SARA, L'AMBITION MEURTRIERE

              SARA, L’AMBITION MEURTRIERE   

La sonnette retentie dans la cour du lycée à 16h. Elle vient à point nommé abréger nos souffrances causées par le cours insipide de grammaire. C’était un jour printanier merveilleux. Le TILLEUL, planté au milieu de la court de recréation diffusait un parfum sublime et onctueux. Les oiseaux tournaient en cercle dans un boucan assourdissant. La nature majestueuse se débarrassait de ses oripeaux. Dans la classe, le bruit des chaises, étouffait les paroles du professeur qui annonçait un test pour la semaine prochaine. D’ailleurs personnes n’est motivé pour cette matière. Le lycée aussi sordide qu’un pénitencier ne donne aucune envie d’étudier. Heureusement dans peu de temps je quitterai cet enclos. Je passerai mon BAC en fin d’année, sans un réel enthousiasme.

Je suis SARA, une jeune fille de 19 ans, d’une beauté exquise. Ma taille élancée, ma chevelure s’écoulait délicatement sur mes épaules jusqu'à la taille, mes yeux couleur de jade font de moi une belle créature. Je voyais dans les yeux des professeurs, des élèves cette envie brulante de m’acquérir. Je me sentais désirée, convoitée et j’excellais dans mon rôle de séductrice. Je suis le portrait craché de ma mère. Une vraie dame du nord. Sa beauté légendaire ne lui était pas d’un grand secours. Elle a épousée mon père, son cousin, un raté, ivrogne et violent de surcroit. Mon père travaille comme docker au port de Casablanca. Sa paie suffisait à peine à payer le loyer et sa ration  d’alcool. On habitait une maison vétuste à la médina. L’ingéniosité de ma mère en a fait un havre de bonheur. Je suis l’ainée, mes deux sœurs ont respectivement 11 et 6 ans. Elles ressemblent à des poupées Barbie. Nous étions la raison d’être de notre mère. Elle nous habillait comme des filles de nantis. Chaque fois qu’elle revenait chargée des articles de contrebande achetés à SEBTA, un colis soigneusement ficelé contenait nos fringues, choisi avec gout. Ma mère écoulait sa marchandise dans le quartier avec des facilités de paiement.  Notre maison était constamment prise d’assaut par les voisines, ma mère exposait fièrement les articles et ventait leur finesse et leur souplesse, parfois les clientes se disputaient un article avec violence. Elle s’interposait entre les belligérantes. Les voisines harcelaient ma mère par leurs demandes de mariage au profit de leur fils. Ma mère était inflexible sur le sujet, d’abord les études ensuite le mariage. Elle voyait en moi sa revanche sur le destin qui l’a spolié de son rêve.

HOUDA, ma voisine et camarade de classe, était une seconde ombre de moi. Sa maison était  adjacente de la notre. Elle vivait avec sa mère divorcée et sa grande mère infirme. Elles vivaient de la maigre pension de la vielle et des rentrées irrégulières de la maman. Nous étions inséparables, nos déplacements faisaient tourner les tètes de mâles frustrés. Notre infatuation débordante est devenue maladive. Nous trouvions un malin plaisir à voir les hommes saliver en nous déshabillant des yeux. Nous étions malfaisantes, par nos habits extravagants, notre démarche impudique, ainsi nous réveillons les démons blottis dans chaque homme.  HOUDA, une tragédie vivante, son visage inexpressif, d’une pâleur cadavérique mais son attirance était diabolique. Elle me racontait ses aventures amoureuses, son talon de séductrice, ses soirées branchées à AIN DIAB et sa stratégie de défense dans des situations périlleuses. Elle disposait d’une garde robe digne d’une star et son coffret à bijoux d’une magnificence incomparable. Elle cachait soigneusement son trésor à sa mère qui feint l’ignorance. Sur le chemin du retour à la maison HOUDA d’un air résolu me disait :

