Culinaire lingual

Culinaire lingual


PETIT DEJEUNER


Le fumet du café noir
Sous ce petit matin brouillard
Réconforte mes papilles.
Thé, café où camomille ?

Petit déjeuner
Devant mes yeux illuminés
Laissant aller à mes caprices
Désabusés le goût de ces délices.

Petit déjeuner,
Croissants chauds se pavanant
Tel un défilé de mode,
Et sur la table, aux antipodes
Des pôles, allant et venant,
Se pose le décor des tasses
Attendant la valse des voraces.

Petit déjeuner
Sur lherbe humide, mes pensées
Enrubannées senvolent, encensées
Par ces effluves des senteurs moelleuses,
Par ces essences vaporeuses.

Petit déjeuner,
Confiture de cerise étalée
Sur tartines grillées,
Cette légèreté qui colle à mon palais.
Je me régale de ces mets délicats
Accompagnés de valse et de vodka.

Petit déjeuner,
Je suis distrait par tant de bonheur !
Je crois que je ne serais jamais jeûneur !
Toutes choses, dit-on a une fin.
Mais hélas ! Je reste sur ma faim !

Ah ! Ce petit déjeuner !
Terminé !
Le petit déjeuner !...



LHEURE DU THE

Deux poètes en tête à tête
 Se reposent en lisant les miettes
 Ébréchées de leurs travaux
 Sous lombre apaisante des roseaux.
 Là, sur la flamme, leau bout,
 Et dans nos cerveaux mous,
 Les discussions traînent,
 Le temps ségrène.

 Lhorloge friponne qui résonne
 Me rappelle au bon souvenir
 Du thé qui frissonne, qui chantonne
 Une musique qui ne saurait frémir.
 Les deux êtres plongent
 Dans un rêve étrange
 Sous le regard des anges,
 Puis se rient de leur songe.

 Deux tasses sur la table,
 Les deux compères sattablent,
 Ouvrent enfin leur cartables
 De cuir noir impeccable.
 Leur regard brille le soir.
 Sensation d'espoir !

  Tentation,
   Aberration,
    Rhétorique
   Et critiques.

 La théière apparaît soudain
 Sur le bord de la flamme
 Ardente, et danse avec dédain,
 Réjouissant nos âmes.

 Lun des deux la saisit
 Dun air réjoui,
 Voit jaillir du métal
Le liquide guttural,
 Le stupéfiant stupéfait
 Le liquide défait
 Dun voyage au fond dun bol
 En faisant de belles bulles molles.

 Lheure du thé
 Sest installé en nous,
 Sest fondée
Sous lombre des bambous...



MELI-MELO

 Les mets dans les mots,
 Les mots, dans les mets
 Quel méli-mélo !

 Les mots se mélangent
 En brouillard léger,
 Séparpillent en brume
 Vers les nuages passagers,
 Sous le soleil qui sallume.

 Senteur de profiteroles,
 Mes pensées senvolent
 Au crépuscule.
 Point de scrupules !

 Mangeons !
 Buvons !
 Faisons ripaille !
 Ne restons point
 Sur la paille !
 Faisons lappoint !

 Gastronomie oblige
 La sauce se fige !
 Pas de rond-de-cuir !
 Il faut agir !
 Ce sont les plats
 Quil faut garnir,
 Ce sont les plats
 Quil faut vernir !

 Les papilles sont à laffût,
 Le vin repose dans le fût
 Tandis que dans la marmite
 Viandes et légumes crépitent.

 Ouvre le bal !
 Descends de ton piédestal !
 Dansez jusquà laube !
 Dégustez ce boeuf en daube !

 Mangez poireaux et cabillaud,
 Mixez les mets et les mots,
 Huilez asperges et artichauts !

 Que la nuit vous abreuve
 De liqueur soyeuse
 Pour que point il ne pleuve
 Sur vos mémoires embrumées,
 Sur vos cerveaux enrubannés !

 Ah ! Quel méli-mélo !
 Les mots dans les plats !
 Les plats dans les mots !
 Les mets sont à plats
Dans les mots couleur lilas...



GASTRONOMIE


 Astronomie ?
 Gastronomie ?
 Ne confondons point les genres !
 Gastronomie
 Entre gingembre et coriandre !

 Astronomie !
 Le soleil mange ses croissants de lune
 Sous lombre des dunes !
 Gastronomie,
 La fumée volage des usines
 Se mélange à lodeur des cuisines !

