Sirap - le violoniste - Partie II

Ce texte est une réponse à Sirap – Le violoniste - Partie I de Hubert-Tadéo Félizé.
Le Centaure me rejoignit dans l’ascenseur. Pendant qu’il refermait la porte vitrée d’une main, il me repoussait de l’autre, violemment. Juste à temps pour voir s’abattre une volée d’aiguilles qui se figeait contre la paroi, faisant éclater la verrière protectrice de l’ascenseur.

- Il était moins une qu’elles ne vous touchent. Une seule piqûre du temps, et vous tombez dans une léthargie profonde.« En arrière toute », s’écria le Centaure, dans un haut-parleur que je n’avais pas discerné dans un premier temps.

L’ascenseur vibra sur sa base et commençait à glisser le long des parois horizontales. Nous avancions dans l’obscurité de la face cachée des bâtiments de la ville, puis d’inclinaison, au départ ce fut très léger. L’angle par la suite prit une courbure déraisonnable, je m’adossais à la paroi, le Centaure fit de même.

- Encore quelques minutes, mon ami, nous touchons au but de notre destination.
- Nous allons la voir, votre Dame, le Chapouge ? C’est cela !
- Non, non, je ne dirais rien, tant que vous ne l’aurez pas vu. Répondit le Centaure.

L’ascenseur commença à se redresser et atténuait sa vitesse. Il s’arrêta net.

- Nous sommes arrivés ?
- Oui, elle sait déjà que nous sommes là. Tout ce qu’il se passe dans la cité Sirap, elle le sait déjà. Il baissa les yeux vers moi et continua « Vous allez enfin découvrir le Chapouge ».

Il ouvrit la porte en grand, j’entrais dans une pièce majestueuse aux lumières chatoyantes. Un trône vacant dans une semi obscurité, un autre occupé par une femme à la peau cuivrée, au teint vermillon. Son regard était souligné par des lignes bleues qui ondulaient sur son visage comme les océans ondulaient à travers les récifs.

Sa chevelure auburn était raccordée par des filaments tressés qui descendaient du plafond. Les fibrilles de lumières, où des illuminations montaient et descendaient comme de simples va-et-vient de vie électrique, pulsion de ses envies.

- Vous voilà enfin, cela fait des siècles que je vous attendais. Je suis Magdeleine, Comtesse du Grand-duché de Sirap.

Je compris en la dévisageant, que ce surnom de Chapouge venait de sa capeline d’une couleur rouge, presque pourpre. La couleur de la cité Sirap, la couleur du sang. Chapouge pour Chaperon Rouge, une contraction simple d’une histoire tellement lu, tellement évidente.

Elle avait grandi, ce chaperon rouge des temps modernes était devenu la Bienveillante Magdeleine, de la cité Sirap. Ses yeux d’une grande profondeur continuaient à me dévisager.

- Vous êtes tel que je me l’imaginais. J’ai toujours su que vous viendrez à moi. Vous avez amené avec vous votre violon ? Nous finirons par avoir à nouveau notre chance. Elle se mit à rire. D’un éclat de rire qui s’approche des éclats de Bohème.
- Comment connaissez-vous mon nom ? Comment diable avez-vous su que j’avais ce violon ? Troublé, je la regardais.
- Ne suis-je pas celle qui donne la vie et qui la reprend dans ma cité ? N’ai-je point le droit de connaitre l’avenir. Et je vous ai vu à travers mes songes, vous, votre violon et votre Walther PPK. Charles, venez à moi, j’ai tant besoin de vous. Elle me sourit à nouveau, me tendant une main bienveillante.