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SARA, nous gâchons nos vies dans ce lycée, la vie s’échappe de nos mains comme une poignée de sable. Tu es belle, désirable et ce capital n’est pas immuable, autant en tirer profit pendant que la nature est fort généreuse avec toi,
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Qu’est ce que tu me proposes HOUDA,
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Qu’on fasse équipe ensemble, c’est tellement simple, et ca rapporte. On fera des HOTESSES DE COMPAGNIE. Notre rôle est de tenir compagnie à des clients respectables lors de soirées branchées. C’est une dame qui s’occupe des rendez vous, du transport et de la sécurité des hôtesses. Si tu es intéressée je te présente à BATOUL, la patronne.
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J’étais figée devant la proposition de HOUDA, une fille si frêle, si  craintive. Elle a su cacher son manège à nous tous. Sa mère était certainement au courant des activités indécentes mais hautement lucratives de sa fille. Franchement j’étais tentée, une décharge électrique me parcourait l’échine d’excitation.

      - Je peux rien te promettre mais je préfère essayer d’abords, répondis-je.

                

      HOUDA, me demanda de mettre une belle tenue pour notre rendez vous avec la patronne. Dans un café huppé au centre ville, bandé d’une clientèle fort cossue, HOUDA, glissa un billet dans la main du serveur pour nous dénicher une table discrète.  J’avais les mains moites, une angoisse froide me tailladait le ventre, les regards impudiques me dévoraient, les sourires insidieux m’écœuraient. HOUDA, ivre de bonheur répondait avec obséquiosité et élégance. A peine installées, une belle sirène, descendais d’une Maserati plombant neuf. Le vigile, thuriféraire par excellence, se précipita pour lui tenir la portière et se prosterna  devant elle. Son entrée spectaculaire dans le café a créé une onde de choc d’une magnitude tangible. HOUDA, alla à sa rencontre arborant son plus beau sourire. BATOUL, était très raffinée, sa peau laiteuse luisait sous le soleil hardi du printemps. Ses yeux étincelants me dévisageaient avec une violence insoutenable. Elle prenait une cigarette d’un étui en argent, qu’elle cala entre ses lèvres pulpeuses et sensuelles. Elle me projeta un nuage de fumée plein la figure. J’ai toussée jusqu’aux larmes. Elle s’adressa à moi :

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HOUDA m’a parlé de toi en bien, j’espère que notre collaboration sera fructueuse pour nous deux, j’aimerai savoir davantage sur toi.
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J’ai déballée mon CV, rapidement. BATOUL, écoutait avec intérêt, sans me lâcher de ses yeux. Elle écrasa sa cigarette consommée à moitié, et se méta debout, me salua avec un sourire perfide et irrévérencieux. HOUDA, l’accompagna jusqu'à sa voiture, le vigile était déjà au garde à vous devant la portière.

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BATOUL est tombée sous ton charme, me disait HOUDA,
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J’étais dans un état d’anxiété lancinante, le bruit de mon cœur, amplifié par la vacuité de mon âme résonnait comme une cymbale en furie. Je voulais quitter ce lieu maudit, mais mes jambes refusaient de me porter. Des sueurs froides ruisselaient le long de ma colonne vertébrale. Je me sentais happée dans une dimension immatérielle,  ou mes valeurs, ma foi se trouvent désintégrés par la puissance de l’abondance qui se profile à l’horizon.

La nuit, dans mon lit, mes yeux sont restés figés à scruter le vide. Le matin, HOUDA, m’attendait sur le chemin du lycée. Aucune allusion n’est faite au sujet de l’événement d’hier. Apres la fin des cours, sur le chemin de retour, HOUDA, m’a remis un coffret en feutre :

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C’est de la part de BATOUL,
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J’ai ouvert le coffret, il y avait un collier en or, avec un pendentif gravé en mon prénom. J’étais émue devant tant de galanterie et d’attention.

