Tableu d'une veuve éplorée

Le tableau d’une veuve éplorée
La veuve éplorée implore la plénitude de Dieu le père. Il est parti, arraché à son corps, à son cœur. Elle hurle son désarroi et son espérance en une vie, un au-delà. Elle croit stupidement que le monde lui est indifférent, mais un rien la perturbe. La femme en noire bouscule la femme en bleue le tout sur un fond blanc cassé. La violence du geste nous rappelle et nous interpelle : la mort est là mais sans tristesse. L’enfant tenu par la main va son chemin de croix, elle espère en Dieu une miséricorde qui n’a en définitive pas lieu d’être. Tout pue la compassion et la joie ; cela transpire une commisération une communion d’éternité et de lumière extatique. L’arbre ne symbolise que celui de la connaissance mais son tronc est mort. Rien ne peut être  commun, si ce n’est seulement saisi par notre regard fugace.
Oui le tableau transperce un sentiment de joie putride ; un rayon lumineux traverse la toile comme transpercerait la lumière divine : par de-là nos ténébreuse passions. Mais que veulent – elles ? Que désirent-elles ?  
Comme une icône de la vierge noire, elles nous emprisonnent dans leur pâleur parodique : le noir le bleu le jaune et l’enfant nous transporte au de-là de nous-mêmes. C’est comme transpercer l’hymen d’une jeune vierge, c’est l’oraison du sentiment d’amour paternel. Un rien incestuel, cette brusque percée ponctuelle nous montre que la panacée se trouve bien en elle : la féminité dans son exaspération la plus exubérante. Concassées, les lignes fusent de toutes parts. Un rien les offusquent et pourtant stoïques dans leurs postures. La veuve implore, l’autre femme déplore, l’une invoque  et l’autre révoque le signe divin qui pourtant est là : lumière pâle inceste je t’en veux de me divertir de mon existence. Mon regard se fige en ta nervure et ta texture me rend nerveux. Je suis offusqué et bousculé de cette flamboyance du personnage iconographique qui frise le pornographique : compassion des sentiments qui vous enrôle dans une fausse empathie ! Pourtant je m’extasie il y a de l’impénétrable dans ce cénacle je mettrais à jour ce secret les unies un jour je saisirais cette transposition hébraïque… un rien m’obsède : cette main tendue vers le ciel. Obscénité du solennel tout reste néanmoins solaire : est-ce que ce monde est sérieux ?    

Fabien Rogier dans Littérature.
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