À toi, à vous…

Tout au creux de sa main, quand sa vie la quittait
J’ai découvert l’anneau, daté du jour des noces
Ton nom était gravé, voué au sacerdoce
D’un amour partagé qui toujours survivrait.

La main était fanée comme se fanent les roses
D’avoir été aimées, humées et caressées
Elle parlait peu de toi mais ses paupières closes
En vibrations de cils alors la trahissaient.

Et longtemps retenues, dans la pudeur extrême,
Les larmes libérées nichaient aux creux des joues
Perles de rosées brillantes, tel un diadème
Anoblissant l’instant : elle priait à genoux.

Rejoignant mes aïeux, mes souvenirs d’enfance
S’accrochent à cette femme qui sut nous enseigner
De la vie, les plaisir sous quelques pas de danses
Mais la force de ses bras toujours nous a portés.

Elle nous parlait morale, civisme, sans colère
Puis elle montrait du doigt les livres à visiter
Du haut, jusque au plus bas, d’infinies étagères,
De quelques grands auteurs, romans dépoussiérés.

Nous y passions l’hiver, bien sûr, bon gré mal gré
Chacun dans son roman, en élève appliqué,
On y piquait du nez, et puis quand on l’osait
En clins d’œil échangés quelques rires s’étouffaient.

Quand au déclin du jour, la porte enfin s’ouvrait
Il était là mon père, la maison s’animait
Il ouvrait grand ses bras et on s’y réfugiait,
Il caressait nos têtes, donnait quelques baisers.

Puis venait le moment où, enfin libéré,
Il pouvait s’approcher d’elle, la femme tant aimée,
Au creux de son oreille, murmurait des secrets
C’était le grand mystère qu’on eut aimé percer.

Puis, nous avons grandi, chacun faisant sa route
La porte un jour, cessa de s’ouvrir sous ton pas,
L’univers bouleversé, le sourire en déroute
Un murmure à l’oreille lui dit « il n’est plus là »

Là, au creux de ta main, quand la vie te quittait
J’ai découvert l’anneau, c’était votre secret
Le seul, le vrai mystère d’un amour partagé
J’ai compris qu’en amants, la vie fut partagée.

Toujours pudiquement, elle enseigna l’amour
C’est le bel héritage qui vit fleurir nos jours

Karmanda.Maghi 31 décembre 2017 © copyright.

Karmanda Maghi dans Poésie.
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