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Il est très beau le collier, mais c’est pour quelle occasion HOUDA,
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C’est un gage d’amitié entre nous trois, et ce n’est qu’un début,
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Mais je ne peux l’accepter, sans raison,
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Il y a aussi autre chose, voila c’est une enveloppe de la part de BATOUL, pour renouveler ta garde robe. Ne crache pas dans la soupe. BATOUL est une comète qui se présente rarement dans l’orbite de nos vies crasseuses.  Si tu laisses échapper cette opportunité tu vivras le restant de ta vie dans l’amertume et le regret.
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J’ai pris l’enveloppe. Je caressais délicatement une liasse de billets. Je n’ai jamais vue autant de richesses. Mes inquiétudes et mes peurs, lénifiées par ce luxe ostentatoire, laissent place à une résignation et une paix interne. HOUDA, était heureuse. Encore une geisha au sérial.

Un vendredi HOUDA, sur le chemin de l’école me demanda de me préparer pour une sortie le samedi. J’étais sidérée, le moment tant redouté est enfin arrivé. Je me suis sentie malade, effondrée le teint livide de mon visage, rendait perplexe HOUDA.

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Qu’est ce que tu as SARA ?
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Tu m’as pris de court, que vais-je dire à ma mère ?
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Tout est réglé, LINA, notre camarade de classe, viendra demander à ta maman la permission pour que tu puisses assister à son anniversaire.
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   Des crampes douloureuses me tailladaient le bas ventre. Je voulais simplement disparaitre, devenir un nuage dans un ciel azur.

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SARA, on ne joue pas avec BATOUL. Elle est capable de nous détruire sans scrupules. Tu as accepté ses offrandes, donc tu dois honorer le contrat. D’ailleurs c’est quasiment sans risque. Sa clientèle est  généralement des vieux riches ou des patrons de grosses boites en quête de chair fraiche. Ils savent être galants et généreux si tu es docile. Je serais avec toi, et je te promets que tu ne seras pas déçue.
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BATOUL, est venue nous récupérer dans un café du centre ville vers 16H. Elle était heureuse de sa nouvelle recrue. Elle n’a pas cessée de me faire des compliments sur ma finesse, ma beauté et ma pondération. Elle s’adressa à moi avec un air magistral :

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SARA, notre métier est basé sur la séduction. Si tu maintiens cet air innocent simple tu iras loin. Nous sommes une équipe solidaire,  il faut se serrer les coudes et surtout être honnête. Tu vas croiser des gens riches et puissants, donc sois discrète et humble.  L’argent justifie tous les sacrifices. Vous allez tenir compagnie à des riches banquiers qui fêtent un juteux contrat. Tu te réfère aux instructions de HOUDA, je serai présente en cas de besoin. Maintenant avalez ce cachet, il va vous détendre.
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Arrivées au sommet d’une colline qui surplombe la corniche d’Ain Diab, BATOUL, s’arrêta devant un portail imposant. Un cerbère, d’une robustesse titanesque, s’inclina devant BATOUL, et nous invita à entrer. Jamais mes yeux n’ont vu une beauté pareille. Le sentier qui mène à la demeure était bordé d’arbres odorants et de rosiers à couper le souffle. Une verdure chatoyante s’étendait à perte de vue, des jets d’eau magnifiques dessinaient des figures éphémères mais d’une beauté exquise. Au milieu, surgit un palais fascinant, ou l’antique se mêle harmonieusement au contemporain. Nous gravions les escaliers en marbre étincelant, BATOUL, en tête du peloton, s’arrêta devant un portail gigantesque en bois massif à deux grands vantaux. Le portail s’ouvre sur une allée richement décorée en statues et tableaux de valeur, elle donne sur un salon aux dimensions incommensurables. Je me sentais éjectée dans un paradis. Jamais mes yeux n’ont caressés une beauté pareille. Le salon s’ouvrait sur une piscine très élégante. L’exubérance de l’ameublement et la somptuosité des décors lénifient mon instinct de conservation et oblitèrent les frontières de la décence. Une cheminée fascinante par tant de luxe et de prodigalité occupait le centre du salon. Des lustres d’une magnificence inégalée se détachaient d’un plafond, témoin de l’ingéniosité des maitres artisans. Un buffet royal dressé avec soin exposait des plats chatoyants et exquis. Jamais de ma vie je n’ai vu un luxe pareil.