- Qu’est-ce que vous attendez de moi ? Balbutiais-je, pas très sur de moi.
- Un mariage, un meurtre, une solution à notre cité mourante. Tout cela et peu importe l’ordre, j’ai besoin de vous, Charly ! Offrez-moi la tête de la Reine Noire. Eclata-t-elle dans un rire cristallin.
- Peu importe le prix ? En êtes-vous certaine ? J’espérais ainsi gagner un peu de temps. Des meurtres j’en avais commis pour la pègre, mais tuer une femme, je n’avais jamais réalisé un tel exploit.
- Vous avez vingt-quatre heures pour réaliser cette besogne, la récompense sera à la hauteur de vos désirs. Croyez-moi, je n’ai qu’une parole, et je la tiens toujours.
- Qu’il en soit ainsi, Comtesse. J’accomplirai cette tâche. J’aurais besoin d’être accompagné jusqu’à la demeure de la Reine Noire. Je ne suis qu’un étranger dans cette cité. Il me faut un guide.
- Soit ! Le Centaure t’amènera jusqu’à son repaire. Un dernier point que tu dois savoir avant tout, ne la fixe jamais dans les yeux. A tes risques et périls, tu échouerais dans ton devoir, et notre cité serait à jamais perdue entre ses mains. Va, maintenant, va et effectue ton destin. Mon ami.

Elle fit signe de la main, et quelques garde-fous s’avancèrent d’une démarche mal aisée. Les garde-fous m’apportèrent un vieux parchemin, je dépliais la carte, et je m’appropriais du tracé qui menait vers le quartier de la Vieille-Morte, et le repaire de la Reine Noire, Mathilda.

- Charles, n’oubliez pas, Sirap est entre vos mains, réussissez, je compte sur vous. Me dit la Comtesse pourpre.

Nous partîmes de la résidence du Chapouge. Me voilà fin près pour un nouveau périple, par où commençait maintenant, mon ventre gargouillait, aurais-je le temps de manger un encas sur le pouce ?

- Centaure, je ne connais pas votre nom au fait, avec toutes ces péripéties, il serait peut être temps de faire connaissance en chemin, non.
- Je me nomme Hectorien, notre rôle dans la cité de Sirap est de conduire les âmes perdues entre les différents quartiers. Certains sont porteurs de temps, d’autres simplement des coursiers à la semaine. Moi comme vous avez pu le constater, je suis Taxien et Horlogien. Ainsi, j’apporte aux personnes ayant besoin d’une aide providentielle, le temps et les informations demandés.

- Je comprends mieux votre rôle dans Sirap. J’ai faim, où pourrions-nous dîner ?
- Il y a un restaurant fort sympathique, près de la gare aérienne du beffroi du Cherche-Midi. Vous avez dû voir les connections entre sa chevelure et les filaments électriques, elle commande tout à partir de ses neurones. Elle est la mémoire de Sirap.

- Très bien, cela me suffit, allons-y mon Hectorien. Au fait, l’argent, le moyen de paiement qu’en est-il ? Je ne suis pas sur d’avoir ce qu’il faut, comme étranger, je devrais peut être faire un échange.
- Pas d’inquiétudes à se faire, ici le fiduciaire c’est l’espace-temps. Tous les Sirapiens sont payés en temps, l’achat de nourriture, du temps, l’amour avec des prostiputes, du temps encore. Le temps c’est de l’argent.

Après avoir savouré les différents plats qui s’étaient présentés sur la tablée, Hectorien paya en posant sa paume sur une sorte de machine électrique. Un halo bleu accompagné d’un crissement électronique me fit comprendre que l’échange Espace-Temps fut saisi.

- La note est réglée, partons maintenant. Dit-il avec ferveur.
- Où allons nous, j’ai bien vu la carte, le tracé, mais cela me semble si loin.
- Montez, vous allez voir, un petit tour de passe-passe de la part d’une ancienne horde. Dans la cité, nous faisons parti des plus vieilles lignées, les Sirapiens ont beaucoup de respects envers nous, les Centaures.

Je grimpais sur son dos pour la troisième fois, je commençais à m’habituer à son pelage et au cuir de sa peau. Cette odeur âcre, une certaine animosité malgré tout demeurait en mon for intérieur.

- Accrochez-vous à moi, je vais créer le passage.

Hubert-Tadéo Félizé dans Littérature.
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