François de Malherbe

"Enfin Malherbe vint..." Dans son "Art poétique" Boileau lui rend un hommage vibrant en qualité de précurseur du classicisme.
Accusés de cultiver une poésie baroque de mauvais aloi, Ronsard et du Bellay semblaient aux yeux du même Boileau bien inférieurs au sieur François de Malherbe.
Or des siècles plus tard, la gloire de ces deux poètes a pour le moins éclipsé la sienne.
Rejeté bientôt dans l'ombre, Malherbe occupe certes une petite place dans les manuels de littérature (grâce toujours à Boileau) mais le grand public le plus souvent ignore jusqu'à son existence.
Pauvre Malherbe ! Lui qui travaillait ses vers avec un soin et une application dignes de tous les éloges. Lui qui peu à peu s'était fait un nom et avait même connu la célébrité de son vivant. Lui qui enfin, poussé par je ne sais quel orgueil, avait cru bon - non, nous ne rêvons pas ! - de dresser en un alexandrin sa propre statue :
"Ce que Malherbe écrit dure éternellement".
Qu'avons-nous donc retenu de lui ? La postérité est cruelle. Quelques poèmes tout au plus.
Mais ces poèmes, quand nous les lisons sans prévention, savent nous charmer et nous surprendre.
Malherbe est à la fois un petit poète fort habile et un grand poète de deuxième rang.
Sous le premier qualificatif, il est aisé de regrouper à vrai dire l'essentiel de sa production. Sous le deuxième qualificatif, nous ajouterons au mieux sept ou huit textes d'une qualité évidente où soudain l'inspiration et le travail sur la langue trouvent un subtil point d'équilibre. Parmi ces pièces, l'une particulièrement a droit à toute notre admiration. Il s'agit du poème intitulé " Consolation à M. du Périer sur la mort de sa fille."
Là Malherbe trouve à maints endroits des accents inoubliables. Citons notamment le quatrième quatrain :
"Mais elle était du monde où les plus belles choses
Ont le pire destin,
Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,
L'espace d'un matin."

Entre les grand massifs poétiques et les oeuvres dites mineures, Malherbe par-delà les siècles n'a jamais cessé de nous tendre les bras.
Si présomptueux qu'il eût été, ne lui refusons pas notre amour. 

Thierry CABOT dans Poésie.
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