J ai su, je connais, je salue

J’ai appris, tout petit, le nom des choses, des gens,

J’ai su manger tout seul et parler à trois ans.

Je connais le bruissement des feuilles dans le vent,

Tous les cris des oiseaux, le grondement du temps.

Je salue l’aube lourde de l’été bien trop fier,

La goutte de rosée qui tremble sur le lierre,

La senteur piquante des prés soudain fauchés,

L’éclair qui me hante, que l’on me dit doré…

Je sens le grain de sel sous mes doigts attentifs,

La rage du gingembre qui crie sous mon canif,

J` écoute, silencieux, le rythme du tissage,

Quand la soie du Mékong, grandit telle une sauvage.

J’ai voyagé partout, toujours accompagné,

On m’a tout expliqué et j’ai  bien étudié.

Je fuis l’odeur du feu, mais j’embrasse les livres,

Ils portent un corsage qui me rend un peu ivre.

Je lis avec les doigts, j’écris sur une machine,

Mon sourire, mille fois, sur mes lèvres chemine.

Mais il y a deux questions  qui entachent mon cœur,

Seulement aucun ami ne fut mon conseilleur.

J’ai eu beau supplier, leur gratter le cerveau,

Personne n’a pu répondre à ces braves interros.

 Dites-moi, oh lecteurs, la couleur de la rose,

Et si encore, j’abuse, pourquoi son parfum ose,

Caresser son écharde aussi bien que sa fleur,

Comme si le mal, le bien n’étaient qu’un petit leurre.

Je suis né en aveugle, sans couleur dans ma nuit,

Mais je cherche, sans cesse, une idée qui reluit.

 

 

ange dans Poésie.
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