Au milieu se tenait debout une dizaine d’hommes et de femmes. Des couples sur les canapés dans des postures impudiques, s’adonnaient avec joie à des attouchements suggestifs. BATOUL, comme une boulette de mercure fusionnait avec le groupe. Nous restions en retrait HOUDA et moi. J’ai cessée de réfléchir, je voulais simplement en finir et rentrer chez moi, retrouver ma petite vie de poisson d’eau douce, ma rivière calme et généreuse. L’océan insondable, ou je me suis engouffrée, scintille de mille feux sans repère ni balise, juste un marché de chair et de luxure. BATOUL nous invita à intégrer le cercle. Les yeux de rapace, me scrutaient avec intensité. J’étais la nouvelle recrue, les autres c’était de la chair avariée. Le concert de séduction battait sont plein, les hommes se rivalisaient pour décrocher le trophée du jour qui était bien sur moi. La fête était organisée pour célébrer un juteux contrat entre un groupe multinational et des banques. Les hommes étaient des gourous de la finance, j’ai reconnue certains qui passaient au journal télévisé lors de la couverture de symposium économique.

Je restais réservée et froide, HOUDA, habituée à ce manège me poussait discrètement à être flexible et accessible pour le plus offrant. J’avais une peur bleue. Les autres filles voyaient en moi une menace tangible, leurs auréoles disparaissaient, elles sentaient la fin de leurs carrières proches dans ce segment fort lucratif, la descente vers le pallier inferieur est devenue inéluctable. BATOUL, venait me chuchoter dans les oreilles :

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SARA, s’il te plaît va tenir compagnie à Mr  Dominique il se sent seul,
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Une goutte de sueur froide s’écoulait le long de mon dos. Le ciel s’écoula sur ma tête, je commençais à paniquer lorsque HOUDA s’approcha de moi avec un sourire rassurant :

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SARA, quelle chance d’être appréciée par Mr Dominique, tu vas passer les plus beaux moments de ton existence, sois seulement gentille avec lui, et surtout prends garde des autres filles.
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Elle me tira par le coude et me présenta à Dominique. C’était un type d’une cinquantaine d’années, trapu,  les trompes grisonnantes, une petite moustache jaunie par le tabac, des dents d’une blancheur étincelante. Il me salua avec une politesse et une galanterie raffinées. Ma peur et ma timidité ont ramollit mes défenses. Il dégageait une force de caractère impressionnante, je me sentais phagocytée par sa personnalité. Autour de nous le monde s’est évaporé. Je me sentais planer, moi, fille pauvre de la médina, échouée dans ce havre de luxure et de richesse, c’était une aubaine insolite. Dominique, se montrait courtois, il me parlait d’une voix rassurante, mon angoisse cédait la place à une béatitude éloquente. J’étais tellement obnubilée par son charisme que je buvais ses paroles faites de miel et lumière. Il me possédait, m’envoutait par son charme ses manières et sa bienséance. Dominique me proposa d aller chercher un peu de paix dans un coin tranquille. BATOUL, qui surveillait de loin, me faisait un signe approbateur.                               

