Clair-obscur

    Le clair-obscur
Georges  était mince et sec, toujours la clope au bec. Les oreilles décollées, les lunettes  sur les yeux. Il était bigleux. On y percevait ses yeux d’un bleu intense et perçants.  Son regard n’était pas songeur il vous fixait jusqu’au fond  de l’âme. Il était imperturbable :  il vous laissait coi. Il vous dérangeait.
Georges Delatour n’était pas dans la peinture, mais dans le métal c’était quand même du clair-obscur.  A la retraite  du métier de métallurgiste dur métier que celui de métallo. Il hissait haut  le drapeau du haut fourneau fermé il y a 15 ans. Il avait tiré son chapeau, bientôt il casserait sa pipe. Eh y’en a bien des gens qui le souhaite ses voisins en premier qui le font chier tous les jours, le promoteur immobilier qui le harcèle pour vendre son terrain et sa petite maison d’ouvrier. Il refuse à chaque fois tout en s’amusant à jouer le jeu du mec intéressé par l’argent, il joue au vieux gâteux de 70 ans qui n’a pas toutes ses idées en places. C’était une tatie Danièle en masculin avec de la testostérone en plus.

Georges avait été embrigadé dans les milices de l’OAS lors de la guerre d’Algérie , il savait manier une arme et il s’en servait de temps à autre dans son jardin il avait le port d’arme. Il avait même participé à une tentative d’assassinat contre le  général De Gaulle. Il avait son temps en prison pour cet acte. 5 ans fermes.
Puis il a tout lâché  ou plutôt ils l’ont abandonné à son triste sort de métallo grincheux et aigri. La guerre l’avait rendu méchant et misogyne voire misanthrope ce qui était pire. Pas d’enfant pas de femmes juste les putes de temps à autre.  
Il allait bientôt clamser qu’allait-il rester de lui ? Quels souvenirs ? quels  coups de Trafalgar pouvait-il mettre en place pour tous les faire chier encore et plus profondément ? Il ruminait tout en tirant sur sa clope.
Quand il croisa mon  regard dans la rue dans face… je suis le fils du voisin qu’il fait chier tout le temps en râlant  en maugréant, en tirant avec son pistolet en l’air ou sur les arbres …. On suppose même qu’il tue les chats du quartier depuis quelques temps car il y une recrudescence de rat dans le secteur…. mon sang se glaça quand je plongeait mon regard dans le sien  j’y vis une mauvaiseté crasse, une haine noire des gens, de l’autre, de la vie…de ma vie… soudain mes yeux se fermèrent d’un battement de cils, mon s’arrêta de battre. Il avait tiré sur moi ce salaud. Sans s’esbigner, il rangea son flingue, dévissa son silencieux, vint me chercher, me prit dans ses bras pour me transporter chez lui.
Puis plus rien pas un cri à la ronde pas de hurlement rien absolument rien …. Je n’entendais rien.
Georges s’appliqua à allonger mon corps au sol

Fabien Rogier dans Poésie.
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