Fugace morphine

Fugace morphine

Tous les camarades sont réunis autour de moi.  Ils chahutent à tout vent, ils pleurent, ils rient, ils s’aiment. Peu importe ils ne sont plus rien, et rien c’est encore trop. Moi je me shoote  avec ma morphine base. Toutes sortes d’opiacées font l’affaire. Je me suis piquée de partout : sur les pieds dans les bras, sur les seins. A chaque fois je me suis comme arrachée du ciel. Les tétons tous durs, le sexe sec comme de la pierre j’ai renoncé à l’amour charnel, voire l’amour tout court. L’amour d’un vaurien vaut bien la frénésie païenne de ceux qui exultent devant des gladiateurs  dans un colisée totalement alcoolisé. Comme tout printemps qui revient à chaque saison,  le mien quant à lui s’est enfuit en hiver et y est resté. Finis les amours vaines, ces hommes  aux corps massifs, rabougris, squelettiques, bedonnants avec en définitive un sexe puéril. Les camarades au-dessus de mon lit font du bruit : j’ai les tympans assourdis. Ils fument. Ils brûlent. Mon dernier shoot m’a fait avorter de mon futur fils mort-né. Enthousiaste, dans un énième shoot morphinique je prends conscience que le bonheur est fin de compte : bien fugace.

Fabien Rogier dans Poésie.
- 1062 lectures

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies. En savoir plus.