 Dépossédée de ma faculté de discernement, je le suivais tete baissée, évitant les regards envieux des filles défraichies. BATOUL se frottait les mains de joie, sa pouliche lui a rapporté gros en notoriété  en privilège et sinécure. Sur le perron je prenais une longue bouffée d’air frais, à l’horizon le soleil amorçait sa descente perpétuelle vers l’océan. Nous empruntions une belle Mercedes noire. Je m’effondrais sur le siège en cuir, Dominique démarra délicatement sous l’air envoutant d’Edith PIAF. Il s’arrêta devant le garage d’une belle résidence sur le Boulevard d’ANFA. L’appartement était exigu mais équipé luxueusement. Le salon offrait le confort idéal pour une rencontre singulière. Un mini bar exhibait fièrement une belle collection de bouteilles d’alcool. Dominique m’offrait un verre au breuvage inconnu de moi. J’ai refusée poliment et j’ai demandée juste un jus ou une limonade. Il se débarrassa de sa veste et sa cravate. Il se méta à coté de moi, et commença à me poser des questions sur moi, mes études, ma famille, mes rêves. J’ai pris une gorgée de mon verre de soda, le gout me paraissait bizarre mais pas imbuvable. Dominique me caressait les cheveux, alors que moi je débitais des phrases peu cohérentes, il souriait. La musique si douce si éthérée m’emportait dans un univers de liberté absolue. Dominique me trainait par la main vers la chambre à coucher. Je suis rentrée fille et je sortais dame. Sur le canapé, j’ai piqué une crise d’hystérie violente, j’arrachais mes cheveux, je me giflais avec une violence démesurée. Il était désemparé, les moments de bonheur se sont vite retournés en drame. Il voulait me consoler, mais ma réaction était intimidante. Dominique appela BATOUL sur son portable. Elle arriva accompagnée de HOUDA. Elle me prenait dans ses bras avec amour et délicatesse. Elle me rassura que tout va s’arranger, seulement il faut faire preuve de courage et de lucidité.

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SARA, Dominique regrette cet incident et se dit prêt à te dédommager,
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Mais BATOUL, tu appelles ca incident ? Il m’a drogué et il à abusé de moi sans scrupules, et tu lui trouves des excuses. Que vais-je devenir ? j’ai perdue mon label de pureté. Il a brisé le rempart entre moi et la déchéance. J’ai envie de quitter ce corps souillé par ce porc.
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BATOUL me serrait si fort que je suffoquais. HOUDA, venait m’enlacer à son tour. Mon chagrin se dilua dans cette avalanche d’émotions perfides. Dominique m’a remis une liasse de grosses coupures d’EURO. BATOUL, m’invita à l’accompagner. Dominique, l’Homme, était réduit à un minus prosaïque.

Je recollais les morceaux brisés de ma vie. HOUDA, me soutenait avec zèle. J’ai échangée mes billets, j’avais une petite fortune entre les mains. J’ai ouvert un compte épargne. C’est décidé je ferai de mon corps un fond de commerce. Les sorties se multiplièrent, mon compte s’amplifiait. BATOUL est devenue sollicitée par la jet set, son écurie était très prisée. Ma mère, complice par son indifférence, justifiait  mes absences à mon père. Je m’occupais de mes sœurs qui me vouaient un amour indéfectible, ma mère n’a jamais demandée l’origine de mes dépenses, mieux encore, elle me faisait contribuer au budget familial.

J’ai passée mon examen du BAC, le résultat était catastrophique, je n’avais même pas le droit à la deuxième cession. C’était la rupture entre moi et l’école et l’alliance entre moi et la lubricité. Mon existence était liée à BATOUL, nous sommes devenues inséparables. HOUDA voyait d’un mauvais œil cette complicité naissante qui risquait de l’évincer du podium. Je faisais de mon mieux pour ne pas s’attirer sa foudre. Nous avions des intérêts communs et enchevêtrés qu’il fallait préserver. J’étais la coqueluche des soirées mondaines.

Un soir nous étions invitées à une soirée organisée par des gens du Golf. C’était le choc de ma vie. Le luxe ostentatoire était terni par la grossièreté et l’incivisme des bédouins, seul bémol, la nuée des billets en dollars qui pleuvaient dans une ambiance déchainée, impudique et surréaliste. Nous étions contraintes de supporter les incivilités parfois l’avilissement. Ils se comportaient en négriers, nous étions les esclaves. BATOUL, intervenait souvent pour lénifier, amadouer et surtout apaiser la fougue indomptable des étalons en rut. QUAISS, un bel homme d’origine syrienne, prêtait main forte à BATOUL. Il s’occupait des besoins des démons du désert. Il nous a fait savoir qu’il n’appréciait pas la conduite de ces barbares, mais son travail lui rapportait gros.

