RETROUVAILLES (4) suite et fin

Et Louis entreprit de narrer sa longue histoire.


- "Comme vous l'avez appris, lors de la guerre de 1870 ; je fus blessé par un obus à la cuisse. J'ai fait une grosse infection et les médecins pensaient m'amputer. Je restais à l'hôpital pendant deux ans, subissant plusieurs interventions. J'avais maigri, n'étant plus que l'ombre de moi-même. De plus, je n'avais plus goût à rien. Je ne marchais plus, car après une opération je restais handicapé.

Je marchais avec des béquilles. Moi, si svelte, si agile, adorant la marche, je me sentais diminué. Je jurais alors, que tant que je n'aurais pas retrouvé mon agilité, je ne sortirai plus en public.

Je me retirais dans une région désertique et sauvage, à l'abri des regards. Je vécus dans une cabane de berger, des produits de la nature. Tous les jours, je m'entraînais à marcher, au prix de terribles efforts. Ce fut très long, difficile et pénible.

Vous n'imaginez pas ma joie lorsque je pus marcher avec cette canne qui était devenue un fétiche pour moi.
C'est alors que tu me vis chez tes grands-parents, car j'étais fier de ma réussite."

- Oui, mais de cela il y a une vingtaine d'années et depuis ce temps-là, nous n'avons plus eu de tes nouvelles. D'ailleurs, je ne sais comment la nouvelle de ton décès nous parvint en 1885.


- Je vais vous l'expliquer. Je reconnais que mon silence vous a fait croire à ma disparition. Depuis 1885, j'ai été hospitalisé en sanatorium, car à la suite de mon séjour dans la cabane et de nombreuses privations alimentaires, j'eus la malchance d'attraper la tuberculose ; maladie redoutable dont on ne réchappait pas à cette époque.
J'eus un traitement très long, avec de nombreuses rechutes, mais mon courage et ma volonté eurent raison de cette maladie.
Maintenant que me voilà rétabli, je viendrais vous voir plus souvent.


Madame de Barruel demanda alors à Louis Pellegrin :

- Il y a cependant quelque chose que je ne comprends pas. D'habitude, les enfants ne sympathisent pas avec les inconnus. Ils accourent vers moi et ne me quittent pas.

- Ne sais-tu pas, ma chère Julie, que les enfants ne résistent pas à l'attrait de quelques friandises. Il ne m'a donc pas été difficile de les amadouer.
Ensuite, je leur ai dit que je leur confiais un secret, puis qu'on ferait une bonne farce à leur maman. Il ne m'en a pas fallu plus pour que ces chers petits anges acceptent la "bonne farce".

- Oh ! oui, papi, on va bien rire, dit Lancelot.

Arnaud, encore petit, ne comprenait pas très bien ce qui se passait ; mais comme il suivait son frère pas à pas, ce fut facile à Monsieur Pellegrin de réaliser son projet.

L'absence des deux enfants provenait donc du fait que leur arrière grand-père leur expliquait ce qu'il comptait faire. Lorsqu'il frappa à la porte, les enfants étaient cachés sous sa houppelande.

- Grand-père, maintenant, nous ne te laisserons plus repartir, dit Madame de Barruel.
Dans cette bâtisse, tu auras ta chambre, tout le temps que tu souhaiteras rester parmi nous. Je t'en prie, accepte, pour le bonheur de tous.

- Papi, papi, reste ave nous et raconte-nous encore des histoires. Et puis, on fera encore des farces.

Madame de Barruel lui dit alors :

- Grand-père, tu es ici chez toi. Tu ne peux refuser ce bonheur à tes petits enfants.
Qu'en penses-tu, Thomas ?

- Je suis de ton avis et de celui des enfants. Si vous permettez que je vous appelle grand-père ; je joins ma prière à celle de Julie et des petits.

- Bon, j'accepte, mais je ne veux pas être une charge pour vous.

Lancelot, je te donnerai ma canne et j'en ferai une petite pour Arnaud. Ainsi, vous aurez tous les deux un porte-bonheur qui vous portera chance, comme à moi-même.


Et c'est ainsi que le papi Pellegrin vécut les plus belles années de sa vie, dorloté par ses petits-enfants et arrières petits-enfants qui l'adoraient.


 

douce rose dans Littérature.
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