Guillaume Apollinaire

Paul Guth avait sel'on moi plutôt raison : "La postérité ramène Apollinaire à sa vraie nature de joueur de luth".
A "Calligrammes", j'ai ainsi toujours préféré "Alcools" et les poèmes dont souvent le lecteur fait son miel, sont loin d'être les plus audacieux dans la forme.
"Elle ne retient, ajoutait Paul Guth, qu'un mal aimé qui soupire, un contemplateur des jours enfuis avec la Seine sous le pont Mirabeau, un éveilleur du passé mêlant à ses amours ou à ses peines les souvenirs de la mythologie ou de l'histoire comme Vill'on ou Du Bellay."
L'auteur de "Histoire de la littérature française" notait fort justement que Guillaume Apollinaire s'était quelquefois montré capable de "visions magiques, irradiant, tels des aérolithes." Mais il voyait surtout en lui "un musicien des blancheurs, des fluidités et des songes, mi-Italien, mi-"Scythe", c'est-à-dire Parisien, qui invente de nouvelles langueurs et de neuves transparences."
Quand l'on s'attache aux vers d'Apollinaire les plus fréquemment cités, force est d'admettre en effet que même s'ils prennent quelques libertés avec les canons classiques, ceux-ci par bien des aspects restent de facture traditionnelle.
Si le surréalisme - mot forgé de toutes pièces par Apollinaire lui-même - n'est nullement absent de ses oeuvres, il semble bien en vérité que c'est vers le poète intimiste, mélodieux, sensible et profond que se tournent la plupart de nos contemporains.
Et c'est là qu'à mes yeux Apollinaire est le plus grand. Au détour d'un alexandrin d'une exquise fraîcheur ou d'un octosyllabe d'une rare musicalité, le lecteur tout à coup est emporté ailleurs. En nous parlant de lui, ce merveilleux poète nous invite à plonger en nous-mêmes. Il devient le réceptacle de nos errements, de nos troubles, de nos mélancolies. Avec un "toucher de vers" stupéfiant de délicatesse, Apollinaire nous fait des confidences qui sont beaucoup plus proches de l'art verlainien que des fulgurances d'André Breton. Sa voix tendrement magique résonne en nous comme une flûte secrète. On s'accroche à ses mots chargés d'émotion. Nous lui sommes reconnaissants d'exprimer si bien ce que nous n'avons jamais su dire.
Apollinaire est irremplaçable.

Thierry CABOT dans Poésie.
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