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Ils sont comme des gosses, incultes pervers et narcissiques, mais jamais ils ne lésinent sur les moyens. Leur générosité est à l’image de leur bestialité. Disait discrètement QUAISS.
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Il me proposa de venir travailler au Golf. Il m’assura de son soutien et de son parrainage. Son marivaudage convaincant a nourrit en moi l’espoir d’un avenir radieux.

Ce matin j’ai reçue le fameux sésame, un contrat de travail dans une grande chaine hôtelière au Golf. J’ai parlée a ma mère qui  restait dans l’expectative, c’était une simple formalité, ma décision était prise, je pars.

Arrivée à l’aéroport, entièrement couverte de hijab noir, QUAISS, était aux aguets. Il a usé de sa nébuleuse de connaissances pour me faire passer sans encombre. Dehors une chaleur dantesque me fouetta le visage. Nous empruntions une belle voiture, conduite par un asiatique, l’air conditionné rafraichit mon corps incandescent. QUAISS, assis a coté de moi, a pris mon passeport et ma pièce d’identité, il m’a dit :

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SARA, bienvenue dans le désert, lieu de désolation, de rusticité mais aussi de richesse et de luxure. A toi de choisir ton destin. Tu vas habiter un appartement  dans un grand hôtel avec une colocataire. Tu as tout ce qu’il faut, seulement garde constamment ton portable sur toi. Tu dois être joignable à n’importe quel moment. Maintenant monte te reposer on reparlera de ceci demain.
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QUAISS, n’était plus l’Homme fin, courtois et bienfaisant, j’ai vu en lui l’ogre, le carnassier, il est certain qu’il est du genre qui ne recule devant rien pour réussir. Dans la chambre, AYYA, m’ouvrait la porte. Elle était d’une beauté angélique. Un corps gracieux, des jambes élancées et glabres. Sur son visage une ecchymose, une lèvre fondue témoignent de la violence infligée à la fille. Elle m’a gratifiée d’un sourire terne et acerbe, puis s’en alla se vautrer sur son lit. Une peur bleue m’habita. Je refoulais mes angoisses et ma panique et je focalisais sur les événements heureux de ma vie pour tenir bon. Le soir AYYA, commanda un diner à servir dans la chambre. Nous étions attablées, la nourriture était très bonne mais l’envie ne l’était pas. AYYA, laissait libre court à ses larmes. Je l’ai prise dans mes bras pour la consoler :

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Qu’est ce que tu as AYYA, considère moi comme ta sœur, et si je peux être utile je n’hésiterai pas à te venir en aide,
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Tu n’y peux rien SARA, ni pour toi ni pour moi. Nous sommes en enfer, ici c’est une manufacture de destruction de l’Humain. Nous ne valons absolument rien, nous sommes juste deux morceaux de viande.
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Qui t’a fait ca ?
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Bref, passons cela fait partie de la déontologie du boulot. Tu vas t’habituer mais sois forte, beaucoup de filles ont succombées aux sévices de ce malade.
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Mais qui ?
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QUAISS bien sur. C’est une ordure de la pire espèce. C’était un célèbre bourreau en Syrie, mais une balle l’a dépossédé de ses attributs de masculinité. Il fut recruté par ces pervers de bédouins qui vivent toujours dans les temps ancestraux de la Jahiliya.
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La nuit, tous les démons du désert sont venus me tenir compagnie. J’étais paralysée, je suffoquais, aucun son ne sortait de ma bouche, je sentais ma fin proche. AYYA, allumait sa lampe et je me trouvais délivrer de  mon calvaire nocturne. Le lendemain, dans l’après midi, QUAISS, l’air  acariâtre me demanda d’être prête le soir. AYYA, me donna un coup de main et me disa :

