Dîtes lui

[ltr]Vous le passant aux ailes de plomb,

aux épaules lourdes,

aux yeux marbrés;

Vous qui portez un ciel bleu cyan,

juste une gourde,

au pas déhanché.

Vous qui sillonnez la terre comme on creuse des tranchées.

Vous qui sifflotez un jour d'embrun prés de la dune tressée.

Vous qui marchez sur la terre comme on marche sur les braises de l'enfer.

Vous qui cherchez patiemment le fier et long chemin de la mer.

Vous le passant au front bombé, aux pieds d'argile, au cœur d'enfant, aux yeux de fer.

Vous qui dressez le torse au vent  qui vous souffle des vieux airs.



Dites-lui,

dites-lui,

dites-lui, que je vis, que je bois que je ris,

que les étoiles s'étendent tous les soirs dans mon lit,

que les larmes ont un gout de salive et de suie

que les sourires armés s'écroulent dans la lie,

que mon âme scie les mots de la en tralali,

que ma peau brule encore d'un baiser de génie.



Dites-lui,

dites-lui que je lâche, que je fuis, que je mens,

que je trompe l' œil vide et mord dans le liment,

que le temps fait des tours de passe passe et de garce,

que les cris sont des chants, que la vie n'est que farce,

que mes pieds font cent pas sur les fleurs de l'été,

Que mes yeux plongent au fond d'une nuit argentée.





Vous la femme tracée par un crayon sans mine,

sur un papier glacé aux rondeurs féminines.

Sous ses doigts vous naissez pour une éternité,

comme un nu envoutant sur un tapis mité.

Sans poser de questions, sans nulle hésitation,

vous la femme colorée qui sans mille façons,

en un clic coupez net la tête et le cordon.



Dites-lui,

dites-lui,

dites-lui que je ne suis rien , que je ne suis plus, que je ne sais plus,

que les mots des baiseurs finissent au fond d'un puits,

que je ne trouve pas de chemin correcteur,

que dans  ma trousse il n'y eu ni encre ni effaceur,

que le jour est parti en cédant à la nuit,

toutes les réparties que la langue façonne,

que le jour est parti en cédant à la nuit,

toutes les turpitudes des mots qui se fredonnent,

que le jour est parti en cédant à la nuit,

toutes les danses macabres que je ne lui pardonne.



Vous l'oiseau voyageur qui ne trouvez de quête,

que dans l'envol blanc de votre destinée.

Même si de vous autres l'on ne voit que la bête,

vous suivez corps et âme vos âmes sœurs de lignée.

Vous qui ne doutez jamais jusqu'à l'instant ultime,

malgré l'orage qui gronde à l'instinct qui intime





Dites lui,

Dites lui

Dites lui que l'hiver a refermé ses portes,

que les saisons s'enchainent comme des chiens qui colportent,

que la naissance d'un vœu n'a pas besoin d'église,

que la prière meurt sur le banc des assises.



Dites-lui le refrain que le vent hisse haut.

Dites-lui la chanson de l'amour qui ne meurt.

Dites-lui les sanglots étouffés aux cachots.

Dites-lui qu'aucun  vit s'il ne croit ou n'espère.

Dites-lui la tristesse d'un cœur sans les haubans.

Dites-lui la douleur de la rage, de l'oubli.

Dites-lui les âmes vives qui sourdrent sous les cabans.

Dites-lui tout ce que vous soufflent les saintes pluies.



Que sous les toits des chaumières doucereuses et recluses,

aux fenêtres cloitrées et aux portes bien closes,

chantent pulsions de mort et de matins moroses.





Dites-lui ,

dites-lui,

que le bonheur se vole comme on pique une rose.

Qu'aucune tuile n'abrite un cœur de sang qui ose.

Que j'attends, que j'attends que j'attendrai en pause.

En rimes frauduleuses ou en tâtant la prose.

La lumière, la lueur d'un firmament grandiose.



Dites lui,

dites-lui,

On se lève un matin.

On se couche la nuit.

On promène son chien.

On se quitte sans bruit.

On se lève un matin.

On se couche la nuit.

On se quitte sans bruit.

Dans le bois d'un vieux lit...

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lifesof dans Poésie.
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