 Apprenons lart de faire bonne chère !
 Goûtons à ces plantes potagères !
 Délectons-nous de ces saveurs !
 Apprécions de Dame Nature les faveurs !

 Gastronomie,
 Fusion magique de la chimie,
 Mélange dodeur et de vierges aromates
 Pour donner du bouquet aux tomates !
 Ah ! Joyaux de verdures
 Qui avez fière allure !

 Gastronomie,
 Merci pour ces fragrances dautrefois,
 Pour les comestibles qui chantent dans les bois !
 L'omelette qui danse dans la poêle,
 Un peu de fines herbes, poivre et sel
 Et dégustons ce met avec quelques chanterelles !

 Gastronomie,
 Mon âme se délecte des plaisirs de la vie,
 Je me laisse aller à la folie de mes envies.

 Astronomie,
 Je rêve au clair de lune,
 Je bois à ma bonne fortune.
Gastronomie,
 Jai souvenir de cette liqueur moelleuse,
 De ces mets qui sillonnent mon palais.
 Je men vais vers cette sieste savoureuse,
Doù dit-on, nul ne revient jamais...



JUSQUOU IRONT-ILS ?

Jusquoù iront-ils
Les toqués de la toque ?
Cuisine baroque qui minterloque,
Est-ce lheure de la provoque
Culinaire,
Cuisine dapothicaire ?


Jusquoù iront-ils
Les toqués de lépoque nouvelle ?
Aliments sans sel,
Arômes disparus , éparpillés,
Sur tartines grillées,
Et sardines a lhuile...

Jusquoù iront-ils
Les toqués de la toque ?
Oeufs à la coque ,
Saumon et fois gras étalés
Sur lit de pétales de roses
Que lon arrose...
Jusquoù iront-ils
Les toqués de la toque ?

Pétales de fleurs en corolle,
Le nectar des fruits que lon colle
Autour des viandes en sauce
Avec petits légumes qui se déchaussent.

Jusquoù iront-ils
Les toqués de la toque,
Pour trouver sans équivoque
Ces saveurs infernales subtiles
Qui traînent au fond des cuisines,
Leur bedaine enrobée de gélatine.
Jusquoù iront-ils
Les frappés de la toque,
Perdus dans leur bicoque ?

Jusquoù iront-ils
Pour nous donner le meilleur de la vie,
Jusquoù iront-ils
Pour trouver dautres saveurs
Qui font germer en mon esprit
Dautres parfums qui me laisse rêveur...
Oui, jusquoù iront-ils
Les toqués de la toque,
Les frappés de la provoque ?...

AROMES


Bouquets de saveurs suaves
Sur fond de musique slave ,
Sous la nuit qui saggrave ,
Le vin se languit dans la cave.

Ballet de verres vides et pleins ,
Dansant sur les nappes de satin ,
Le breuvage souverain
Sécoule en flots cristallins.

Ô ! Fins terroirs !
Ouvrez vos mémoires !
Sortez de vos tiroirs
Vos cépages de gloire !

Qui de leurs mains
Pressèrent le raisin
Pour en tirer ce jus purpurin
De vos vignobles souverains ?

Ravivez la couleur de nos âmes
Pour éviter de la vie les drames!
Donnez de la douceur à ces femmes
Pour quelles redeviennent dames.

Que vous soyez lisse où pétillant,
Que vous soyez doux ou scintillant,
Vieillissez tranquillement,
Sans aucun dérangement…


FUGUE EN VIN MINEUR


Ô! Vins qui êtes en fûts!
Vieillissez en dormant
Sans faire de raffut!
Car nul ne saurait mentir
En vous buvant!
Lon saurait vous servir
Dans ces verres de cristal
Doù ce dégagent les parfums
De vos douceurs végétales
Dégrisant les palais les plus fin.

Ô! Vins qui libérez de vos vignes
Les saveurs ancestrales,
Serions – nous digne
De vos terres natales?
Ô! terres de cendre
Qui libérez les arômes
Afin de nous descendre
Au fond de nos royaumes.

Délivrez-nous de nos trônes
De papier
Pour y brûler
Nos souvenirs altiers,
Virevolter
Tel des papillons
De nuits,
Dégrisez nos esprits
De vos aiguillons!
Ô! Vins qui êtes aux fûts!
Vieillissez en dormant
Sans faire de raffut.
Car, qui sait si le temps
Ne vous mets point en carafe,
Avant que lon ne sesclaffe!…

m.dominique0153 dans Poésie.
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