A mort Buffet, à mort Bontems !

Poème politique (Réquisitoire contre les prisons)
Écrit et lu par le poète queer Alain Cabello Mosnier (vers octosyllabiques "8 pieds")
le vendredi 22 septembre 2017, Paris.





Texte intégral de : A mort Buffet à mort Bontems !

Aparté historique :
 L'affaire Buffet-Bontems est ce procès aux assises du 26 au 29 juin 1972 pour une prise d'otages de deux personnes qui seront toutes les deux tuées par Buffet. La cour juge que, bien que n'ayant pas tué, Bontems est complice d'assassinat et guillotiné avec Buffet le 28 novembre 1972.
Cette exécution est la dernière à avoir eu lieu à Paris. Après Buffet et Bontems, quatre condamnés seront encore guillotinés en France.
Les prisons française restent, encore aujourd'hui en 2017 une guillotine sociale, une honte nationale qui fait que quotidiennement nous nions l'esprit d'une République que nous nous efforçons à construire ensemble.


A nous, les meurtriers de tous
A mort Buffet A mort Bontems
Nous sommes celui en qui pousse
A mort Buffet A mort Bontems

Les germes de nos jugements
Ils y fleurissent follement
Ensemble contre nos enfants
Vengeance au droit, n’est pas parent

Un détenu sans dignité
Il n'y a rien qui soit choquant
Un quart de tour tout est réglé
Le droit toujours est trop clément

Nous voulons plus de ses prisons
Bon peuple dehors eux dedans
L'estomac de nos Nations
Digère l'homme vaillamment

On-t-ils pensé aux victimes
Quand ils devinrent violents
A nous de prendre leurs opimes
Puisque penser avons le temps

S'ils sont là ce n'est pas pour rien
Il n'y a pas, dit-on souvent
De fumée sans feu, mal éteint
Donne ces Buffet ces Bontems
 
Restaurons peine capitale
Ce que le droit est croustillant
Que tous ces corps on les empale
Prévenu craque sous la dent

Dressons gibet de Montfaucon
Afin de vivre bonnes gens
Terreur de Révolution
en sécurité comme avant

Au diable nos philosophies
Trahisons et renoncements
Mais quand le diable s'y est mis
Bonjour l'enfer et nous dedans

Alors tu cris "à mort Buffet"
Alors tu cris "à mort Bontems"
Quand tu chasses la liberté
Elle s'en va pour un moment

Victor Hugo, toi où es-tu ?
Viens à ma voix de juif errant
Badinter et autres recrues
Fermer ces prisons hors de temps

Des prévenus toujours s'y pendent
Des chagrins des acharnements
Entrez libertés et prébendes
Et que notre droit soit dedans


Par le poète queer Alain Cabello Mosnier
vendredi 22 septembre 2017

"Devenir artiste est toujours une forme de criminalité." James Baldwin.

PS : Avant d'être un mort qui s'enfonce
Je veux être homme qui dénonce


En Aparté poétique :

Peuple, que veux-tu faire de ta vengeance ? La vengeance n'est qu'un amour qui déborde, une réponse qui s'extrait du droit qui lui-même doit faire l'effort d'être juste.
La dernière tête qu'il te reste à faire tomber, c'est celle de ta colère qui toujours repoussera.
Nous ne nous constituons pas en démocratie parce que nous nous en réclamons.
Le suffrage universel n'est pas suffisant

L'enfermement n'est qu'une orchestration de plus, une administration de la peine, pas une réponse adéquate, ce n'est pas un accompagnement, seulement un écrasement.
Tu ne règles rien, tu entasses.
Si on veut que nos détenus réfléchissent à leurs erreurs en prison, alors il serait bon que l'on en fasse de-même alors que nous sommes en liberté.
Leurs conditions de détentions illustrent l'idée même que nous nous faisons des impératifs de dignités auxquels un pays doit répondre.
Ne pas le faire c'est nous détruire collectivement et durablement dans quelqu'un d'autre.

Nous ne sommes même pas encore capables de récupérer les élèves qui décrochent de leur scolarité, alors comment pourrait-il en être autrement des adultes que nos prisons maintiennent sous l'eau ?

Poésies queer dans Poésie.
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