Aux catalogues, vils séducteurs

    Aux catalogues, vils séducteurs

Je feuillette un monde du bout des doigts,
Sans me rendre compte que le temps se sauve,
Sous la caresse tendre du bout de mes doigts,
Au travers le regard d’un photographe guimauve !

Je joue l’apprenti sorcier des voyages innocents,
Sur papier glacé des magazines lus chez le dentiste,
En attendant d’ôter cette rage qui, vraiment,
Torture mes pensées perdues chez mon fleuriste.

Un bouquet, pour un ange pelliculé, une patience
Une pensée pour un enfant parfumé à l’encens,
Je lis des lignes assombries d’une écriture de pacotille,
Qui vantent les charmes d’une panoplie de brindilles.

Catalogue, vil séducteur où chacun se projette en rêvant,
Un cabriolet rouge sur une route Californienne,
Des néons ambrés dans des pays de rêves tentant,
Loin de nos sombres heures Européennes.

Et, même dans les magazines du dimanche, une prière,
Pour s’excuser de se détourner de la voix royale,
Une prière pour se pardonner des affres de Satan à Bâle,
Et plus je tourne les pages, et plus la vie se terre.

Nous avons cessé nos voyages, vous savez, aux étales
Des pétales des pages, comme des amateurs flétris,
Loin des charmes du soleil de Crète ou de Capri,
Et de sa lumière qui s’éteint dans les sombres dédales.

Je rêvais de mirages aphrodisiaques où vous seriez
Si présent, à l’aube des magazines électroniques,
Catalogues d’apprentis sorciers à la beauté
Cellophane, quand je vous dévorais aux heures tragiques.

Lucie Malatesta dans Poésie.
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