HOMMAGE

On a laissé le suaire
dans les courants d’air
 
On a porté le sourire
en bandoulière sans vraiment paraître
 
On a piégé la porte
avec le reste des condoléances
 
On a viré les photos
pour agrandir les murs


On a éteint la télévision
habituée aux catastrophes
 
On a dépassé les aiguilles
avant l’arrivée de ceux qui savent
 
Puis on a parlé sans bruit
à cause du rythme de la pluie
 
Certains ont épongé leurs fronts
si loin de chez eux faut croire
 
D’autres ont haussé le ton
par habitude d’une pièce qui résonne
 
Ensuite le silence a ralenti le goudron
dans ses concentrations en nœuds de mouchoir
 
C’était long surtout pour les fossés
terre à terre dans l’humidité
 
Peu importe le jour de la semaine
le tempo était donné par les cloches


On a salué pieusement
la mémoire de ce gisant un peu grisâtre
 
Le bois était lisse et brillant
comme un dernier costume élimé
 
On a enfin fait taire le chien
lui demandant de s’occuper de ses puces
 
Quelqu’un toussait dans le fond
ta tête occupée comme un chapelet
 
On a décroisé les jambes
les genoux pointus dans un arrondi de dune
 
Il était temps d’en finir avec l’ombre
les pieds piétinaient l’écho des orteils
 
Le bénitier déjà vide a refermé la marche
moqué par les icones qu’on avait réveillées
 
Le chien avait changé de trottoir
la truffe en pleine génuflexion
 
Le soleil traînait ses rayons
appuyé aux soupirs pointillant la distance
 
On a planté une dernière prière
entre naturelles et artificielles vous avez le choix
 
On a décompté les costumes
les chignons et les dentiers insalubres
 
Les séparations prenaient leur temps
comme un verre qui se vide
 
Il faisait beau ce printemps
pour respirer plus que des politesses
 
On a tous pensé à repartir
un peu pour relancer les solitudes
 
On a enfin replié les draps pas trop vite
ils étaient moisis d’étoiles

DELAOUJESUIS dans Poésie.
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