Bretagne

Son âge se perd dans les premiers temps du monde,
Lorsque les nations n'étaient.
Un peuple aux dieux ardents, d'Inde et aux vertus fécondes,
S'arrimant aux us d'ailleurs innés.

La péninsule est un sillage dans l'océan féroce,
Une terre bravant l'infini.
Sur ses côtes délavées s'installent les hommes de force,
Les rudes, les Celtii.

L'océan les roue, le sel érode leurs vains labours,
Ils se plient aux éléments.
Aux premiers qui chantent les rudesses et les amours,
La mer et le ferment.

Ils chantent et se soignent, ils se font enfants d'un rite,
Ils vénèrent sans faiblir,
Leur art mue ; le bois et la forge, les contes émérites,
La bière et les sabirs.

Les siècles s'écoulent dans l'Armor, on y vit d'horizons
Et de Franques trahisons.
Duchesse Anne, koch'ki Gwenn ha koc'h ki du, la belle,
Se perdit en union.

Sous d'austères auspices, les lourdes pluies du Cotentin,
Le pays s'entrave.
Ils sont où ? Sont-ils loin, les séculaires marins ?
Les hommes au cœur grave.

Le Breton s'étiole, le clergé et la France l'harassent,
Mutilants effets.
Dans sa nuit il songe, invoque en sourde menace
Korrigans et fées.

Le littoral est cassé, comme l'âme du Breton déchu,
De Groix au Raz
Son ancre tatouée et l'esprit par la honte tordu,
Gratis Paris le rase.

Soulève-toi, ma patrie ! Renie l'alliance qui te fit servile
De la fourbe France,
Que les préfets, au bout d'une corde au nœud viril,
S'agitent et dansent.

Alors, Breizh ! Tes ports et tes forêts, tes chants et musiques,
Tout sera libéré.
Et dans un coin de nos mémoires, en quelque Ys antique,
Vivra La Villemarqué. 

olivedzep dans Poésie.
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