SOMBRERO

SOMBRERO

Pendant que j'écrivassai sans nullement me soucier d'esthétique,
Contemplant par moments quelques écrevisses barbotant au sein d'un serpentin ruisseau,
Un étrange personnage vint à moi
Et ainsi s'adressa :
- " Oyez homme de lettres,
Ami des muses et des mots !
Je suis l'être obsolète
Programmé à disparaitre.
Oyez !
Je viens à vous
Enoncer la recette des idéaux défaits. "
Etrange personnage pensai-je à nouveau,
Peut-être est-il un cuisinier esthète
Ou un esthéticien étêté sans cerveau ?
Quelle drôle de tête avec son petit chapeau en trompette.
Et quel culot !
Il reprit :
- " Oyez ami des muses !
Il semble que vous vous amusiez à vous repaitre la vue
De ma silhouette d'asticot ?
Mais qu'importe homme de lettres,
Je vais et viens
Afin d'annoncer l'avènement des temps obsolescents.
Je suis l'être obsolète programmé à disparaitre
Après qu'énoncé j'aurais,
La recette des idéaux défaits. "
En aparté, interloqué par ses mots,
J'interpelle les écrevisses emportées à terre
Par la crue du ruisseau :
- " Ohé crustacés !
Que faites-vous ?
Restez dans l'eau !
Et malgré la défaite limpide de l'Eco
Prenez soin des ruisseaux ! "
Et l'être au petit chapeau,
De plus belle,
M'interpelle à nouveau.
- " Oyez poète !
Point dupe, je sais que vous n'êtes.
Entendez cependant la recette de l'être inutilement programmé à être obsolète. "
- " Livrez votre recette lui dis-je.
Je suis tout ouïe ô sombre héros. "
- Alors veuillez prendre notes ami des muses,
Ami des mots
De la recette des idéaux défaits,
Les ingrédients suivants il vous faut :
De beaux mots
Et des idées hautes,
Des mythes pas trop chauds.
Des figures de style,
Des métaphores,
Des utopies à point
Et des oxymores lointains.
Plonger le tout dans la marmite de la rhétorique.
Faire mijoter le temps d'une génération
Au feu des polémiques.
Déglacer ensuite d'un vinaigre philosophique
Et pour finir agrémenter des épices éphémères
De l'adhésion populaire.

Gouttez
Et vous tomberez de haut. "
L'être obsolète au petit chapeau en trompette et à l'allure d'asticot
Disparu ensuite
Aussi vite qu'il m'était apparu pendant que j'écrivassai.
Gloire aux ruisseau !
Vive les crues !
Longue vie aux écrevisses !
Il fait vraiment trop chaud.
Heureusement, l'être obsolète,
A toutes fins utiles,
M'a laissé son chapeau.

Les mots vont et viennent,
Les idéaux tombent de haut
Dans les fosses d'aisances pérennes de l'ego.
Merci pour le chapeau.

 


Gaspard Collal dans Littérature.
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