerre, qui a réveillé mes souvenirs.
Vous me demandez son prénom : Louis, c'est ça. Louis Pellegrin.

- Ma petite fille, viens que je t'embrase. Je suis là ; et bien vivant.

Madame de Barruel faillit s'évanouir. Monsieur Pellegrin eut juste le temps de poser le petit Arnaud afin de la retenir.


C'est le moment que choisit Monsieur de Barruel, de retour des champs, pour arriver. Il fut très étonné du spectacle qui s'offrait à ses yeux.

- Enfin, Julie, que t'arrive t'il ? Et vous, Monsieur, qui êtes-vous ? Que se passe t'il dans cette maison ?

Madame de Barruel ouvrit les yeux, et devant le regard interrogateur de son mari, elle ne laissa pas le temps de répondre à Monsieur Pellegrin.

- Thomas, je te présente mon grand-père.

- Mais ma chérie, tu délires. Ton grand-père est décédé depuis bien longtemps déjà. Que t'st-il arrivé pour que tu sois dans et état ?


- C'est notre papi, c'est notre papi, s'écrièrent les enfants qui s'accrochaient à la houppelande de leur arrière-grand-père.

- Enfin, donnez-moi des explications, dit Thomas.
- Voilà, dit Madame de Barruel. Lorsque ce monsieur est arrivé, je cherchais les enfants qui s'étaient cachés ; mais quelque chose en lui ne m'étais pas inconnu. De plus, en un éclair, j'ai vu sa canne dans mes souvenirs d'enfant.

- Qu'a t'elle de si important cette canne ?
- Elle a un serpent gravé autour. Et lorsque grand-père venait manger à la maison, il avait déjà cette canne.
- Mais alors, comment se fait-il qu'après une si longue absence vous refassiez surface ?
- Ceci est une longue histoire. Si vous le permettez, je vais m'asseoir pour vous la raconter, car ma jambe me fait souffrir si je reste trop longtemps debout sans bouger.


A suivre...


-

douce rose dans Littérature.
- 895 lectures - mention j'aime

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies. En savoir plus.