Décalogue

I.
Je repose les yeux glissant dans les étoiles avec comme perspective : rien. Dans la nuit, tout mute et tend à se teinter d'inutilité. Seule l'impression a un sens. Quand je scrute le fond des âges, cherchant un passage à gué entre ce caillou morbide et l'incertitude des continents d'éther, mon cœur se serre car l'autre rive se refuse toujours.
II.
On navigue tout de même, sur ce morceau de matière. On tourne en rond, certes, mais nos petits esprits révolutionnaires ne sauront-ils pas s'en satisfaire ?
III.
Tu sors de la ville, en voiture pour aller vite, si peu loin. T'aventurer dans des lieux que tu connais déjà, sinon c'est trop d'aventure. Les semaines d'automne sont propices à des enchantements calculés. Cette nature est une si vaste structure que tu t'y perds sciemment.
IV.
Ce monde est un champ d'impossibles. Les profanateurs ont un porte-monnaie et de la constance, et nous n'avons rien. La foi est noyée dans les petits arrangements. Les alcools sont mortifères, on prendra des médicaments aussi. Et du tabac sec. Sens dessus-dessous, nos parents ne reconnaîtraient pas ce pays où ils nous élevèrent.
V.
J'ai toujours voulu m'allonger dans l'ombre des sycomores, et puiser dans la buée de tes yeux le sommeil qui me manque.
VI.
J'ai quitté mon travail et jeté mes clés. Maintenant, partons. Le premier pas sera celui de la liberté, le deuxième celui du jeu, le troisième celui du pragmatisme, puis le déchirement, l'erreur, l'horreur, le repentir, le bonheur, la sagesse, la délivrance. Une vie d'épreuves pour éprouver la mort.
VII.
Lire, c'est s'empêcher d'oublier. Trop d'humains oublient des choses qu'ils n'ont jamais sues.
VIII.
J'aime ces grands cils qui couronnent tes yeux miel. Matelas d'azur. L'espace est parfumé de tes cheveux. Nos pieds dans l'herbe. Gitans. Je t'aime.
IX.
Le vertige et la nausée. J'ai des cratères dans le ventre, je veux me liquéfier, ruisseler, rouler sous la surface du globe, germer sous la roche. J'entendrai les oiseaux, le vent, les galops. Je m'userai. J'éteindrai mon âme en retenant mon dernier souffle. Au crépuscule, je chanterai. Graine, arbre, bosquet, vieille souche.
X.
Je repose.

olivedzep dans Poésie.
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