Migrants

Harraga
Ô esprits angoissés qui aimez les étoiles
Qui dansez silencieux à l’appel de la nuit
Vous lancez sous des vents incertains et fortuits
Des esquifs ténébreux tels des pierres tombales

Vous voici dans les flots tourmentés et amers
Regardant l’horizon tout rêveurs et inquiets
Vous chantez en riant follement extasiés
Et tantôt vous priez les génies tutélaires

Ô seigneurs orphelins sans patrie ni couronne
Qui partez sans éclats mais couverts de lauriers
Vous guettez dans la nuit les échos familiers
D’un oiseau gazouillant ou d’un feu qui rayonne

Quel génie audacieux abhorrant la laideur
Faisant fi de la mort vous prêta sa passion ?
Vous aimez la lumière et le chant des saisons
Mais la nuit vous bravez des démons fossoyeurs

Ô héros miséreux qui portez les stigmates
De combats où la haine et le poids du mépris
Vous rongeaient jusqu’aux os dans le cœur et l’esprit
Affrontez cette nuit les nuées scélérates

Poussez donc et ramez quand la houle est rebelle
Et criez tant le feu qui vous brûle est ardent
Ne cessez de rêver et souffrez en chantant
Sans répit jusqu’au bout de l’abîme ou du ciel

Horizons assombris où sont donc vos Lumières
Qui avaient de tout temps éclairé nos chemins ?
Ouvrez grand votre cœur et tendez votre main
Ou creusons dans ces eaux quelques beaux sanctuaires

Nous cherchons le soleil car le notre était noir
Tant le ciel est souillé de fumée et de plomb
Nous jetons dans la mer nos destins vagabonds
Car là-bas le haut ciel est plus clair qu’un miroir

Nous avons dans le cœur de la paix et l’amour
Et venons revêtus d’azur et de passion
Nous portons dans la chair que marquait l’oppression
Des anneaux devenus aussi blancs que le jour

Poème extrait de mon recueil, Larmes et folies

Abdel.Koulla dans Poésie.
- 313 lectures - mention j'aime

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies. En savoir plus.