DITES-MOI, GENTE DAME

Il possédait des meubles en bois orientaux,

Incrustés d’ivoire, d’éclats de cristaux,

Des coussins en moire, de très chics tableaux,

Partout des miroirs, dignes d’un château.

 

Ses tapis le soir, en broderies d’argent,

Sous d’immenses bougeoirs, étaient embrasement.

Un vieil encensoir venu d’Ispahan,

Fixait l’accoudoir d’un très long divan.

 

Une fragrance troublante valsait dans le temps,

Sur plusieurs plantes aux couleurs safran.

Diverses fenêtres, en noirs parements,

Présentaient des vitraux, fort pompeusement.

 

En de vastes armoires, les costumes Dior,

Et les robes du soir attendaient l’accord,

D’un piano à queue et d’un beau ténor,

Que des obséquieux verraient en trésor.

 

 

Les fêtes se suivaient de rires, en malice,

Les mains se touchaient souvent dans la triche.

Et l’argent filait en cherchant complice,

Les affaires riaient, au gré des caprices.

 

C’est alors qu’un vieil homme très connu me demanda de lui narrer l`un des contes des Mille et une Nuits.

 

Dans son lit, mon hôte allait fort mal. Il avait de la peine à respirer.

Ses armoires, toutes ouvertes, regorgeaient de brocart, de soie, de velours rare de Damas, d’anciennes dentelles de Palestine, du luxe des  des voiles, des organdis aux volants de Venise.

L’encensoir diffusait toujours son parfum d’opiacé, les plantes safranées s’élevaient fières, en de resplendissantes amphores mauresques. Et le piano attendait des doigts sacrés pour le faire vibrer.

Etonnée, je commençai mon histoire, tissée par Shéhérazade :  


« L’homme ouvrait ses yeux de temps en temps, en se demandant s’il rêvait ou s’il était réveillé. Il se défiait de son bonheur, et cherchant à s’en assurer, il ouvrit les rideaux et parcourut des yeux toute sa chambre »

 

 

Je n’avais pas lu quatre lignes,  que le vieil homme très riche, mimant les regards de mon héros de lecture, me murmura :

 

-     Dites-moi, gente Dame, à quoi ça sert tout cela ? et… d’un geste fort  las, ses doigts balayèrent  tout son salon.

 

Ce furent ses dernières paroles.

 

mahlya

A mon Père.  

 

 

ange dans Poésie.
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