Sirap – Le violoniste Partie II

Ce texte est une réponse à Sirap – Le violoniste Partie I de Patrice Merelle.
Je contemplais les bâtiments autour de moi, il y avait quelque chose de surréel, aux premiers abords, je n’avais pas vu l’invraisemblable. « Mais, comment diable font-elles pour tenir sur leurs toits ?, abasourdi, je m’imaginais l’intérieur des appartements, des bureaux, quand, je me suis rendu compte que mes pas m’avait amené devant la façade d’un flûtiste. Je m’arrêtais, et je parcourais le nom de la devanture.
 
Un taxi-horloge venait d’arriver. Stupéfait, je regardai l’étrange attelage moitié homme moitié carrosse, accompagné de deux chevaux noirs, Il ressemblait à un centaure, un corps d’homme, sur un plateau à roues. Je n’arrivais pas à m’en faire une description plus précise. Quand une brume hivernale s’engouffra, au départ lentement, petit à petit, grignotant les rues une par une, les avalant sans aucun désir.
 
Le taxi-horloge cria à son tour « montez, dépêchez-vous ! Vous êtes en danger, les corbins noirs vont arriver. »
 
– Les corbins noirs ?
– Ne cherchez pas à comprendre, montez à bord. Hurla-t-il.
 
La brume magistrale blafarde changea de couleur, son opacité grise, son éminence grisâtre vira vers les ténèbres, et soudain je les vis.
 
– Hua da, cria le cocher taxi-horloge, « plus vite mes gaillards, que la poursuite s’engage, hua ! » il claqua les brides sur les flancs des chevaux.
 
Un vol ténébreux de corbins s’abattait maintenant dans les ruelles adjacentes, je me retournais et je découvrais pour la première fois la menace de volatiles armées de rifles et de revolvers.
 
– Qu’est-ce que c’est que ces drôles d’oiseaux ?
– Des Corbilleurs ! Des corbins mitrailleurs, la milice de nos villes. Dès qu’un étranger arrive, ils survolent de leurs ombres et se déploient sur la cité. Vous êtes en danger, vous n’avez pas les passe droits pour rester ici.
– Et alors ? Comment je fais pour quitter votre cité ? J’ai traversé le bitume de Paris, un tertre et de la terre, puis votre ciel étrange, si cramoisie. Et me voilà dans votre cité Sirap. C’est comme ça qu’elle se nomme, non ?
– Tout à fait, notre cité est vieille de plusieurs millénaires, Sirap la grande, elle s’étend du haut des cascades jusqu’au travers des champs de l’horizon pourpre. Je crois savoir qui pourrait vous trouver la solution pour repartir d’ici. Le Grand Chapouge.
– Le quoi ?
– Le Chapouge. Elle est la reine de Sirap. Vous verrez, un joli brin de fille. Hua da, Sobriquet. Hua da, Festin.
 

Les corbilleurs se rapprochaient de plus en plus près du centaure taxi, je sentais leurs piaillements stridents, et les balles fusaient de toutes parts autour de moi et une volée de mitraille s’écrasa dans une devanture d’horlogerie. Ce fut une cacophonie des plus monstrueuses. Comme le semblant d’une représentation des chants grégoriens de Carl Orff, de son Carmina Burana, quelques chevaux attachés à un réverbère, se détachèrent de leurs rênes par la force enragée de la peur, se sauvèrent, retardant quelques instants les corbilleurs poursuiveurs.

[à suivre]

Patrice Merelle dans Littérature.
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