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C’est ta première soirée, tu seras présentée au Cheikh, un vrai satrape. C’est un vieux pervers, maniaque de surcroit. Il est au dessous des lois. Il a droit de vie ou de mort sur n’importe quelle fille. Avec tout ceci, il est vénéré par sa piété et sa philanthropie. Tu dois rester calme et obéissante, surtout revient entière.
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Elle m’a remis un comprimé de valium, pour tuer la femme en moi et garder le corps. Je montais dans une voiture noire aux vitres opaques. Nous empruntons une route désertique, qui mène dans un océan de sable. A l’horizon, le soleil cédait la place aux ténèbres, lorsque surgi un palais, digne des contes de fées. Un portail gigantesque, était gardé par des hommes armés, une patrouille munie de chiens faisait des rondes le long de la muraille.  Le chauffeur pénétra à l’intérieur. Des palmiers géants se dressaient de part et d’autre du sentier qui mène au palais. La voiture s’arrêta devant une petite porte, une dame habillée en noir me prenait la main et m’introduisait dans une chambre richement décorée.  Elle me demanda de me mettre à poil. J’étais horrifiée, j’ai obtempérée sous  le regard menaçant du sbire. Elle a procéder à une prospection profonde, même mes parties intimes n’étaient pas épargnées. C’est dégoutant de se sentir palper comme une brebis. Elle me demanda d’enfiler une gandoura noire aux motifs cousus avec un fil d’or, et de la suivre. Dans un labyrinthe de couloirs ou régnait un silence de mort, nous progressions jusqu'à une porte qui donnait sur le jardin d’une beauté enchantée. Une fraicheur délicate enveloppait cet univers singulier. Au fond, une tente était dressée, c’était là ou le Cheikh passait ses moments de contemplation. La dame baisa la main du vieux et s’éclipsa. Il me tenda sa main rugueuse, je l’ai baisée à mon tour sous le regard bienveillant d’un énuque. Le Cheikh était d’une laideur repoussante, sa barbe fournie d’une couleur abominable, lui couvrait le visage. Il m’invita à m’assoir a coté de lui. L’énuque m’apporta une tasse de café imbuvable. Le Cheikh, tenait son chapelet avec sa main droite, avec la gauche, il se baladait dans mes cheveux, mes seins, ma croupe. Aucune partie de mon anatomie n’a échappée à ce vicieux. L’énuque est venu baisser un isoloir, le Cheikh m’a tirée vers lui. Au petit matin, l’énuque apporta une bassine pour les ablutions. Le Cheikh accomplit sa prière de l’aube, des larmes chaudes s’écoulaient sur mes joues. Le jour, j’étais enfermée dans une chambre très confortable, la nourriture était tres bonne aussi,  mais sans moyens de communication avec l’extérieur. Chaque soir le même scenario se répétait. J’étais lasse de servir de défouloir pour ce porc, un soir je lui ai demandé avec déférence d’aller en ville. La dame noire est venue me tirer avec une violence pathétique vers la voiture ou le chauffeur attendait le moteur en marche. Il démarra dans un nuage de fumée et de poussière. J’ai su que j’ai enfreins une règle fondamentale. Arrivée devant l’hôtel, QUAISS était là. Il s’engouffra à mes cotés, la rage dans les yeux. La voiture continua son chemin, jusqu'à une villa dans la périphérie de la ville. A peine la forte refermée, QUAISS, me gifla si fort que je sentais ma tête arrachée. Tombée par terre, il se donna un plaisir à me rouer de coups, il me battait comme un animal, sans pitié. C’était un pur massacre guidé par une haine et une rage sans bornes. Je me suis réveillée ligotée sur un lit sordide à même le sol. J’avais mal partout, une odeur putride planait dans cette maudite pièce. La demeure était inoccupée, j’avais la frousse surtout le soir, sans lumière sans compagnie. J’avais un morceau de pain et une bouteille d’eau pour me maintenir en vie. Je déféquais, urinais sur le lit. Dans ce mouroir la situation était désespérée, j’étais moins que rien.  Au troisième jour j’entendais la poignée de la porte s’ouvrir sur QUAISS. J’étais heureuse de voir une présence, même celle du diable. Il libera mes mains, et me demanda de le suivre. Il me ramena dans ma chambre d’hôtel. AYYA, me soutena jusqu'à la salle de bain ou elle  laissa couler l’eau chaude dans la baignoire.

