Alphonse de Lamartine

De nos jours, nous avons quelque mal à imaginer l'engouement qu'a suscité la parution des "Méditations" de Lamartine.
Après le désert poétique du dix-huitième siècle (excepté la présence notable de Chénier mort à l'âge de 31 ans sur l'échafaud), un vrai poète voyait le jour.
Certes, à travers la prose, Jean-Jacques Rousseau dans "Les rêveries du promeneur solitaire" puis Chateaubriand plus tard dans "René" exprimaient une forme de pré-romantisme annonçant déjà, par certains aspects, la venue du chantre d'Elvire.
Mais il convient de noter que, sur un mode original, une sensibilité nouvelle se frayait une voie singulière au sein de la littérature française.
Si des alcools plus forts ont depuis 1820 marqué les esprits, il est difficile toutefois de rejeter sans examen des poèmes aussi lumineux que "le lac", "L'isolement" ou "Le vallon".
Bien des adolescents ont frémi à la lecture de ces vers musicaux, troublants, presque désespérés.
Même ceux qui marquent une prédilection pour Rimbaud, ne semblent pas du tout lui reprocher d'être "étranglé par la forme vieille".
En 2015, il n'est pas rare au demeurant de trouver des "inconditionnels" de Lamartine, au grand dam des prétendus arbitres du goût.
Au-delà de Baudelaire, de Mallarmé, de Michaux et de Char, sa voix à l'évidence continue d'habiter notre ciel poétique, et l'adjectif "lamartinien" est loin d'être passé de mode.
D'autres recueils moins célèbres suivront "Les Méditations". Lamartine si naturellement doué cédera à des facilités d'écriture, abusera des périphrases pompeuses, multipliera les métaphores usées. Il n'en demeure pas moins que le lecteur d'aujourd'hui, en dépit de ces faiblesses, est souvent arrêté par des images splendides, inattendues, fécondes où Lamartine sait nous rappeler qu'il est un grand poète.
Le chef d'oeuvre "La vigne et la maison" écrit à la fin de sa vie en offre d'ailleurs à lui seul la saisissante illustration.
D'aucuns ont reproché à Lamartine ses nombreux emprunts ; il est vrai que Parny, Millevoye et d'autres plumes mineures auraient quelques motifs de lui en vouloir. Mais aucun d'eux n'était de sa taille, et la postérité a tranché en sa faveur.
Que reste-t-il du chantre d'Elvire ?
Une trentaine de poèmes environ que les générations futures liront toujours avec le même plaisir.


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Thierry CABOT dans Poésie.
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chavigner J'adore Lamartine depuis longtemps.A l'age de 13 ans j'avais dévoré "Jocelyn"
Le début du livre est superbe:
Son visage était calme et doux à regarder;
Ses traits pacifiés semblaient encor garder
La douce impression d’extases commencées;
Il avait vu le ciel déjà dans ses pensées,
Et le bonheur de l’âme, en prenant son essor,
Dans son divin sourire était visible encor.
Un drap blanc recouvert de sa soutane noire
Parait son lit de mort; un crucifix d’ivoire
Reposait dans ses mains sur son sein endormi,
Comme un ami qui dort sur le coeur d’un ami;
Et, couché sur les pieds du maître qu’il regarde,
Son chien blanc, inquiet d’une si longue garde,
Grondait au moindre bruit, et, las de le veiller,
Écoutait si son souffle allait se réveiller.

beatricelukomskijoly Titre : Le vallon
Poète : Alphonse de Lamartine (1790-1869)
Recueil : Méditations poétiques (1820).

Mon coeur, lassé de tout, même de l'espérance,
N'ira plus de ses voeux importuner le sort ;
Prêtez-moi seulement, vallon de mon enfance,
Un asile d'un jour pour attendre la mort.

Voici l'étroit sentier de l'obscure vallée :
Du flanc de ces coteaux pendent des bois épais,
Qui, courbant sur mon front leur ombre entremêlée,
Me couvrent tout entier de silence et de paix.

Là, deux ruisseaux cachés sous des ponts de verdure
Tracent en serpentant les contours du vallon ;
Ils mêlent un moment leur onde et leur murmure,
Et non loin de leur source ils se perdent sans nom.

La source de mes jours comme eux s'est écoulée ;
Elle a passé sans bruit, sans nom et sans retour :
Mais leur onde est limpide, et mon âme troublée
N'aura pas réfléchi les clartés d'un beau jour.

La fraîcheur de leurs lits, l'ombre qui les couronne,
M'enchaînent tout le jour sur les bords des ruisseaux,
Comme un enfant bercé par un chant monotone,
Mon âme s'assoupit au murmure des eaux.

Ah ! c'est là qu'entouré d'un rempart de verdure,
D'un horizon borné qui suffit à mes yeux,
J'aime à fixer mes pas, et, seul dans la nature,
A n'entendre que l'onde, à ne voir que les cieux.

J'ai trop vu, trop senti, trop aimé dans ma vie ;
Je viens chercher vivant le calme du Léthé.
Beaux lieux, soyez pour moi ces bords où l'on oublie :
L'oubli seul désormais est ma félicité.

Mon coeur est en repos, mon âme est en silence ;
Le bruit lointain du monde expire en arrivant,
Comme un son éloigné qu'affaiblit la distance,
A l'oreille incertaine apporté par le vent.

D'ici je vois la vie, à travers un nuage,
S'évanouir pour moi dans l'ombre du passé ;
L'amour seul est resté, comme une grande image
Survit seule au réveil dans un songe effacé.

Repose-toi, mon âme, en ce dernier asile,
Ainsi qu'un voyageur qui, le coeur plein d'espoir,
S'assied, avant d'entrer, aux portes de la ville,
Et respire un moment l'air embaumé du soir.

Comme lui, de nos pieds secouons la poussière ;
L'homme par ce chemin ne repasse jamais ;
Comme lui, respirons au bout de la carrière
Ce calme avant-coureur de l'éternelle paix.

Tes jours, sombres et courts comme les jours d'automne,
Déclinent comme l'ombre au penchant des coteaux ;
L'amitié te trahit, la pitié t'abandonne,
Et seule, tu descends le sentier des tombeaux.

Mais la nature est là qui t'invite et qui t'aime ;
Plonge-toi dans son sein qu'elle t'ouvre toujours
Quand tout change pour toi, la nature est la même,
Et le même soleil se lève sur tes jours.

De lumière et d'ombrage elle t'entoure encore :
Détache ton amour des faux biens que tu perds ;
Adore ici l'écho qu'adorait Pythagore,
Prête avec lui l'oreille aux célestes concerts.

Suis le jour dans le ciel, suis l'ombre sur la terre ;
Dans les plaines de l'air vole avec l'aquilon ;
Avec le doux rayon de l'astre du mystère
Glisse à travers les bois dans l'ombre du vallon.

Dieu, pour le concevoir, a fait l'intelligence :
Sous la nature enfin découvre son auteur !
Une voix à l'esprit parle dans son silence :
Qui n'a pas entendu cette voix dans son coeur ?

Alphonse de Lamartine.

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