AU BONHEUR DES DAMES






Au bonheur des dames est un magasin de lingerie situé dans une rue à l 'écart du centre ville. Une modeste boutique qui n'a jamais changé de propriétaire depuis vingt cinq ans. Madame Roux a ouvert ce commerce dans les années soixante, son mari à l'époque travaillait aux usines Renault de Billancourt. Les rues n'étaient pas pavées alors et les autos s'arrêtaient le long du trottoir. Il y avait toujours de drôles de types qui fumaient leur cigarette, le coude à la portière et qui matait de temps en temps la gente féminine qui osait franchir le pas de la porte. Les dessous féminins n'étaient encore que ces vêtements fonctionnels, la grande majorité d’entre eux ne laissaient pas la place aux fantaisies. Cependant c'était une affaire de femmes, les hommes n'étaient pas admis dans ce lieu. Madame Roux conseillait ses clientes avec attention, quelques unes s'encanaillaient lorsqu'elles en avaient les moyens en s'offrant les rares guêpières qu'il fallait essayer derrière une porte fermée à clé par madame la commerçante. Quiconque aurait projeté de rendre une visite impromptu à sa cliente, fusse un mari passablement énervé par une attente trop longue, aurait eu affaire avec elle. .Moi je suis Paul le facteur, je passe tout les jours de la semaine excepté le dimanche pour livrer des paquets et le courrier à sa destinatrice. Je discute depuis vingt cinq ans avec madame Roux et entre nous il n'y a pas de chichi, elle m'appelle par mon prénom, moi, je lui donne du madame Henriette. Je dois avouer que la clientèle a bien changé en vingt ans, maintenant je vois des gamines en extase devant la vitrine lorsque je passe dans la rue, je rentre, salut madame Henriette et les clientes présentes, je fais mon job et je sors. Une fois on m'a demandé mon avis sur un ensemble. J'étais gêné mais madame Henriette a insisté en m'assurant que la dame n'en ferait pas une histoire et puisque c'est elle qui le demandait !



Elle a ouvert délicatement la porte qui ne fermait plus a clé depuis des années et elle a fait la belle devant moi, rien que pour mes yeux, je n'en revenais pas la journée commençait bien. Je donnais un avis nuancé et embarrassé qui ne sembla pas convaincre la cliente. Je m'excusais naïvement en prétextant que je n'avais pas l'habitude de ce genre de représentations. Madame Henriette me confia le jour suivant que la demoiselle qui m'avait fait l'honneur de mirer sa ligne sculpturale était une danseuse du Crazy Horse, elles se connaissaient depuis peu. Lorsque je viens avec des recommandés, madame Roux Henriette les laisse derrière son bureau, on verra ça ce soir clame t-elle invariablement, j'ai mieux à faire que de m'angoisser avec des trucs à payer. C'est que les affaires n'allaient plus aussi bien qu'au début. Non pas que les clientes étaient moins nombreuses, loin de là mais l'immobilier avait tellement augmenté que madame Henriette ne parvenait pas toujours à payer le loyer exorbitant réclamé par les propriétaires des murs. Il fallait en vendre des culottes, des guêpières, des balconnets...Je ne pouvais me résoudre à voir disparaître ce petit commerce et à voir sombrer sa propriétaire dans une détresse telle qu'elle l'aurait mener directement à l'asile pour vieillard. Mon grand cœur parlant contre moi je décidais de lui faire don des quelques économies que j'amassais depuis des années et dont je ne voyais plus exactement l'utilité. Elle refusa bien sur, me traitant de dingo et d'homme de petite vertu...elle dit cela en riant cela va sans dire. Nous prenions maintenant le café tout les jours chez Marcel, bistrot situé à deux pas de chez nous, oui, « chez nous », nous avions décidés pour fêter notre nouvelle coopération de changer le nom de l'enseigne. Lorsque ma tournée était terminée je ne rentrais plus dans mon deux pièces cuisine de Courbevoie que j'avais acheté dès mon arrivée en région Parisienne à l'époque où le mètre carré était encore abordable. Je déposais mes affaires au bureau de Poste et rejoignais Henriette au magasin. Elle repris du poil de la bête, à croire que ce qui manquait à son bonheur c'était une présence masculine, trop de femmes tout les jours la rendirent neurasthénique. Pour ses soixante ans je lui offris un tailleur que nous achetions ensemble chez une de ses amis du quartier. Elle était comme une gamine à qui l'on vient d’acheter sa première poupée. Sitôt la journée de travail terminée elle s'isola dans la cabine d'essayage pour dit-elle, me faire une surprise. J'avais fermé à clé la porte du magasin et tiré le rideau. J'attendais fiévreusement qu'elle fasse sa sortie. Je m'étais promis de ne pas la décevoir, de louer sa beauté, de lui dire que les années n'avaient pas d'emprise sur elle. Henriette ouvre lentement la porte de la cabine. Elle sort totalement nue, j'ai un choc en la voyant, je ne pensais pas qu'elle était encore séduisante. Elle me dévisage, je baisse les yeux mais elle me tire vers elle et je ne sais pas comment lui résister. Elle referme la cabine et allume la petite lumière...


AMISDESMOTS

amisdesmots dans Poésie.
- 679 lectures

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies. En savoir plus.