Il m’a fallu deux semaines pour redevenir présentable, et mon calvaire reprenait à nouveau. Mon salut est suspendu au téléphone. Il fallait répondre à la première sonnerie, sinon, c’est la séance de démolition. Le chauffeur me déposait dans les lieux indiqués par QUAISS, me récupérait après l’accomplissement de la besogne. J’étais la chose, l’objet, une machine à sous. Mon existence est réduite à un simple sexe arrimé à un corps. Les clients aussi pervers les uns que les autres, manipulateurs, fourbes et dévergondés mais en apparence d’une respectabilité et d’une conscience irréprochables. J’étais ici depuis trois mois. QUAISS, empochait tout le fric que je gagnais et je ne pouvais même pas réclamer mon dû de peur des représailles. J’ai demandé à QUAISS, l’autorisation de parler à ma mère. Pour une fois il s’est montré humain. La voix rassurante de ma mère, pénétrait comme un bémol dans mon oreille. Elle a soignée les plaies de mon âmes et les larmes coagulées dans mes yeux  embuaient ma vue. Mes sœurs dans leur naïveté, me demandaient avec insistance de leurs apporter des bracelets en or. Je promettais de le faire à mon retour. QUAISS, méta fin à la conversation. Je l’ai suppliée  d’envoyer de l’argent pour ma famille. Il a simplement hoché sa tête.

 Un matin au retour dans la chambre, AYYA, n’était plus là. J’étais affligée. J’ai su par la suite qu’elle a été amortie et vendue à un autre réseau. Elle serait destinée à la plèbe. C’était le pire cauchemar, servir de déversoir pour les ouvriers étrangers et les drogués. Je me suis jurée que si cela m’arriverai je me donnerai la mort. Un jour QUAISS est venu accompagner d’une jeune fille. Elle était d’une beauté parfaite. Elle venait du Liban. Ses yeux débordaient de vie et d’espoir. Elle me parlait de ses ambitions, ses rêves, de sa famille et moi je voyais en elle déjà les stigmates d’une pestiférée, d’une loque. Au fond de moi j’ai eu beaucoup de chagrin pour elle, mais ici il n’y a pas de place pour les sentiments, nous sommes dans un désert de glace, ou l’instinct de survie l’emporte sur le reste.

 Un client insatisfait, équivaut  un passage à tabac. C’était la règle, et QUAISS,  était intransigeant sur l application de sa loi. Une fois, un client s’est plaint  de mon indifférence. Arrivée devant la villa des supplices, je savais que mon corps allait lâcher, je ne supporterai pas une raclée sauvage. Mes sens étaient à l’affut, j’ai esquivé un coup de poing, QUAISS était en rage, je me débattais comme une tigresse, ma main à agripper une bouteille, je l’ai cassée et j’ai planté le tesson dans sa jugulaire.  Le sang a giclé sur le mur. QUAISS porta sa main à son cou pour stopper l’hémorragie, vainement. Le chauffeur, ouvra la porte et tomba sur la scène macabre, il se rua sur la voiture et fila comme l’éclaire. Je rentrai à pied à l’hôtel, les habits ensanglantés,  lorsqu’une patrouille de police m’arrêta.

Actuellement je suis dans le couloir de la mort. Nous sommes nombreuses, pour des affaires similaires.  A l’aube nous redoutions le son des clés dans la serrure de la porte du couloir, qui annonce l’équipe de bourreaux venue prendre la vie d’une condamnée. Je donnerai toutes les richesses du monde pour retrouver ma famille et passer mon BAC. 

haroun8 dans Littérature.
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