A flanc d’azur

A flanc d’azur
 
Chant I
 
J’ai éraflé l’azur de mes doigts malicieux,
Fuyant et sans répit, loin des brouillards poignants ;
J’ai versé des larmes roseaux de mes aïeux,
Pour l’oubli idéal, de mon accouchement.
 
Et de l’intensité de tous mes noirs tournis,
-Oubli vaporeux qui vénère mes débris,-
Aux vapeurs en fragments, qui font et défont, là
Basternes imprévues désemplis sous mes pas.
 
L’hélianthe lactescent s’éteint à l’horizon,
Et je cligne des yeux dans les cendres prisons,
Si juillet m’appelle de toute sa splendeur,
Je garde à flanc d’azur tous mes pâles bonheurs !
 
Chant II
 
Mon âme loin de vous se déprime d’amour,
J’essuie, si impuissant, les larmes de mes jours,
Quand les livides nuits de mon corps atterré,
S’enflamment dans le noir des abattues pensées.
 
Et vers qui me tourner ? Vers l’étang azurin !
Vaste vase d’ennui qui me fuit pour un rien.
Les déserts stériles de nos vieilles cités,
Sont d’autant de remords aux yeux déjà fermés.
 
J’amasse des clichés dans mon cœur, dans mon âme,
Qui étouffent l’horreur vers un repos maussade,
Entre les noirs moutons d’éclaircies qui me blâment ;
Et où vont les hommes ? –mes futurs camarades !-
 
Chant III
 
J’ai rêvé d’un ciel peint de sang et de matière,
Un soir, au crépuscule éméché de la vie,
Suis-je martyr qui vient à son trépas litière ?
Le silence est blessant à ces vents sans avis !
 
Du haut des falaises J’embrase sans faiblir,
Les haillons cotonneux toisant les rouges toits ;
La révolte gronde, quelques éclairs plaisirs
D’un bleu métallique fendent l’azur sans voix !
 
L’art naturel sans fard éclaire de ses phares,
Mon corps gisant ici, -vie ou trépas ? pour plus !-
De la peur au ventre, j’accoure dare-dare
Sur le trottoir mouillé me cacher d’angélus.
 

© Patrice Merelle 2014

Patrice Merelle dans Poésie.
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